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JOURNAL
DE LA SOCIÉTÉ
D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE
ET DU
MUSÉE HISTORIQUE LORRAIN.
TRENTE-QUATRIEMÉ ANNÉE. — 1855.
NANCY G. CRÉPIN-LEBLOND, IMPRIMEUR DE LA SOCIÉTÉ.
Passage du Casino.
1885
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JOURNAL
DE LA SOCIÉTÉ
D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE
ET DU
MUSÉE HISTORIQUE LORRAIN.
34 ANNÉE. — 1 NUMÉRO. — JANVIER 1885.
TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. Séance du 12 décembre 1884.
PRÉSIDENCE DE M. HENRI LEPAGE, PRÉSIDENT,
Le procès-verbal de la séance du mois de novembre est lu et adopté.
Admission de membres titulaires et d'un membre corresponpant.
La Société admet au nombre de ses membres titu- laires :
S. G. Monseigneur Turinaz, évêque de Nancy et de Toul ; M. l'abbé Chapelier, curé de Jeanménil (Vosges) ; M. le marquis de Pimodan, au château d'Echènay (Haute-Marne) ; M. l'abbé Didier-Laurent, directeur de l’école Saint-Joseph, à Reims ; M. A. Stein, architecte
Prier
à Toul ; M. Louis Gargamn, commandant d'infanterie en retraite, à Nancy : M. Auguste Henri, à Neufchateau ; M. Lorta, irspecteur des contributions directes, à Nancy ; M. Frédéric de Bourgogne ; propriétaire, à Lamarche (Vosges) ; M. le comte d'Haussonville, à Paris ; M. Jdouffrey, sergent-fourrier au 4° bataillon de chasseurs, à Saint-Nicolas ; M. Didierjean, admiaistra- teur des cristalleries de Saini-Louis (Lorraine) ; M. Au- bert, dessinateur, à Nancy.
Elle adinet au nombre de ses membres correspon- dants M. Bertolotti, directeur des archives de l'Etat, à Mantoue (Italie). |
Elle décide, en outre, que ses Mémoires seront désor- mais envoyés à la Bibliothèque de la ville de Bar-le- Duc, moyennant l’acquittement de la cousation an- nuelle.
Présentation de candidats.
Sont présentés comme candidats : M. labbé Gillant, curé d'Auzéville (Meuse), par MM. Léon Germain, Bre-
tagne et de Souhesmes; M. Thiébaut, directeur de
l'imprimerie lorraine, à Nancy, par MM. Louis Lalle- ment, Henri Lepage et Lucien Wiener.
M. Cuvier a adressé à M. le Président une lettre de remerciement à l’occasion de son admission comme membre titulaire.
Ouvrages offerts à la Société.
Copie d'une notice manuscrite de Nicolas Spirlet,
dernier abbé de Saint-Hubert, par Léon GErsain (pu-
bliée par l'Institut archéologique du Luxembourg). Documents sur les dimes de Torgny, par Léon Ger-
En
MAIN (publié par l'Institut archéologique du Luxem- bourg).
Institut archéologique du Luxembourg : Annales, t. XVI, 30° fascicule.
Comité archéologique de Senlis. Comptes rendus et mémoires, 2° série, t. VIIT, année 1882-1:83.
Travaux de l'Académie de Reims, année 1882-1883.
Bulletin du Comité des travaux historiques el scien- lifiques. Section d'histoire el! de philalogie, année 1884, n° 2.
Les Réformés de la Lorraine et du Pays messin, par À. Cuvier. Nancy, Berger-Levrault, 1884.
Claude de France, duchesse de Lorraine, par M. R. DE MAGNIENvViLee. Paris, libraire académique de Didier, petit in-8°. |
Annales du musée Guimet, t. VII.
Annales du musée Guimet. Revue de l’histoire des religions, 5° année, t. X, n° 1.
- Journal des Savants. — Novembre 1884.
Catalogue méthodique de la Bibliothèque publique de la ville de Verdun. Histoire. Verdun, imp. Ch. Lau- rent, éd. 1884, in-8°.
Deux Codex manuscrits de l'abbaye de Gorze, par F. Des RoserT, membre de l’Acsdémie de Stanislas. Nancy, Sidot frères, lib. éd., 1884.
Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 2e trimestre 1884.
Bulletin de la Société des Antiquaires de Picard, année 1884, n° 8.
Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie. Documents inédits concernant la province.
Bulletin de la Société archéologique et historique de l'Orléanais, tome VIII. 2° trimestre de 1884.
= Dis
Société archéologique de Bordeaux, t. VIII, 3° fas- cicule. — Octobre 1881. |
‘ La recherche de la paternité, discours prononcé à l'audience de rentrée de la Cour de Nancy, du 4 novem- bre 1884, par M. E. Gzcour, substitut du Procureur général. — Nancy, imp. Vagner, 1884.
Lectures.
MM. Breracwe et Briarp : Notice sur une trouvaille de monnaies lorraines des xn° et xim° siècles.
La Société vote l'impression de ce travail dans le prochain volume de ses Mémoires.
MÉMOIRES.
NOTE SUR LES MÉMOIRES INÉDITS DE CHANTEREAU-LEFEBVRE,
Dans la préface de son ouvrage : Considérations historiques sur la généalogie de la maison de Lor- raine (1), Louis Chantereau-Lefebvre annonce que ce volume ne renferme que la première partie de ses Mémoires ; la deuxième partie, ajoute-t-il, est intitu- lée : Mémoires concernant les droits de la Couronne de France sur le duché de Lorraine (2) ; et la troisième : Mémoires des droits de propriété, mouvance et souve- raineté appartenant au roy el à la couronne de France
(1) Paris, de l’imprimerie de Nicolas Bessin, 1642, in-fol.
(2) J. Lamoureux a commis une erreur dans la Biogra- Phie générale, en donnant ce titre de la deuxième partie pour le titre général de tout l'ouvrage.
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sur le duché de Bar-le-Duc. Le tout est suivi d’un recueil des actes d'où ilatiré les preuves de ce qu'il avance dans les trois volumes.
Aux termes du privilège du roi, que l’on trouve avant la préface, l'ouvrage porte le titre général de : Mémoires sur l’origine des maisons et duchés de Lor- raine et de Bar divisés en trois parties.
Chantereau-Lefebvre, qui a mérité à juste titre d'être compté au nombre des hommes les plus savants de son temps, avait été envoyé en Lorraine par Louis XIV, pour remplir la charge d’intendant des finances. C'est pendant le long séjour qu'il fit dans cette province qu’il puisa dans les archives ducales toutes les pièces qui devaient l'aider à composer ce volumineux factum. Son seul but était de justifier la conduite de son maître à l'égard de Charles IV. Dans la partie qui a été impri- mée, l’auteur a cherché à détruire les chimères des anciennes généalogies de la maison de Lorraine, et, dit D. Calmet, il n’y a pas mal réussi.
Il avait mis la dernière main aux deux autres Séries qu'il était prêt à livrer à l’imprimeur, quand la mort est venue l'enlever.
Chantereau-Lefebvre laissait également d’autres ouvrages inédits, d’une grande importance, tel que le Traité des fiefs, que son fils Pierre se fit un devoir de mettre au jour. Pourquoi les Mémoires concernant la Lorraine n’ont-ils pas eu la même faveur que ce der- nier ? Il semblerait que le roi de France eût eu grand intérêt à les faire publier ; mais Louis XIV méprisait peut-être ce moyen de faire valoir ses droits, quand la force lui suffisait.
La lettre suivante, que le baron de Hennequin écrivit
FRE ve
de Paris, le 42 janvier 1659, au père Donat, confesseur de Charles IV, nous donne sur cette question les ren- seignements les plus curieux :
«M.R. P... Vous connaissez combien il seroit dan- gereux et nuisible à l’estat, que le fils de feu M. Lefebvre-Chantereau mit au jour les deux tomes qui restent encore des ouvrages de feu son père. Il est sol- licité par le mareschal de la Ferté et M. l: Tellier de les faire imprimer, et lui promet-on mesme récompense du côté de la Cour ; mais ilaime mieux nous mettre les originaux en mains avec tous les tillres moyennant quelque reconnoissance de la part de nos princes, que d'en profiter plus advantageusement en augmentant leur disgrâce. 1l a des filles qu’il voudrait mettre en religion, et un fils qu’il destine pour l'Eglise ; si S. A. vouloit en faire mettre une à Charonne, et donner quelque pet bénéfice au garçon de 3 ou 4 mille livres de rente, il nous mettrait tout l'ouvrage en mains, avec plus de 8 à 400 exemplaires qui restent encore entre les siennes du premier tome et que la compassion qu'il a du malheur de nos princes l’a retenu de publier. $. A.
M. le duc m'a commandé de vous en escrire pour en
parler de sa part à Madame et en tirer quelque assu- rance... » |
Madame la duchesse d'Orléans ne s’est pas montrée bien empressée de saisir cette occasion, car elle a écrit au dos de la lettre de Hennequin, qui lui avait été communiquée : « Îl faut que nous nous voyions sur le fait du sieur Chantereau, car il faut plus de temps pour cela que je n’en ai présentement ».
La proposition a-t-elle été prise au sérieux, ou bien l'a-t-on considérée comme un simple chantage ? Nous
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lignorons ; toujours est-1l que ces Mémoires sont res- tés inédits et que dès le commencement du xvin* siècle, les deux tomes en question figuraient à la Bibliothèque du roi, sous les numéros 95973 et 95974 des manus- crits.
J. FAVIER.
UNE HISTOIRE DU PARLEMENT DE NANCY. — PRÉROGATIVES PARTICULIÈRES DE CETTE COMPAGNIE.
On ne cite d'ordinaire que trois monographies im- primées sur le Parlement de Nancy, savoir :
4° Exposition des lois, actes et monuments authen- tiques concernant l'origine et la constitution de la Cour souveraine séante à Nancy (par Colin de Bénaville, conseiller au Parlement de Nancy); Nancy, Lamort (le nom de l'imprimeur est à la fin, p. 88), 1775, 88 pages in-8° : |
2° Histoire abrégée du Parlement de Nancy, mise en tête de la Jurisprudence des Tribunaux de Lor- : raine, par Guillaume de Rogéville, conseiller au Par- lement de Nancy; Nancy, Lamort, 1785 ; 58 pages in-4°;
3° Le Parlement de Nancy : discours prononcé pour la rentrée de la Cour royale de Nancy, à son audience solennelle du 5 novembre 1844, par Laurent Leclerc, substitut du procureur général ; Nancy, Vagner, 1844 ; 55 pages in-8°.
Il a pourtant été publié un quatrième travail sur cette Compagnie souveraine; il est intitulé : « Du Parlement de Nanci» (sic), et il a pour auteur M. Henry, avocat au Parlement. C’est un article de huit
== 40: =
pages in-4* à deux colonnes, imprimé aux pages 596- 605 du tome XII de la nouvelle édition (1784) du Ré- pertoire universel el raisonné de jurisprudence civile, criminelle, canonique et bénéficiale ; ouvrage de plu- sieurs jurisconsultes, mis en ordre et publié par M. Guyot (de Saint-Dié), écuyer, ancien magistrat ; Paris, Visse. A la page 605, col. 1, il est dit, après le renvoi aux sources où a été puisé l’article Parlement : « Ce qui » concerne le Parlement de Nanci dans cet article est » de M. Henry, avocat au Parlement ». Et, à la liste des collaborateurs de l'ouvrage (au verso du titre), on nomme : « M. Henry, avocat au Parlement de Paris ».
Cet article est divisé en deux parties : la première “est un historique assez complet, quoique sommaire, de la Cour souveraine de Lorraine et Barrois et de ses origines ; la seconde (page 602, col. 1) est intitulée : « De la juridiction du Parlement de Nanci, et de la » procédure qu'on y fait ». Cette seconde partie révèle des particularités intéressantes.
L'auteur met en relief les caractères spéciaux de notre ancienne juridiction souveraine : « Cette cour, dit-il (p. 600, col. 2), est aujourd’hui composée d’un premier président, de cinq présidents à mortier, de vingt-neuf conseillers laïques, deux conseillers clercs, un procureur général, deux avocats généraux, six substituts, deux greffiers en chef, civils et cri- minels, un secrétaire et plusieurs greffiers commis. Il y a un avocat du roi, un substitut, un greffier et un huissier audiencier particuliers pour la chambre des requêtes du palais. De toutes ces charges, celle de l'avocat du roi aux requêtes, et celle dé greffier en chef, sont LES SEULES À FINANCE. Les autres sont
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» données gratuitement par le roi, ainsi que celles des » chambres des comptes de Lorraine et de Bar. Ces » charges n’en sont pas moins inamovibles. Cette ina- » movibilité a été reconnue en 17517, par le conseil du » feu roi Louis XV (1); en conséquence, MM. Protin, » Aristay de Châteaufort et Mauduit de Beaucharmois, » qui avoient été destitués et exilés à l’occasion de la » résistance faite par la cour souveraine à l’enregistre- » ment de l'établissement du vingtième, ont été main- » tenus dans leurs offices, sur la réclamation de tous » les ordres de l’état.
» Le Parlement de Nanci, en conséquence de l’édit » d'octobre 1771, JOUIT DE LA PLUS BELLE DE TOUTES LES » PRÉROGATIVES, Celle délire et de présenter au roi trois » sujets pour remplir les offices vacans des conseillers. » Ces élections étoient, suivant les ordonnances, en » usage dans toutes les cours du royaume, avant que » le chancelier Duprat eût introduit la vénalité des » offices (2).
(1) Ainsi c'était le roi de France, en son Conseil, qui avait tranché la question, et non Stanislas, malgré sa .souverai- neté apparente sur le pays dont il portait le titre ducal. Voir dans d'Haussonville, Histoire de la réunion de la Lorraine à la France, 2° édit., t. IV, p. 439, le texte de la Déclara- tion de Stanislas, signée à Meudon le 30 septembre 1736 (l'original est aux Archives des affaires étrangères), et qui fut, comme le dit justement M. d’Haussonville (ibid., p. 279), « un acte d’abdication anticipée consenti dans un premier mouvement irréfléchi de reconnaissance ».
(2) Voir sur la vénalité des charges on France : le prési- dent Hénault ; Abrégé chronologique de l'Histoire de France, édition de 1788, pages 960-966, sous la rubrique : Remar- ques particulières; — et la Biographie universelle de Mi- Chaud, 2 édition, tome XII, pages 44-45, article DUPRAT (An- toine), signé de Barante père.
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. 19.
» Rien de plus avantageux qu’une pareille institi- tion, lorsqu'étouffant les intérêts particuliers, une
c ompegnie re préfère les enfans, les neveux, les
cousins de ceux qui la composent, qu'autant qu’ils montrent des connoissances, des vertus et des ta- lens égaux à ceux des autres concurrens, lorsque l'élection ne porte que sur les plus dignes; lorsque le roturier qui a montré, au barreau et dans les tribu- naux subalternes, une expérience consommée, une probité incorruptible, ne peut se voir préférer l’ado- lescent qui n’auroit en sa faveur que l'éclat frivole d’un anoblissement plus ou moins récent, dans un pays où l'ancienne noblesse semble avoir renoncé à la magistrature.
» Point de doute que de pareils choix me répandent dans toutes les compagnies de judicature une émula- tion de talent et de vertus capables d'élever vérita- blement les ministres des lois au dessus de toutes les professions de la société ; qu’ils ne suffisent pour faire tomber ce préjugé qui a séduit Montesquieu lui- même, que la vénalité des charges est un mal néces-
» saire dans nos monarchies modernes. »
A la page 598, col. 2, du même Répertoire de Guyot,
se trouve un article intitulé : Du Parlement de Metz, qu’il faut rapprocher de la monographie du Parlement de Nancy.
Louis LALLEMENT.
DÉCOUVERTE D'UNE ENCEINTE PRÉHISTORIQUE AUX ENVIRONS
DE NANCY. -
Notre honorable confrère M. Bleicher, professeur à
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= 19 —
l'Ecole supérieure de pharmacie, annonce qu'il vient de découvrir sur le plateau de Haye, entre Maxéville et Champigneulles, au lieu dit la Fourasse de Champi- gneulles, une enceinte d’une certaine étendue, d’origine évidemment très ancienne. Elle est entourée d’un vallum visible sur 200 mètres de longueur environ, qui prend l'extrémité du promontoire de la Fourasse en écharpe, l’isolant du re:te du plateau. Ce vallum se retrouve sur certains points des pentes de ce promon- toire qui regardent la vallée de Belle-Fontaine et la vallée de la Meurthe. Vers celle-ci, il est interrompu par le glissement de la côte le Prêtre. Ce vallum a été entamé sur plusieurs points, anciennement, par le che- min forestier qui longe le bord du plateau de la Fou- rasse au-dessus de la vallee de Belle-Fontaine, récem- ment, par un chemin stratégique encore inachevé. Ce chemin a fourni à l’auteur de cette découverte une section fraiche de ce vallum, dans lauuelle il a pu reconnaître la structure suivante : au-dessus de la roche qui affleure partoui sur le plateau, qui, en ce point, est un peu calcinée, rubéfiée, s'étend, sur 3 mètres de longueur, une couche de cendres de 2 centimètres d'épaisseur, surmontée d'une puissañte assise (90 cen- timètres) de blocs de calcaire jurassique plus ou moins calcinés à l’aide de bûches de bois de hêtre à l'état de charbon, mêlés aux blocs. Ce nucleus de roches cal- cinées est recouvert de pierrailles amoncelées qui donnent au vallum, en certains points, une hauteur de 4 à 5 mètres, une largueur minimum de 10 mètres. Les cections anciennes, situées à environ 200 mètres de celle que nous venons de décrire, montrent des traces de la même structure, et il suflirait de quelques
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coups de pioche pour s’en assurer. Vers l'angle de retour du vallum qui domine au S.-0. la vallée de Belle-Fontaine, on peut deviner la présence d’habita- tions anciennes, mardelles(?),desépultures, tumulus (?)}, une excavation ayant l’apparence d’un puits. M. Blei- cher appelle l'attention de la Société d'Archéologie sur cette découverte en insistant sur le développement considérable de cette enceinte, et sur le mode de cons- truction de ce vallum, qui lui paraît, ainsi qu'à M. Cour- nault, qui l’a visité avec lui, caractériser une époque très reculée, peut-être préhistorique.
CHRONIQUE.
Le Président a reçu du Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts une circulaire annonçant que la 9° réunion des délégués des Sociétés des Beaux- Arts des départements aurait lieu, comme les précé- dentes, à la Sorbonne, à la même époque que la réu- nion des délégués des Sociétés savantes, c’est-à-dire du mardi 47 avril au samedi 21 avril prochain. — Des lectures et des conférences publiques seront faites pen- dant les journées des 8, 9 et 10 avril, et les récompenses seront distribuées dans la séance générale que M. le Ministre doit présider le samedi 11 avril.
Par une autre circulaire, M. le Ministre de l’Instruc- tion appelle l’attention des personnes qui s'occupent de recherches historiques sur divers sujets d'études re-
== 46, = commandés par la section des sciences économiques et sociales du Comité des travaux historiques et scienti- fiques. Le programme, joint à cette circulaire, sera communiqué par le Président de la Société d’Archéo- logie à ceux de ses confrères qui voudraient en prendre connaissance.
NÉCROLOGIE.
LAURENT-MARIE-JOSEPH LE MERCIER DE MORIÈRE
La Société d'Archéologie vient de faire une perte aussi douloureuse qu'inattendue : son excellent et dévoué secrétaire lui a été enlevé à la suite d’une ma- ladie dont rien ne faisait prévoir la fatale issue, et au moment où ses parents et ses amis concevaient l’espoir d’un prochain rétablissement. Ces amis, ils étaient nombreux parmi ses confrères, dont il avait su gagner les sympathies par son exquise politesse et son em- pressement à obliger.
Il était également apprécié dans le monde pour les qualités de l'esprit et du cœur qui le distinguaient. Il chérissait sa famille et en était largement payé de re- tour. Fidèle aux principes dans lesquels il avait été élevé, il était religieux sans ostentation comme sans intolérance.
Tel fut l’homme privé : ainsi s'expliquent les regrets unanimes qu'a causés sa mort prématurée. Elle est venue briser une carrière qui s’annonçait sous les plus heureux auspices et enlever à la science un adepte passionné.
= 146 =
M. de Morière était né à Metz le 20 juillet 1852 (1). Il commença ses études au collège Saint-Clément de. cette ville, tenu par des Jésuites, et les termina à Vannes, dans des maisons dirigées par des religieux du même ordre. Il suivit ensuite les cours de la Faculté de droit de Rennes, fut recu licencié le 1* décembre 1873, et admis au serment d'avocat ; il soutint avec succès sa thèse pour le doctorat, devant cette Faculté, le 17 no- vembre 1877.
Mais M. de Morière se sentait attiré vers des tra- vaux d’un autre genre : aussi, tout en achevant son droit, 1l se présentait et entrait à l'Ecole des Chartes, dont il fut l’un des élèves les plus zélés. Il y puisa ces Connaissances théoriques et pratiques de la paléogra- phie par lesquelles il se faisait remarquer.
Dans l'intervalle, il était venu épouser la fille d’un de nos anciens confrères, M. Jules Thilloy, qui, de conseiller à la Cour de Metz, avait été appelé à celle de Nancy, après l'annexion, et était mort dans cette ville en 1877. M. Thilloy, qui aimait les recherches histori- ques, a laissé plusieurs productions très estimées.
(1) Son père, l'origine bretonne, appartenait au corps des ponts et chaussées; il était ingénieur en chef du départe- meut du Morbihan quand il prit sa retraite et se retira à Reanes, oùil mourut le 15 novembre 1872. — Sa mère était la seconde fille du docteur Moussaux, qui, après avoir, comme chirurgien militaire, fait partie de l'expédition de Saint-Do- mingue, assista aux grandes guerres qui se succédérent en Europe à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci; il fut admis À la retraite en 1816, avec le grade de médecin principal ; il comptait 23 années de services militaires et 20 campagnes, dont 3 navales. Il se retira à Metz, où il avait épousé, en 1814, Marie-Béatrix Emmery, fille de Claude- Nicolas Emmery, député de la Moselle et secrétaire du Corps législatif,
= AT =
La nouvelle position de M. de Morière ne l'empècha pas de continuer les études qu'il affectionnait, et il eut l'heureuse idée de les diriger vers l'histoire de notre pays. Accueilli avec empressement au sein de la So- ciété d'Archéologie, il ne tarda pas à en être nommé secrétaire anauel; ce inandat lui était renouvelé, à l'unanimité des suffrages, dans la séance du mois de novembre dernier, dont il a encore rédigé le procès- verbal, qu’une indisposition, écrivait-il, l’empêchait de venir lire à la réunion suivante.
Cette indisposition était le commencement de la cruelle maladie qui devait l'emporter, le 12 janvier, à l'âge de 32 ans, c’est-à-dire dans toute la force de l'intelligence. .
Quelques mois auparavant, l’Académie de Stanislas l'avait nommé membre correspondant, à la suite d’un rapport où, après avoir fait ressortir le mérite de ses thèses pour le doctorat en droit, on reproduisait l'ap- préciation du savant M. Léopold Delisle sur celle qui avait valu à notre confrère, en janvier 1883, le diplôme d’archiviste-paléographe (1) :
(1) Cette thèse a pour titre : Introduction historique et diplomatique au catalogue des actes de Mathieu II, duc de Lorruine (1220-1251).
Avant d'adopter ce sujet, M. de Morière avait songé, sui- vant en cela les conseils d’un professeur éminent de l'Ecole des Chartes, à étudier l’histoire de la Commune de Toul. La haute idée qu'il s'était formée de ce que doit être une thèse de l'Ecole, au point de vue de l’importance de la question et de la manière de la traiter, le décida, après environ deux années de recherches, à abandonner un projet que la dispersion ou la destruction des archives de Toul ne lui per- mettait pas de mener à la perfection qu'il désirait.
Le temps employé à ces investigations, puis aux recher-
= 18
a M. Le Mercier, disait-il, s’est cantonné dans le » domaine diplomatique ; il s’est attaché à recueillir » les actes de Mathieu IT, duc de Lorraine, de 1220 » à 1251 , il les a classés, analysés et critiqués avec la » rigueur qu'on demande aujourd’hui à ce genre de » travaux. Des catalogues, ainsi dressés, sont la base » la plus solide des annales générales et particulières. » Ce sont des instruments de précision qui permettent » de contrôler et de compléter les récits des chroni- » queurs. Les recherches de M. Le Mercier de Morière » satisferont les juges les plus exigeants ; elles jettent, » en effet, beaucoup de lumière sur des points obscurs » de l'histoire de la Lorraine et des provinces voisines » pendant la première moitié du xm° siècle. »
Ce travail sur le règne de Mathieu IT avait conduit l’au- teur, comme il le dit lui-même, à relever bien des par- ticularités concernant les familles de l’ancienne Cheva- lerie lorraine. De là les deux intéressantes dissertations qu’il a publiées dans les volumes de nos Mémoires de 1881 et 1882 : Recherches .sur la famille des Armoises el en particulier sur la branche de Neuville ; — L'ori- gine de la maison de Chambley.
Outre ces deux dissertations, remarquables à plus d’uu titre, M. de Morière nous a donné, pour le volume qui
ches, plus longues encore, ayant pour objet de recueillir les actes de Mathieu II, et celui qu’exigea la mise en œuvre de ces matériaux, expliquent comment M. de Morière dépassa, pour la présentation de sa thèse, la période pendant laquelle il aurait pu être admis au concours et recevoir une mention en rapport avec l'importance historique de son travail et avec l’appréciation particulièrement élogieuse dont il avait été l’objet de la part des examinateurs.
to
va paraitre, une curieuse étude intitulée : Les testa- ments au profit de l'église de Toul, qu'il se proposait de compléter à l’aide d’un Nécrologe de cette église, dont il avait fait faire la copie.
Ïl a aussi inséré dans notre Journal plusieurs articles qui, sans avoir la même importance, méritent néanmoins &’être mentionnés :
1883. — Testament d'Henri, fils afné du premier comte de Salm en Vosges.
Notes hagiographiques et bibliographiques sur sainl Livier.
1884. — Documents relatifs à la maison de Ludre.
Nouvelles données sur l'origine de la maison de Ligniville.
Un livre de liturgie du X Ve siècle à yant appartenu au château de Gombervaux. (En collaboration avec M. J. Favier.)
M. le colonel de Saïlly (notice nécrologique).
Ces productions sont peu de chose auprès de celles qui restent inédites : {néroduction au catalogue des actes de Mathieu IT, dont le manuscrit est déposé, en vue d’un concours, au secrétariat de l’Institut, — et le Cartulaire de Bar, travail considérable, qui avait exigé de longues recherches, et touchait à sa fin. M. de Mo- rière y attachait un grand prix, dans la dernière lettre, peut-être, qui fût signée de sa main, il exprimait le re- gret d’avoir été forcé de l'interrompre, et l'espoir de le reprendre bientôt avec une nouvelle ardeur.
Ce projet et tant d’autres qu’il formait pour l’avenir, ne devait pas, hélas ! se réaliser, au grand détriment de la science et surtout de la Société d'Archéologie, qui
— 90 — fondait sur notre cher confrère les plus belles espé-
rances. IT. L.
DONS FAITS AU MUSÉE LORRAIN.
Notre nouveau confrère M. Camille Thiébaut a offert un exemplaire du magnifique calendrier qu'il vient d'éditer, représentant la Porterie du Palais ducal,
L'Administration municipale a fait déposer au Musée les tableaux ci-après : |
Moïse devant le buisson ardent.
Moïse recevant les tables de la loi.
Säcrifices de Caïn et d'Abel.
Peints par Girardet. Saint François d'Assise, peint par Bellange. Portraits de Régnier (Claude-Antoine, duc de Massa),
né à Blâmont ; et de Lobau (Georges-Mouton, comte), né à Phalsbourg. Peints par Ary Scheffer.
Pour la commission de réduction : le Président, H. LEPAGE.
Naucy, imp. de G. GRÉPIN-LEBI.OND, passage du Casino.
JOURNAL
DE LA SOCIÉTÉ
D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE
ET DU
MUSÉE HISTORIQUE LORRAIN.
34 ANNÉE. — 2 NUMÉRO. — FÉVRIER 1885.
Le Président de la Société a reçu la circulaire sui-
vante : Paris, le 12 février 1885. Monsieur le Président,
A différentes reprises, j’ai eu l’honneur d'appeler votre attention sur l’intérôt exceptionnel que j’attachais à donner aux réunions annuelles des Sociétés savantes à la Sorbonne le caractère d’un véritable Congrès. Grâce au dévouement et au zèle des sociétés départementales, la transformation qui me paraît si nécessaire est en voie de succès, et j'ai l'espoir qu'elle ne tardera pas à être complètement réalisée.
Déjà, l’année dernière, j'ai constaté avec le plus vif plaisir que les questions du programme provoquaient, dans les diverses sections du Congrès, un plus grand nombre de dis- cussions générales et ne laissaient aux lectures, intéressant seulement des régions déterminées et des sujets d’ordre par- ticulier, qu’une place de plus en plus restreinte.
— 929 —
C'est en raison de ce réel progrès que je tiens à préciser les conditions dans lesquelles s'ouvrira le Congrès de 1885.
Une question qui m'a toujours préoccupé se présente tout d’abord à votre examen. Il s’agit du choix scrupuleux qu'il convient de faire des délégués chargés de représenter la Société à laquelle ils appartiennent.
On a remurqué, non sans critiques, que le nombre des lettres d'invitation donnant droit à une réduction de moitié sur les tarifs des chemins de fer, était hors de proportion avec le nombre des délégués assistant aux séances.
Il y a là, Monsieur le Président, un abus sur lequel j’in- siste et qu'il importe de faire cesser. A cet effet, je vous prie instamment de ne me désigner comme délégués que les membres de votre Société qui s’engageront à prendre une part effective au Congrès de la Sorbonne. Ils doivent, d’ail- leurs, être aussi peu nombreux que possible pour chaque Société, et ils ne recevront leur bulletin que par votre inter- médiaire. | |
Pour la délivrance des billets à prix réduit, il a été en- tendu entre le syndicat des Compagnies de chemins de fer et mon département que, sur la présentation de la lettre d'invitation remise par vos soins à chaque délégué, la gare de départ délivrera au titulaire, du 30 mars au 11 avril seu- lement, et pour Paris, un billet ordinaire de la classe qu’il désigners. Le chef de gare percevra Le prix entier de la place, après avoir mentionné sur la lettre d'invitation la délivrance du billet et la somme reçue. Cette lettre, ainsi visée et accompagnée du certificat régularisé, servira au por- teur pour obtenir, au retour, uu billet gratuit, de Paris au point de départ, de la même classe qu'à l’aller, si elle est utilisée du 11 au 16 avril inclusivement.
Vous voudrez bien me faire connaître les noms des délé- gués de votre société, très lisiblement écrits, avant le 10 mars, dernier délai.
_ 93 —
Le mardi 7 avril, à midi et demi, aura lieu l’ouverture du Congrès, dont les travaux se poursuivront durant les jour- nées des mercredi 8, jeudi 9 et vendredi 10.
Le samedi 11 avril sera consacré à la séance générale, que je présiderai.
La circulaire du 24 août 1884 vous a fait connaître le pro- gramme rédigé en Comité des travaux historiques et scien- tifiques et comprenant les sujets présentés par les Sociétés savantes. Les questions du programme seront discutées dans les réunions de l'après-midi. Pendant les séances du matin, au contraire, pourront être exposés les travaux étrangers au programme, mais seulement ceux dont le sujet aura été approuvé par la Société savante dont ils émanent.
À ce propos, Monsieur le Président, je vous signale spé- cialement la nécessité : lo de me désigner, avant le 15 mars, le ou les délégués qui auront reçu le mandat de traiter de- vant le Congrès une des questions du programme; 2 de faire connaître à mon administration, également avant lo 15 mars, le titre des communications écrites ou verbales que MM. les délégués se proposeraient de faire en dehors du programme.
Les listes seront définitivement closes à cette date.
Je vous serai obligé, Monsieur le Président, de vouloir bien, par un avis spécial et très explicite, faire connaître, le plus tôt qu'il vous sera possible, ces dispositions et les jours des réunions aux membres de votre Société,
Recevez, monsieur le Président, l’assurance de ma consi- dération très distinguée.
Le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts
A. FALLIÈRES.
— 94 —
TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ.
Séance du 9 janvier 1885. PRÉSIDENCE DE M. HENRI LEPAGE, PRÉSIDENT.
Le procès-verbal de la séance du mois de décembre est lu et adopté.
Admission de membres titulaires.
La Société admet au nombre de ses membres titu- laires : M. l'abbé Gillant, curé d’Auzéville (Meuse), et M. Thiébaut, directeur de l’Imprimerie lorraine, à Nancy.
M. le Président donne lecture de la lettre suivante que lui a adressée S. G. Monseigneur Turinaz, évêque de Nancy et de Toul, à l’occasion de son admission comme membre titulaire :
« Nancy, le 2 janvier 1885. « Monsieur le Président,
» Mes occupations, si nombreuses et si pressantes à cette époque de l’année, ne m'ont pas permis de vous remercier plus tôt de la lettre par laquelle vous avez bien voulu m'annoncer que la Société d'Archéologie lorraine m'avait admis au nombre de ses membres.
» Je suis très heureux et très honoré de cette nomi- nation, et je vous prie d’être auprès de la Société d’Ar- chéologie l'interprète de ma reconnaissance. Je voudrais que mon ministère me permit de m’associer à ses tra- vaux ; mais les loisirs sont bien rares dans la vie d’un évêque. Je suivrai néanmoins ces travaux avec bonheur et j'applaudirai à vos succès. |
» Agréez, Monsieur le Président, l'assurance de ma
haute considération. » + CHARLES-FRANÇOIS,
» Evêque de Nancy. »
— 25 —
Le Président a reçu également des lettres de remer- ciement de MM. Didier-Laurent et Aubert, admis comme membres titulaires à la dernière séance, et de M. Ber- tolotti, directeur des Archives de l'Etat, à Mantoue, nommé membre correspondant. M. Bertolotti se met à la disposition des membres de la Société qui auraient des recherches à faire dans les dépôts d'archives du royaume d'Italie.
Ouvrages offerts à la Société.
Les seigneurs de Beaumesnil de la Maison de Lor- raine (1458-1604), par Léon Germain. Bernay, impri- merie veuve Alfred Lefèvre, 1884.
Bulletino della commissione archeologica communale di Roma.
Annuaire administratif, slatistique, historique, judi- ciaire et commercial de Meurthe-et-Moselle, par Henri LepAGE et N. GRos3EAN, 1885, 63° année.
Journal des Savants. — Décembre 1884.
Bulletin de la Société de Géographie de l'Est, 1884, 4° trimestre.
Revue savoisienne. — Novembre 1884.
Renseignements sur Alix- Berthe de Lorraine, com- tesse de Kibourg, dame de Vignory, par Léon German. Nancy, typographie Crépin-Leblond, 1884.
Ancel, sire de Joinville, par Léon GErRmaNN.
Lectures.
M. Ferninano nes Rosert : Correspondance inédite du duc Nicolas-François.
MÉMOIRES.
UNE PETITE ADDITION AU NOBILIAIRE DE DOM PELLETIER.
En faisant des recherches ayant pour but de rectifier ou compléter les tables de diverses catégories de re- gistres des Archives, et de réunir les derniers maté- riaux d’un travail dont je m'occupe depuis longtemps (1), J'ai découvert quelques documents qui ont échappé aux laborieuses investigations de Dom Pelletier. J'aurai occasion d’en signaler plusieurs dans le cours de ce travail; celui que je vais faire connaître mérite une mention particulière, à cause de certaines particularités qui s’y rattachent.
Sur la fin de l'année 1641, un sieur Didier de Mari- mont, lieutenant au gouvernement de la terre et sei- gneurie de Bitche, désirant obtenir du duc Henri II des lettres de gentillesse, lui présenta une requête dans laquelle il expose « qu'il est descendu de noble et ancienne famille et que, par succession de père en filz en légitime mariage, il se retrouve au quatriesme degré de noblesse, ayans, ses progéniteurs, tousjours vescus noblement, sans avoir jamais exercez aucunes profes- sions dérogeantes à ceste qualité... ; le premier des-
(1) Ce travail formera un volume, ayant pour titre : «a Complément au Nobiliaire de Dom Pelletier, précédé » d’une dissertation sur la noblesse et suivi de listes chro- » nologique et alphabétique des anoblis depuis l’origine » jusqu’en 1790, et des anoblis faits gentilshommes, cheva- » liers, barons, comtes ot marquis »,
ot
quelz, son bisayeul paternel, estant sorty de Toul, de maison honnorable, venu au service des princes, luy auroit èsté, pour ses vertus et mérites, confié, soubz le règne du feu bon duc Anthoine, l’estat et charge de trésorier général des finances de Lorraine et Barrois, qui, pour recongnoissance des labeurs et services qu’il luy auroit rendu, tant en ladicte charge qu’en tout plain d’autres occasions, l’auroit, entre autres bienfaitz, en l’année mil cinq cens et dix, honnoré du tiltre et qualité de noblesse... (1) »
Quel était ce bisaïeul, dont le nom n’est pas prononcé dans la requête ? Le Nobiliaire ne contenant ni d’ar- tiele ni de renvoi au mot Marimont, on se trouve en présence d’une sorte d'énigme, qui semble, au premier abord, assez difficile à deviner. D’autres documents viennent heureusement en donner l'explication.
En 1510, l'office de trésorier général était exercé par Jean Gerlet, d'Amance, qui eut pour successeur, en 1519, Didier Bertrand (2). Gerlet avait été anobli dès le mois de décembre 1600; ce n'était donc pas de lui qu’il pouvait être question dans la requête qui précède, et il n’y avait plus dès lors qu’à chercher si, en dépit de la petite erreur qu’elle contient, il ne s'agissait pas de Bertrand. Celui-ci a, en effet, dans le Nobiliaire, un assez long article, au cours duquel apparaît le mot de Marimont, et qui se termine parles lignes suivantes : « Didier Bertrand, gouverneur des salines de Dieuze,
(1) B. 82, t 29.
(2) 11 fut nommé, le 20 janvier 1518 (1519, n. s.), « chambre aux deniers » et trésorier général, (B. 14, fo 248.)
Ses lettres d’anoblissement, du 14 décembre 1510, le qua- lifient « secrétaire et argentier » du duc. (B. 12, fo 39.)
— 928 —
seigneur haut, moïen et bas-justicier de la terre et seigneurie de Marimont (4), obtint permission de quitter le surnom (ou plutôt le nom) de Bertrand, et de prendre celui de Marimont, par lettres de Henri,
» » » duc de Lorraine, données à Nancy le dernier août » 1609 ».
Ces lettres sont effectivement dans le registre des patentes de l’année 1609 (2), le duc y dit que, voulant récompenser les bons et agréables services que lui avait rendus son féal Didier Bertrand, gouverneur des salines de Dieuze, tant dans ses fonctions que dans d’autres occasions où il l'avait employé, il lui accorde, à lui et à ses enfants, nés et à naître, de se dire et appeler Marimont ; lequel mot il leur a donné pour sur- nom et titre de seigneurie.
Tout ce que dit le Nobiliaire est jusqu'alors parfai- tement conforme aux documents qui se trouvent au Trésor des Chartes, mais il en est un, le plus important de tous pour l'illustration de la famille, que le docte auteur de cet ouvrage n’a pas connu : je veux parler des lettres de gentillesse que Didier de Marimont, gen- tilhomme servant du duc, devenu lieutenant au gouver- nement de Bitche depuis le 24 décembre 1610 (3), obtint le 2 janvier 1612 (4).
Le préambule de ces lettres fait voir quel prix on attachait à la distinction qu’elles conféraient :
« La marque la plus asseurée de grandeur dont les
(1) Marimont est un village de l’ancien canton d’Albes- troff, arrondissement de Château-Salins (Meurthe).
(2) B. 79, fo 197.
(8)ZB. 80, fo 238,
(&) B. 82, fo 29.
— 29 —
souverains se puissent justement glorifier, y est-il dit, estante celle qui leur est attribuée dans les sainctz cayers par le Roy des Prophètes, d’estre les images vivantes de la Divinité, rien ne doit animer leurs cou- rages de plus ardantz désirs que de dresser tous leurs déportemens à ce but, de se rendre dignes d’ung tant glorieux tiltre, en se rendant imitateurs des actions d'ung si digne patron, lesquelles, entre celles qui bril- lent avec le plus d’esclat, et dont les mortelz admirent plus les effectz, faict reluire sa prudence et justice admirable en la distribution de ses grâces et faveurs envers ceulx qui s’en rendent capables par la praticque de la vertu, laquelle, bien que de soy si parfaicte et accomplie que ceulx qui en font profession n'en recher- chent aultre plus grand loyer qu’elle mesme, qui porte de soy son pris et sa mercède; si est ce que, pour ex- citer ses sectateurs à continuer de bien en mieulx et tesmoingner aux yeulx du publicque une plus particu- lière recongnoissance et resentiment des mérites de ceulx qui s’y addonnent, c’est bien l’ung des princi- paulx effectz de l’équité et du jugement des princes souverains d'honnorer et gratiffier les vertueux de quelque tiltre d'honneur et dignitez particulières qui les rendent remarquables et honnorables aux aultres, les tirent et séparent non seullement de la foulle et presse du commun, d’où la vertu de leurs prédéces- seurs les a desjà distinguez, mais les eslèvent encore par dessus ceulx de leurs ordres... »
Un des documents précédemment rappelés provoque une remarque qui n’est pas hors de propos pour le sujet dont je m'occupe : il s’agit des lettres par les-
A0 =
quelles Henri IT permit à Didier Bertrand d'abandonner le nom de sa famille, trop commun et trop plébéien : à ses yeux, pour prendre celui de la terre qui lui était obvenue.
Tous les gentilshommes et les anoblis, possesseurs de fiefs, n’imitèrent pas son exemple, et, sans demander l'autorisation du souverain, prirent sur eux de renoncer à leurs noms patronymiques pour adopter les noms de ces fiefs. Cet usage, qui s'était déjà introduit au xvi° siècle, se perpétua, au grand désespoir des biographes et des généalogistes, auxquels il cause souvent d'’in- surmontables difficultés. Un poëte a censuré cette vanité maladroite, qui fait dédaigner même les illustra- tions dont on devrait se glorifier, en écrivant ces vers, spirituellement satyriques :
Croyez-vous qu’à la cour chacun ait son vrai nom ? Aujourd’hui, nos seigneurs affectent le bon ton : Tel qui tranche du grand, dont le mérite brille, Rougit, ou peu s’en faut, du nom de sa famille.
Si les morts revenoient, ou d’en haut, ou d’en bas, Les pères et les fils ne se connoîtroient pas.
Le seigneur d’une terre un peu considérable
En préfère le nom à son nom véritable ;
Ce nom, de père en fils se perpétue à tort,
Et, cinquante après, on ne sait d’où l’on sort.
Combien de familles, qui devaient à leurs ancêtres leur fortune et leur lustre, échangèrent leur nom contre un surnom insignifiant : tels furent, pour ne citer qu’un exemple, les « sieurs de Veroncourt », descendants de Thierry Alix, président de la Chambre des Comptes, organisateur du Trésor des Chartes, qui joua un rôle si considérable sous le règne de Charles III.
Herr LEPAGE.
En de
LA’ FAMILLE DE LA BOURLOTTE.
M. Aug. Neyen (1) n’est pas le seul auteur luxem- bourgeois qui, après Bertels et Bertholet, rappelle le fameux Claude de La Bourlotte. Dans son Livre d'or (2), M. de Kessel lui a consacré un article fort curieux, car il mentionne des lettres de noblesse et de chevalerie que ce capitaine aurait reçues de Philippe If; il fait connaître l’époque et les circonstances de sa mort, le texte de son épitaphe, enfin le nom de sa femme et la liste de ses enfants.
Voici cet article, de nature à compléter sur des points très importants les recherches de MM. Dumont (8) et Lepage (4). Nous le ferons suivre de quelques notes sur les différents membres de la famille, d’après l’en- semble des travaux qui nous sont connus.
« BOURLOTTE (DE LA)
» ARMES : D'azur à la fasce d'or, chargée de trois têtes de léopard de gueules, et accompagnée de trois besans aussi d'or.
» On lit dans le recueil de la noblesse de Bourgogne, Lim- bourg, Luxembourg, etc., par J. Leroux (5) : Claude de la
(1) Biographie luxembourgeoise, 1876.
(2) Chevalier de Kessel, Livre d’or de la Noblesse luxem- bourgeoise ; Arlon, etc., 1869, p. 29.
(8) Dumont, Nobiliaire de Saint-Mihiel, Hist. de Saint- Mihiel, Ruines de la Meuse.
(4) H. Lepage, Un soldat de fortune au XVIe siècle, extr. du Journal de la Société d'Archéologie lorraine, 1883, p. 6 (seconde édition d’un article paru en 1876 dans les Mém. de la Soc. philotechn. de Pont-à-Mousson).
(5) Voy. J. Guigard, Bibl. hérald., n° 3091.
— 92 —
Bourlotte, de Bourgogne (1), colonel au service du roi Phi- lippe II et des archiducs Albert et Isabelle, a été anobli, gratis et sans finance, en considération de ses grands et particuliers services, par lettres patentes dépêchées de Saint- Laurent-le-Royal, le 31 juillet 1597 ; — fut aussi créé che- valier par lettres patentes dépêchées du dit lieu le 9 août 1597. — Il jouissait d’une pension de 1000 florins sur la recette générale des finances par lettres patentes faites à Saint-Laurent-le-Royal, le 9 juin 1597.
» Claude de la Bourlotte, chevalier, seigneur de To- pagna (2), Berlestein, Doncourt (3), La Vallée, Lou- poigne (4), Baisy (5), etc., capitaine-prévôt et gruyer du comté de Chiny (6) et d'Etalle (7), colonel de douze compagnies Luxembourgeoises et commandant des troupes Wallonnes au service d'Espagne, fut l’un des plus grands hommes de guerre du xvr° siècle. Il mourut d'un coup de mousquet, au siège de Hulst, le 24 juillet 1600, et fut inhumé dans l'église paroissiale de Lou- poigne, devant le grand autel, avec l’épitaphe sui- vante : (8)
(1) Claude de la Bourlotte naquit à Saint-Mihiel (Meuse), dans le duché de Bar.
(2) Sapogne? — M. Neyen qualifie Claude : seigneur de Sappogne. Mais n'y a-t-il pas confusion avec Loupoigne ?
(3) Canton de Vigneulles, arr. Commercy (Meuse), v. Du- mont, Ruines de la Meuse, t. 111, p. 162).
(4) Canton de Genappe, arr. Bruxelles, pr. Brabant. — C’est, sans doute, la même localité qui, dans les lettres de chevalerie du 2 septembre 1594, est nommée « l’Opoingne ».
(5) Baisy-Thy ?, idem.
(6) Canton de Florenville, arr. Virton, pr. du Luxembourg.
(7) Chef-lieu de canton, arr. Virton.
(8) « Le grand théâtre sacré du duché de Brabant, tome I, 2e partie, page 38. »
— 33 — » Ici Gist — Noble et illustre seigneur — Afessire Claude de la Bourlotte — seigneur de Berlestein, de Boncourt, la Vallée, Loupoigne, Baïisy — lequel a esté tué lez Ostende
pour le — service de sa Majesté — le 24 juillet 1600 — pries Dieu pour son âme —
» Ce vaillant capitaine avait épousé Anne d'Oyen- brugge, morté le 24 novembre 1659, fille de Philippe- René, seigneur d'Oyenbrugge (1) et de Milsen, et de Louise van der Noot, dont :
» 4° Anne de la Bourlotte, dame de Loupoigne et de Baisy, mariée, le 14 juillet 1616, à Robert de Beaufort de Celles, seigneur de Steenhault, mort en 1647, fils puiné de Louis, et de Cathe- rine de Hamal.
» 2° François de la Bourlotte, religieux de l’ordre de St Dominique.
» 8° Ernest de la Bourlotte, seigneur de Loupoigne, mort sans hoirs (2). »
Ainsi, Claude de La Bourlotte, après avoir reçu, le 2 septembre 1594, des lettres de chevalerie du duc de Lorraine (3), se serait vu anoblir par le roi d'Espagne, le 81 juillet 1597 ; et, presque aussitôt après, le 9 août de la même année, il aurait obtenu, du même souve- rain, une confirmation de sa chevalerie. Dom Pelle- tier (4) connaissait vaguement ce dernier acte ; seule-
(1) Oyenbrug ? dépend. de Grimberghen, canton Wolver- them, arr. Bruxelles, pr. Brabant.
(2) Chevalier de Kessel, Zbid. (3) Publiées par M. Lepage, ibidem. (4) Nobiliaire de Lorraine, p. 71.
NE ment il le considérait comme émanant du duc de Lor- raine et s'appliquant à Idoulx ou Hydulphe de la Bour- lotte, qui fut anobli en 1589, mais ne parait pas avoir occupé de plus hautes fonctions militaires que celles de capitaine de la milice bourgeoise de Saint-Mihiel.
Comme Claude et Hydulphe étaient tous deux origi- naires de cette ville, qu'ils furent anoblis à peu d’an- nées d'intervalle, qu’on leur donne les mêmes armoiries, enfin que chacun d'eux posséda une partie de la sei- gneurie de Boncourt, 1l est permis, tout au moins pour coordonner les renseignements recueillis sur cette fa- mille, de les considérer comme deux frères, issus d'Hydoulx la Bourlotte, dit le Vieux, qui, suivant M. Dumont, existait à Saint-Mihiel en 1576. Il est « men. tionné différentes fois comme parrain dans des familles bourgeoises, assez peu relevées pour que l’on admette que ses relations ne sortaient pas de la simple roture. Sa femme s'appelait Marguerite ». Il « mourut en 1589, ce qui est attesté par la qualité de veuve, donnée à sa femme Marguerite (1) ».
Hydoulx la Bourlotte, dit le Vieux, a pu avoir quatre fils :
4. HyouPze, anobli en 1588, auquel nous allons revenir.
2. CLaupe, le héros de la famille.
8 et 4. JEAN et BERNARD. — M. Dumont, après avoir parlé d'Hydulphe le jeune, ajoute en effet : « Il y eut en ce temps deux autres la Bourlotte, Jean, frère de ce Hydoulx, qui fut Bénédictin, et Bernard qui, en 1581, fut père d’une Claudine, après quoi le nom disparut de
(1) Dumont, Nobil., t. I, p. 489 (supplément).
— 30 — Saint-Mihiel (1). » — On verra que la femme d'Hy- dulphe le jeune s'appelait aussi Claudine.
HYDULPHE DE LA BOURLOTTE.
C'est à Hydulphe de La Bourlotte, le jeune, que se rattachent, croyons-nous, tous les faits suivants, les- quels n'avaient pas encore été rassemblés.
En 1581, dit M. Dumont, dans l'Histoire de Saint- Mihiel (t. II, p. 248), une rémission de peine fut accordée « à Hidulphe la Burlotte, qui, en faisant la patrouille et se voyant attaqué par le jeune Le Clerc, armé d’une épée, l’avait tué d’un coup de hallebarde. »
Ainsi, il semble que ce personnage occupait déjà un grade dans la milice de Saint-Mihiel. Nous ne savons quelles fonctions lui furent ensuite données à Etain et à Longwy, où la vivacité probable de son tempérament souleva des plaintes contre lui.
L'Inventaire sommaire des Archives de la Meuse (B. 1206) renferme, en effet, d’après le compte du pré- vôt d'Etain pour l’année 1585, l'indication suivante : « Deux gentilshommes des gardes du duc de Guise sont assassinés à Etain ; Hydoule La Bourlotte, accusé d'être l’auteur de ce crime, est arrêté; le bailliage de Saint- Mihiel évoque ce procès. »
D'après le compte du receveur de Longwy pour la même année, l’{nventaire (B. 1944) mentionne en outre: « Information faite par M. Lescuyer, lieutenant général de Saint-Mihiel, au sujet de certains mésus reprochés au capitaine La Bourlotte. »
(1) Dumont, :did., p. 450
90
11 paraît que toutes ces plaintes n’étaient pas fondées, ou plutôt que les défauts du capitaine La Bourlotte étaient rachetés par de grandes qualités et d'importants services, puisque le duc de Lorraine l’anoblit quatre années ensuite, c'est-à-dire en 1589. Nous ne répète- rons pas ce que Dom Pelletier, M. Dumont et M. H. Lepage ont dit au sujet de cet acte, mais nous ferons remarquer la singulière analogie des armoiries, assez compliquées, avec celles de Jacques Rutant, dont les lettres de noblesse portent la date du 25 avril de la même année. Toute la différence çonsiste en ce que le dernier a deux étoiles en chef, au lieu de deux besans, et trois têtes de lions sur la fasce, au lieu de trois têtes de léopards; les trois besans de la pointe et les émaux sont identiques.
L’Inventaire des Archives de la Meuse (B. 8082) mentionne un acte qui se rapporte à l’anoblissement du capitaine La Bourlotte : « Information sur les biens et facultés de Idoulx de la Bourlotte, bourgeois de Saint- Mihiel, récemment anobli. » (Chambre des Comptes ; lay. Saint-Mihiel, ville et prévôlé, II ; 1500-1599.)
De 1589 à 1591, le duc fit au même personnage diffé- rents dons. M. Lepage en a relevé les très intéressantes mentions ; mais cet historien les a attribuées à Claude, tandis que la désignation de « cappitaine la Burlotte » ne peut convenir qu'à Hydulphe.
Le même auteur dit encore : « Le 4 juillet 1599, Charles III confirme l'acquisition faite par Idoux de La Bourlotte de plusieurs héritages et droits seigneuriaux à Boncourt, Mandres-la-Petite, Forbeauvoisin et Pont- sur-Meuse, pour lesquels il est admis à faire ses foi, hommage et serment de fidélité. (Let. pat. de 1598- 1599, f° 70.) »
_— 91 —
Dans sa liste des habitants de Saint-Mihiel, vers 1600, et parmi les « nobles, non officiers », M. Dumont cite : « La Bourlotte (1) ».
Le même, dans les Ruines de la Meuse (2), men- tionne « Hydoux la Bourlotte » comme seigneur de Boncourt, en 1602. Là, il le considère comme fils de Claude, ce que, du reste, il n’éssaie nullement de prouver.
M. Bonnabelle nous apprend que, le 44 janvier 1615, « noble Idoux de Bourlotte » se rendit adjudicataire des étangs de la Chaussée (3).
Hydulphe, dit M. Dumont, mourut en 1617. Par son testament, où il s'intitule seigneur de Boncourt en par- tie, il laissa « 200 francs à l'hôpital, à prendre sur la première pêche de l'étang de la Chaussée.., plus 2000 fr. à la paroisse, pour services religieux ». Mathieu de Metz, écuyer, son parent par alliance, et Jean Thies- selin, avocat, furent ses exécuteurs testamentaires (4).
Le capitaine La Bourlotte épousa, en premières noces, Henriette de Sponville, morte dès 1591, et, en secondes, Claudine de Metz, qui lui survécut (5) ; elle était fille de Mathieu II de Metz et de Barbe le Dart (6). Aucun enfant ne paraît être issu de ces deux mariages.
(1) Dumont, Histoire de Saint- Mihiel, t. I], p. 2.
(2) Tome III, p. 162.
(3) CI. Bonnabelle, Notice sur La Chaussée (canton Vi- gnoulles, arr. Commercy); Bar, 1881, p. 26.
(4) Dumont, Nobil., t. I, p. 489. — Cf. Hist. de Saint- Mihiel, t. IV, p. 98.
(5) Ibidem. — Cf. t. I, p. 96. (6) Zbidem, t. 1, p. 96 et 480.
— 98 —
Nous n’ajouterons qu'un mot, pour appeler sur Claude de la Bourlotte l'attention des historiens luxembour- geois. C’est dans leur ancien duché, en effet, et vers les Pays-Bas, que l’on peut, — après les recherches entreprises en Lorraine par les auteurs dont nous ve- nons de citer les noms, — espérer de faire des décou- vertes importantes. Parmi les hommes remarquables que le xvr° siècle a produits en grand nombre, nous voyons dans ce vaillant guerrier l’une des figures les plus originales ; nous sommes persuadé qu’en s’'atta- chant à le suivre dans toute sa carrière, on recueille- rait les éléments d’une très curieuse étude biogra- phique et d'un chapitre considérable d'histoire mili- taire (1). L. GERMAIN.
DOCUMENTS INÉDITS SUR LE VILLAGE DE BOULAINCOURT
MM. Lepage et Charton, dans leur Statistique du dé- partement des Vosges, ont donné, sur le village de Bou- laincourt, une excellente notice quise complète par deux documents inédits, récemment découverts par moi dans des papiers de famille. L’un est un état de rentes sei- gneuriales dues chaque année, à la Saint-Martin, au
(1) Dans le récent ouvrage de MM. Lallemend et Bon- nette sur Jean Errard (p. 124, note 5), il est dit, à propos du siège de Cambray, qui se rendit le 3 octobre 1b95 : « Le colonel de la Barlotte (sic) avait, au témoignage de Palma Cayet, la charge de l'artillerie. »
Or
prieur de Boulaincourt (1) ; l’autre, l’'énumération des droits d’une foire importante qui se tenait dans ce vil- lage le lendemain de l’'Assomption.
En. BonvaLor.
Règlement du paste deu chacun an aux S"* officiers du Bailliage du Compté de Vaudémont par les seigneurs de Boulaincourt, à jour de foire desseignée.
A Son Altesse
Remontre très humblement le seigneur marquis de Hauttonchastel, compte de Vaudémont,
Q'ualuy pour la moitié et aux Sieurs vénérables abbé prieur et Religieux de l’abbaye de St-Léon de Toul pour l’autre, appartient en tout droit, authorité et émolument de haute moyenne et basse justice sans part d’autruy le village, ban et finage de Boulaincourt au Bailliage du Comté de Vaudémont ; y ont la création de Maire et Justice qui tenois, et juges de toutes actions et matière civille et criminelle, vostre altesse n’y ayant, outre de sa souveraineté, autre choses que l'exécution des criminels y condamnés, laquelle se fait à Vézelise ; Le prévost duquel lieu s’envien recepvoir à cet effet à l'extrémité du ban dudit Boulaincourt, les cris de la foire au jour de l'assomption Notre Dame par les maires
(1) Le premier de ces documents a exclusivement un in- térêt de localité, à cause des noms d'individus qui s’y trou- vent mentionnés, et nous croyons devoir nous borner à le signaler; il n’en est pas de même du second, que nous nous empressons de publier, en remerciant notre honorable con- frère de cette communication.
2 A0. ==
du Val de Gugney, lesquels viennent cès le midy dudit jour assisté des jeunes gens dudit Val, lesquels com- mettent au prétexte de ce plusieurs insolence, et, la garde de la foire qui se tient le lendemain dudit jour de l’assomption depuis le matin jusque à midy à l'effet de laquel garde le S' Bailly dudit Compté et son lieutenant et les S° vos procureurs Général, Maistre Eschevin et Juré et prévost dudit Compté et son lieutenans avec un sergent dudit Bailliage audit jour de foire viennent au- dit Boulaincourt sur les neufs heures du matin font pu- blier les cris, deffence accoutumée par lesdit sergent de la part de votre Altesse et desdits seigneurs du lieu aux dépens desquels s’en retournent ; et ainsi demeure la garde de laditte foire depuis la dite heure de midy auxd. seigneurs d'autant que tout cela n'apporte aucun profit ny commodité à V. À. ains une surcharge de dé- penses embarassent tant ausdits seigneurs et à leurs officiers qu'aux marchands. Le d. Seigneur Marquis supplie très-humblement que v‘"* bonplaisir soit de luy conduire et transporter lesdits droits et authorités qu'il a audit Boulaincourt sous la réserve de lad. souverai- neté et nottamment du cris de lad. foire et garde de laditte foire attandu que Saditte Altesse n'en voit aucun profit et ledit Seigneur Marquis aura un accroissement d'obligation au service très humble de Sa ditte Altesse.
Veue en Conseil la présante Requette la renvoyons à nostrès cheres et féaulx conseillers présidents et gens de Comptes de Lorraine auquels mandons examiner ce contenu en icelle et du tout nons faire emple raport par écrit avec advis qu’il nous envoyerons clos et ficelé, pour iceluy reçu estre par nous ordonné. 10 frans bar- rois estre bon afaire par raison, car ainsi nous plait ;
— 41 — Expédié à Nancy le septiesme jour de juillet mil six cent dix; les S'" de Gournay, chef dudit conseil et Bailly dudit Nancy, deli nommé Prieur des terres de Gournay, Bardin Baillivy, M" des Requettes ordinaire présens : Signé Henry : Contresigné J, Aimé
Les Conseillers et auditeurs des Comptes de Lorraine renvoyent la requetre cy devant écrite au S' procureur général, receveur et contrôleur du Compté de Vaudé- mont pour advertir quels sont les droits, authorité, pro- fit et émolument que Son Altesse a au village, ban et finage de Boulaincourt, à qui le vilage appartient, haute, moyenne et basse justice, au nom de qui se fait les cris de la foire, et à qui appartient la foire qui se tient audit lieu le lendemain de l’Assomption Notre Dame ; Si de laditte Garde et force de laquel revienne quelque commodité à Son Altesse et quelqui sont ceux des subjets de S. A. qui sont obligé à la garde de cette foire et du tout dresser raport par écrit avec advis par iceluy veu et considéré, advertir sadite Altesse qui y ordonnera puis après son bon plaisir ; fait en la Cham- bre des Comptes à Nancy, le huitième juilliet mil sept cent dix, les auditeurs Humber Bardin Barron, Gollenet, Lefebvre et Rouge présent. Signé Pariset.
Veu de rechef en notre Conseil la Requette + jointe sous notre sceau secret et les deux raports de nos amez et féaux les procureurs général, receveur et contrôleur au conté de Vaudémont en datte du seizième juillet et quinzième août de l'an dernier 1610 avec celui de nostrès cher et féaux les présidant et gens des Comte de Lor- raine de vingt neuf juillet dernier, nous renvoyons ce
tout aux d. président et gens desdits Compte auquel mandons d'assurer et limiter le nombre suffisant et nécessaire de nos officiers dudit Bailliage dudit comté pour aller par chacun an le seizième du mois d'août au lieu et ban de Boulaincourt, à la foire qui si tient audit jour pour y faire publier par un des sergents du bail- liage dudit comté les cris et deffence accoutumé, au- diancer au prioré les causes, dispute, controverse et difficulté des maitres des han des métiers dudit Compté, malversations comises et trouvées, par leur visite et autre moyen semblable, et droits en dépendant ou nous appartenant en souverain, régler les frais du diner de nosdits officiers qui iront audit Boulaincourt à l'effet de ce que dessus et par mesmes moyens leur enjoignons de pourvoir sur le tout ainsi que de justice, et à ce que les jeunes gens en arme accompagnant les mailleur de Fourcel sous Gugney et dud. Gugney qui annuellement alternativement sont tenus et obligé de se trouver audit Boulaincourt dès le mydy du jour de fête de l’Assomption Notre-Dame pour mener la fête dudit lieu, et à cri de par nous danseret faire danser et garder jusqu’à midy du landemain que ladite foire sy tient ny commettre aucune insolence et en sorte qu’à l’advenir nous n’en recevions aucune plainte ny doléance, de ce faire avons audit présidant et gens de Comte donné et donnons plain pouvoir, commission et mandement spé- cial par tout qu'il appartiendra. Car ainsi nous plait. Expédiée à Nancy huitième d'août 1611 les s" (lacune) de Lorraine Malvoisin M"° des Requettes ordinaire, de Marainville présidant du Conseil et des comptes, de Heullecourt présidant des Compte de Lorraine et Bar- rois, Courcel, conseiller et secrétaire d’estat et audi-
LS A9 teurs desd. compte prés. Signé Henry et pour secré- taire J. Aimé.
Veue par nous présidant Conseillers et Auditeurs des comte de Lorraine, le départ (lacune) du noble conseil de son altesse sur leur raport fourny suivant la charge à eux comises et donné par le noble décret de sa dite Altesse en datte du septème juillet de l’année der- nière apposé au pied de la requette celle cy devant présentée par les Excellences de Monseigneur le Mar- quis d'Hauttonchatel ledit départ en datte du huitième jour du présent mois d'année 1611 portant mandement à nous d’admiser et limiter le nombre suffisant nécessaire des officiers du Bailliage dudit comté de Vaudemont pour aller par chacun an le seizième du mois d'août au lieu et ban de Boulaincourt à la foire qui si tient audit jour y faire publier par un des sergents du dit baillage dudit comté les cris et deffences accoutumés, audiancer au prioré les causes, dispute et différent des M°° des hans des métiers du dit comté malversation commise et trouvée, par leur visite et autre moyen.
Coppie tirée mot à mot sur l'original le trois novem- bre dix sept cent soixante onze par moi George Marchal marchand à Boulaincourt.
CHRONIQUE.
Notre honorable confrère M. Lamasse, de Lunéville, nous adresse la communication suivante :
Monsieur le Président, En lisant un article sur l’ermitage de Saint-Joseph
= =
de Messein, inséré dans le tome X de la troisième série des Mémoires de la Société d'Archéologie, il m'est revenu à la mémoire que, depuis bien des années, j'avais copié une inscription qui se trouvait placée dans la chapelle de l'ermitage de Sainte-Anne, près Luné- ville, et transformée en grange depuis la Révolution, m'a-t-il été dit.
Je vous envoie l'inscription, que j'ai copiée littéra- lement.
Son Altesse Charles 4 Monseigneur de Biss{y] d’heureuse mémoire : évesque et conte de
a permis de construire ce Toul à ordonné d'exposer lieu du 7 novembre cette pierre du 10 avril 1666 ++ 1697
Frère Michel Legrand premier
hermite et fondateur des hermitages de Ste -Anne, et de Joseph de Messin. Laisse à perpétuité les dis lioux — aux hermites de St- Antoine à charge quils observeront l'institut de St Antoine, approuvé par deux ordinaires pour les maisons du 30 janvier 1676 et
du 7 octobre 1677. à charge quils
feront annuellement célébrer une messe au jour du décez dudit frère de plus lui diront tous les jours un de profundis pour le repos de son âme, une messe basse pour défunt Nicolas Parcelle et sa famille qui ont fait
du bien dans ce lieu, une autre pour Nicolas Vannier et los siens qui a donné un prey dans ce lieu, une autre pour les frères obser- vant l'institut qui ont travaillé à augmenté ces lieux-i Ces 4 messes sont de Rà-
quiem, et sont perpétuelles. Priès Dieu
pour le repos des âmes de tous les bienféc- teurs de ce lieu +.
A
Il existe aussi, à la ferme de la Rochotte, près de Baccarat, une inscription gravée sur marbre noir. Ces lettres, ainsi que le caducée qui se trouve par le bas, ont été dorés ; le tout encadré, en pierre avec corniches et consoles de chaque côté, et placé au dessus de la porte de l'écurie.
Deo Opt. Max. Hoc sacellum cum eremite ea Domo D. M. Magdalænæ olim dicatum Vetusta soliq visio pene collapsum Valentinus J. Duval beneficio eo socl (?) accep memor
huc transferre instaurari curavit anno M. D. CCLII.
P. S. — On doit réparer ou transformer incessam - ment la ferme de Sainte-Anne et, quelle qu’en soit la valeur, je tenterai quelques démarches près du proprié- taire au sujet de l'inscription ci-dessus.
Nous recevons de notre honorable confrère M. Ferdi- nand des Robert la communication ci-après :
« En dépouillant les archives de la Maison de Ligni- ville, j'ai trouvé la lettre originale suivante, qui pré- sente quelque intérêt. Elle est adressée par Deruet au comte de Ligniville (Philippe-Emmanuel), général de l'artillerie de Charles IV :
« Je vous remercie de tout mon cœur de votre livre, » lequel je vousranvoy ung estampe de ce que je fais » sans écriture. de vous en voyré ungne parfaicte, mais
a
» que vostre mesage revigne. Je vous sublis de me » croire que Je suis de cœur et d'affection
» Monsieur » Votre très humble et très obéissant serviteur,
Claude Deruet.
» De Nancy, 12 desambre 1614 ». Sur le repli : « À Monsieur le Comte de Ligneville».
La lettre était fermée par deux petits sceaux en cire rouge, aux armes de Deruet. Elles sont conformes à celles qui sont décrites par Dom Calmet, dans la Biblio- thèque lorraine, mais l’écu est timbré d’un casque sur- monté d’une fleur de lys.
| NÉCROLOGIE.
CHARLES-JOSEPH-STANISLAS COURBE.
Nous avons encore à enregistrer aujourd’hui la perte d’un confrère regrettable à plus d’un titre : M. Courbe, lauréat de plusieurs sociétés savantes, est mort le 5 février, à l’âge de 46 ans.
Né dans une condition fort modeste, privé des dons de la fortune, obligé de vivre de son travail de comptable, M. Courbe a songé à demander à l’étude les distractions de sa vie, et, depuis bien des années, il a consacré tous ses instants de loisirs à l’histoire locale, spéciale- ment à celle de Nancy. Il a pris pour point de départ un Etat manuscrit des maisons de la ville, dressé en 4767, avec les noms des propriétaires, et c’est ainsi
41=
qu’il est parvenu, comme il le disait lui-même, à « faire renaître le Nancy d'il y a cent ans avec des jalons his- toriques ». On n'imagine pas ce qu'il a fallu de patience et d’investigations pour composer ce volume de près de cinq cents pages, qui a pour titre : Promenades histo- riques à travers les rues de Nancy au XVIIF siècle, à l'époque révolutionnaire et de nos jours; — Recherches sur les hommes et les choses de ces temps.
Nous serions incomplet si nous ne faisions pas au moins mention des autres productions imprimées de M. Courbe. En voici les titres :
Une œuvre apocryphe attribuée à Dom Calmet : la Réponse aux attaques de Chevrier (dans le Journal de la Société d'Archéologie, numéro de juillet 1878).
Table de renvoi aux chiffres et lettres du plan de la Ville-Vieille de Nancy (par La Ruelle), publiée par Lionnois, annotée.
LES SINGULIÈRES MERVEILLES DU VIEUX NANCY :
I. — Le portail des Sœurs Grises, rue des Domini- cains, avec reproduction de l'estampe de D. Collin.
II. — Les fiqures allégoriques de la Porterie ducale : le Bœuf qui prêche, le Cochon porte-étendard, le Singe Cordelier, etc.
Lettre sur la phraséologie usilée dans les discours académiques ; seconde suite des Mémoires de l’Acadé- mie de la Ville-Neuve de Nancy.
L'Histoire des villes vieille et neuve de Nancy, par le sieur J.-J. Lionnois, prêtre : I. Historique de la publi-
48. cation ; — II. Liste inédite des souscripteurs. Travail du plus grand intérêt, révélant les difficultés qui ne per- mirent pas à Lionnois de voir publier de son vivant son œuvre chérie.
E lat de la noblesse de Nancy, distribuée par paroisse et selon les numéros des hôtels et maisons (réimpression d’une plaquette rarissime imprimée en 1762, avec notes, rapprochement de numéros et préface).
Du projet d'un hôpital général au faubourg Saint- Pierre de Nancy en 1769 (dans la Maison des Missions royales, aujourd’hui Séminaire diocésain). — (Dans les Mémoires de la Société d'Archéologie, année 1884, pages 107-140.)
Nancy, ses portes et ses places : Esquisse historique, (42 pages), pages 857-899 du Grand Annuaire de l'Est.
M. Courbe a aussi publié un nombre considérable d'articles, dont plusieurs, par leur étendue, forment de véritables monographies. Nous indiquerons, notam- ment, les suivants : Arrivée de Stanislas en Lorraine, extraits des notes de Jamet le jeune, secrétaire particu” lier de La Galaizière, dans le Petit Nancéien des 80 juin, 4e, 8 et 7 juillet 1881 ; et les Ephémérides nancéiennes, en cours de publication dans la Dépêche de Nancy.
M. Courbe a envoyé à M. Mouravit, notaire à Aix-en- Provence, les plus curieux documents sur Jamet, desti- nés à rectifier et à compléter l'Etude sur cet écrivain bizarre, insérée par M. Mouravit dans la revue le Livre.
En dehors de ces productions imprimées, qui sont loin de donner une idée complète des immenses recher- ches de M. Courbe, celui-ci laisse un nombre considé-
AU
rable de manuscrits, les uns rédigés et préparés pour l'impression, les autres à l’état de notes et recherches puisées un peu partout. Notre Nancéiste ne reculait pas plus devant la lecture d’un in-folio que devant le dé- pouillement de la collection d'un journal pendant un siècle. ns
BIBLIOGRAPHIE LORRAINE.
CATALOGUE MÉTHODIQUE DE LA BIBLIOTHÈQUE PUBLIQUE DE LA VILLE DE VERDUN, revu, complété et publié par l’abbé N. Frizon, bibliothécaire de la ville... Histoire (avecune notice historique sur la Bibliothèque). — Verdun, imp. Ch. Laurent, 1884, gr. in-8° de Lxvir et 558 pp.
Ce livre fait honneur, à la fois, aux anciens bibliothé- caires de Verdun, qui ont commencé le classement de l’importante collection confiée à leurs soins, à la Muni- cipalité, qui a compris l'importance de la publication du catalogue, notamment de la partie historique, enfin et et surtout à M. l’abbé Frizon, dont le zèle dévoué, le sa- voir et l’activité constante, sont parvenus à mener à bien l’organisation générale d’une vaste bibliothèque et la préparation d’un catalogue imprimé, surmontant les obstacles de différente nature qui devaient s’opposer à un projet aussi considérable et complexe.
La partie Hisrorre, qui forme le présent volume, ne compte pas moins de 37170 numéros, et souvent un nu- méro désigne un recueil factice comprenant un nombre plus ou moins élevé de pièces et de brochures. Certains ouvrages auraient pu, au point de vue d’un classement
== 50 2
absolument méthodique, recevoir leur place dans d’au- tres parties que l'Histoire, par exemple dans la duris- prudence, la Théologie, etc.; mais M. l’abbé Frizon, per- sonne ne songerait à l’en blämer, a dû accepter les grandes lignes tracées par ses prédécesseurs, tout en y apportant d’utiles modifications de détail ; puis, à rai- son de l'intérêt des études historiques locales, et dans la prévision d’un retard possible pour la suite de la pu- blication, il était bon de réunir dans ce groupe tous les ouvrages qui s’y rattachent par des cotés particuliers, mais néanmoins impossibles à négliger. Les grandes divisions sont bien fixées ; les renseignements biblio- graphiques, exacts et complets; la table intelligemment ordonnée.
La Notice historique placée en têtede l'ouvrage offre un très grand intérêt, indépendamment de son objet spécial, pour l’histoire des grandes bibliothèques an- ciennes de Verdun, pour celle des bibliophiles des deux derniers siècles, enfin pour les annales de la ville pen- dant la Révolution.
La bibliothèque delaSociété d'Archéologielorraine a été heureuse de se voir comprise dansle nombre des éta- blissementsqui doivent à l’obligeante intervention de M. l'abbé Frizon, comme à la générosité de M. le Maire et du Conseil municipal de Verdun, le don d'un exem- plaire de cet important et utile catalogue.
L. GERMAIN,
DONS FAITS AU MUSÉE LORRAIN.
LA Famiice DE M. Le Mercier DE Monière a offert à la Bibliothèque du Musée la copie d’un document qui fait : partie du fonds de la cathédrale de Toul et porte, aux Archives, la cote G. 110.
C’est un cahier in-folio, de 187 pages, sur la couver- ture duquel est l'intitulé : Necrologium ecclesiæ. cathe- dralis tullensis, renovatum anno 1741.
Il forme deux chapitres; le premier a pour titre : « Tabula in quâ reperiuntur nomina Dominorum Bene- » factorum hujus ecclesiæ, quorum fiunt obitus per » annum, secundum ordinem dierum mortis, et anno- » rum fundationis obituum... »
Le second chapitre, beaucoup plus étendu que le premier, est intitulé : « Recollectio Benefactorum et » inscriptorum in antiquo Necrologio ».
Suit la liste, par mois et par jour, des bienfaiteurs de la cathédrale dont le chapitre faisait célébrer les obits. Cette liste contient des noms et des dates fort intéressants à relever.
Notre regretté Secrétaire avait fait faire une copie de ce précieux Nécrologe en vue d'un complément à son travail sur les Testaments au profit de l’église de Toul, qui a paru dans le dernier volume de nos Mémoires.
— 59 —
ACQUISITION FAITE PAR LE MUSÉE LORRAIN.
Dans le 10° numéro du Journal de l’année 1884, page 183, M. de Souhesmes a signalé l'existence de deux bornes armoriées entre le bois communal de Champi- gneulles et un bois particulier, il a donné en même temps le dessin de celle de ces bornes dont la face est le mieux conservée.
Il a paru intéressant d'acquérir ce spécimen assez rare d'anciennes pierres bornales, dont notre Musée était jusqu'à présent dépourvu. Grâce à l’obligeante intervention de MM. du Chatelle et Zæppfel, inspecteur et inspecteur-adjoint des forêts, M. Martin, maire de Champigneulles, que la Société compte déjà au nombre de ses donateurs, a gracieusement autorisé la cession de ce petit monument, qui fait maintenant partie de nos collections.
Aux deux bornes signalées par M. de Souhesmes, il faut en joindre une troisième, identique, se trouvant sur le même périmètre, entre la forêt communale et le bois de M. de Rennepont; en cherchant bien, peut-être en trouverait-on encore davantage.
Pour la commission de rédaction : le Président, H. LePAGe.
Nancy, imp. de G. CRÉPIN-LEBLOND, passage du Casino.
JOURNAL
DE LA SOCIÉTÉ
D'ARCHÉOLOCIE LORRAINE
ET DU
MUSÉE HISTORIQUE LORRAIN.
34e ANNÉE. — 3° NUMÉRO. — MARS 1885.
TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ.
Séance du 44 fovrier 1885. PRÉSIDENCE DE M. CH. CUÜURNAULT, . VICE-PRÉSIDENT.
Le procès-verbal de la séance du mois de janvier est lu et adopté.
Présentation de candidats.
Sont présentés comme candidats : M. le comte Marcel Le Bègue de Germiny, à Paris, par Mme la vicomtesse de Roquefeuil, MM. Fourier de Bacourt et le baron de Dumast; M. le général Brice, à Nancy, par MM. H. Lepage, C. Laprevote et Langlard; M. l'abbé Rance, docteur en théologie, professeur à la Faculté de théo- logie d'Aix, par MM. Haïillant, H. Lepage et L. Wiener ; M. André Génin, sous-lieutenant au 79° régiment d’in-
ne
fanterie, à Neufchâteau, par MM. H. Lepage, comte Edmond de Martimprey et de Rozières ; M. le baron de Bouvet, à Sainit-Remy-en-Bouzemont (Marne), par MM. H. Lepage, de Rozières et P. de Lallemand de Mont.
Il est donné lecture d’une lettre de Mme Le Mercier de Morière par laquelle elle remercie les membres de la Société des témoignages de sympathie qu’elle a reçus d'eux à l’occasion du décès de son mari. |
M. le Trésorier donne connaissance du compte finan- cier de l'exercice 1884.
‘Ce compte est renvoyé à l'examen de la Commission des finances.
Ouvrages offerts à la Société.
Revue de la Societé des éludes historiques, faisant suite à l'Investigateur, 4° série, tome II, 50° année, 1884.
Romania, recueil trimestriel consacré à l’étude des langues et des littératures romanes, publié par Paul Meyer et Gaston Paris. — Octobre 1884, tome XIII.
Bulletin de la Société archéologique d'Kure-et-Loir, n° 469. — Janvier 1885. — Mémoires.
Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest, tome VI de la 2° série, année 1883,
Bulletin de la Sociélé historique de Compiègne, t. VI, 1884.
Annales du musée Guimet. Revue de l’histoire des : religions, 5° année, nouvelle série, t. X, n° 2 (sep- tembre et octobre), et n° 3 (novembre et décembre). — Deux fascicules. |
= ol
Noûüce sur Laurent-Marie-Joseph Le Mercier de Morière, docteur en droit, archiviste-paléographe, etc., par Henri LePpace, président de la Société d'Archéologie lorraine (Nancy, typ. Crépin-Leblond, 1885).
Répertoire des travaux historiques, contenant l’ana- lyse des publications faites en France et à l'étranger pendant l'année 1882, t. Il, supplément Index. (Publi- cation du Ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. Paris, imprimerie nationale, 1884).
Un portrait de Marguerite de Lorraine, duchesse d'Alençon, au Musée lorrain, par M. Léon GERMAIN (Nancy, typ. Crépin-Leblond, 1884).
L'étole de saint Charles Borromée dans le trésor de la cathédrale de Nancy, par Le MÈme (Nancy, typ. Cré- pin-Leblond, 1884).
Notice sur une trouvaille de monnaies lorraines des XIE et XIIF siècles faile à Saulxures-lès- Vannes (canton de Colombey), par MM. Brerace et E. Briano (Nancy, typ. Crépin-Leblond, 1884).
Description historique des monnaies frappées sous l'empire romain, communément appelées Médailles im- périales, par feu Henry Coxen, continuée par FEuAR- DENT, 2° édition, t. IV (Rollin et Feuardent, éditeurs, 4, rue de Louvois, à Paris).
Journal des Savants. — Janvier 1885.
Bulletin de la Société «rchéologique du Midi de ia France. Séances du 1° avril au 22 juillet 1884 inclus, t. XIII, 2° livraison. — Deux fascicules.
Revue savoisienne, 1884, 25° année.
Bulletin adminis{ratif de la ville de Nancy, t. VI, année 1884.
mp
Lectures.
M. FerniNanDo pes RoBerr termine la lecture de son travail sur la Correspondance inédite du duc Naicolas- François.
M. E. Brian lit une notice de M. A. Stein, architecte à Toul, sur Le collège de Gilles de Trève, à Bar-le-Duc.
Le vote sur l'impression de ces deux mémoires est renvoyé à la prochaine séance.
MÉMOIRES.
DE LA COLLABORATION DE LIGIER RICHIER AU TOMBEAU DE CLAUDE DE LORRAINE, DUC DE GUISE, A JOINVILLE (1550).
Les guerres, les révolutions politiques et les chan- gements de goût ont réduit à un nombre si minime les œuvres remarquables léguées à la Lorraine par les écoles artistiques de la Renaissance, que bien rares sont les morceaux de sculpture dont on a pu prouver avec ce.titude l'attribution à Ligier Richier. D'autre part, les ravages opérés dans les grands dépôts d’ar- chives, la destruction presque complète des titres antérieurs au xvu° siècle conservés dans les communes, les presbytères et les propriétés privées, rendent ex- trêèmement difficile la recherche de la paternité des ouvrages qui existent encore ou dont la renommée a conservé le souvenir. Les obstacles qui s'opposent aux travaux de cette nature ne doivent cependant pæ les faire abandonner, mais bien plutôt servir de stimulant,
Pr car la satisfaction du résultat est proportionnée à l'effort; seulement, il convient que chacun participe à la peine, et que tous s’entr'aident.
Au mois de décembre 1883, M. L. Maxe Werly, dont le nom est bien connu de tous les archéologues lorrains, eut l’obligeance de nous écrire ceci : « de lis, dans la Revue de Champagne (décembre, p. 472), que le tom- beau de Claude de Lorraine, placé dans l'église de Saint-Laurent de doinville, fut exécuté par trois sculp- teurs, Dominique Florentin, Jean Picard et Richiel, ou Richier : ce dernier habitait Pont-à-Mousson; peut- être, en consultant les comptes, trouverait-on des ren- seignements sur ce Richier. »
Cette recherche a été faite récemment par un ama- teur, savant et zélé, de Joinville, et par M. Edmond Bonnaffé, qui a exposé les résultats acquis dans un excellent article publié, au moîs d'octobre dernier, par la Gazette des Beaux-Arts (1). L'auteur avait, pour point de départ, un travail de M. Fériel, à qui l’on doit des notices locales importantes et estimées, et qui, à propos du tombeau de Claude de Guise, écrivait en 1:42 : « Ce fut à Joinville qu'on exécuta ce monument. Trois sculpteurs y furent employés : Dominique Flo- rentin, Jean Picard, dit le Roux, et Richiel..… Richiel habitait Pont-à-Mousson.. Les cariatides, suivant une note dont nous ignorons l’auteur, seraient dues princi- palement au ciseau de Richiel ou Richier (2)... »
(1) P. 314. Edmond Bonnaffé, Le mausolée de Claude de Lorraine.
(2) Fériel, Mémoire lu à la Société des Beaux-Arts, séance du 19 avril 1842, et Mémoires de la Société archéologique de Langres, 1, 12.
re e—— y CC at
Le monument funéraire de Claude de Lorraine et de sa femme, Antoinette de Bourbon, passait pour l’un des plus magnifiques qui existassent en France; malheu- reusement il n’en reste que des fragments tout à fait secondaires, des descriptions beaucoup trop succinctes et des croquis évidemment défectueux et incomplets. On sait toutefois qu’en arrière d’une partie architectu- rale très importante, à plusieurs arcades, décorée d’ar- Mmoiries et de superbes cariatides, se dressait le tom- beau, surmonté de statues représentant, étendus et dépouillés de leurs vêtements, les cadavres des deux époux. C’est une idée singulière, et bien dans le goût de l’époque, qu'avait eue la veuve de Claude, de faire, elle vivante, placer ainsi l’image de son corps inanimé auprès de celui du grand prince dont elle avait été l'unique et fidèle compagne. De ces deux statues, que l'on disait être particulièrement admirables, il ne sub- siste plus rien.
M. Bonnaffé à retrouvé, dans les archives, les noms des deux premiers artistes cités, qu'il a identifiés avec sacompétence ordinaire. Le premier, comme son surnom l'indique, était originaire d'Italie ; les fameuses caria- tides, dont quelques-unes sont conservées, portent incontestablement les caractères de l’art de ce pays, et doivent, par conséquent, être restituées à Dominique Florentin. M. Bonnaffé a révoqué en doute la partici- pation de Ligier Richier, n’en ayant découvert aucune preuve. Transcrivons le paragraphe dans lequel il parle de ce sculpteur, afin de revenir sur ses premières conclusions et aussi de faire connaître le jugement remarquable qu'il porte sur la nature du génie du grand artiste, notre compatriote.
0 =
« Comment, dit M. Bonnaffé, justifier la collabora- tion de Richier au mausolée de Joinville ? Passe encore, si on lui avait attribué les corps gisants de Claude et d’Antoinette ; Richier excelle dans ces représentations funèbres, comme la figure de la Mort à Saint-Pierre de Bar-le-Duc, et l'effigie couchée de Philippe de Guel- dres, aux Cordeliers de Nancy. Mais la note citée par Fériel veut qu’il soit l’auteur des cariatides ; or, deux de ces cariatides existent, nous les connaissons ; et certes, le rude Lorrain n’a rien à voir dans cette fac- ture délicate, raffinée, semi-italienne. Richier est un de ces vieux maîtres provinciaux dont j'ai parlé jadis (1), élevé dans l'esprit des anciennes corporations et refu- sant de se laisser griser par les Italiens, comme leurs confrères de Fontainebleau. Ennemi juré des formules à la mode, il conserve fièrement et sans alliage sa per- sonnalité, son indépendance, la saveur propre de son terroir. C’est un gallican qui n’admet pas de compromis avec les ultramontains. »
Nous offrons ces dernières lignes à la méditation de ceux qui s’obstinent, sans citer des preuves valables, à envoyer Ligier étudier la sculpture à Rome, et qui sont esclaves du préjugé au point de retrouver, dans le Sépulcre de Saint-Mihiel, des imitations de Michel- Ange.
Pour ce quiest de la participation du maître de l’école lorraine au monument de Claude de Guise, nous convenons qu'il ne faut pas songer aux cariatides ; M. Fériel les ayant seulement indiquées d’après une note dont l’auteur lui était inconnu, il n’y a pas lieu de
(1) « Gazette des Beaux-Arts, mai 1875. »
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s’y arrêter davantage. Il en est tout autrement des ren- seignements que cet auteur donne de lui-même; les comptes relatifs aux deux statues couchées ne figurent pas au nombre des pièces qu'a retrouvées M. Bonnaffé ; comme il en reconnaît la possibilité, ces statues doivent être l'œuvre de Ligier ; nous persistons à le croire, d'accord avec un amateur très éclairé de Joinville, M. H.... G...…., dont nous avons mis plusieurs fois à contribution l’inépuisable obligeance.
« C’est d'après M. Fériel, nous dit M. G...., que j'avais indiqué son nom comme ayant participé à la sculpture de ce monument. J'avais trouvé ce rensei- gnement dans des notes manuscrites de lui et dans le fort volume in-8°, également manuscrit et faisant partie de la bibliothèque qu’il a léguée au département de la Haute-Marne. — de connais l'exactitude rigoureuse des écrits de M. Fériel et sa précision en fait de dates ou faits, et je pense que ce n'est point à la légère qu’il a mentionné la participation de Ligier. Où a-t-il puisé ce renseignement, je n'ai pu le découvrir jusqu'ici; mais je ne désespère point. »
Des preuves indirectes nous paraissent venir appuyer solidement l’allégation de M. Fériel. Si cet auteur avait parlé de Richier de Saint-Mihiel, nous aurions cru volontiers à une tradition inventée après coup, à cause de la grande renommée du statuaire. Mais aucun histo- rien n'avait jamais écrit son nom Richiel (forme cepen- dant très admissible, l’J finale ne devant pas se pronon- cer), personne surtout n’avait jamais dit qu'il eût habité Pont-à-Mousson ; et voilà que ces deux faits, non sus- pects de supercherie, fortifient l'opinion formulée. Nous allons essayer de la soutenir, en démontrant qu’à l'épo-
er ee que où mourut le duc de Guise, Ligier Richier devait précisément être tixé à Pont-à-Mousson, et venait d'exé- cuter trois monuments funéraires non sans des analo- gies diverses avec celui de doinville.
Le premier de ces monuments , le Squelette de Bar- le-Duc, comme on l’appelle ordinairement, bien que le mot ne rende pas bien l'objet, avait dû nécessiter, peu après 1544, le départ de Ligier, de Saint-Mrhiel, pour la capitale du Barrois. Cette célèbre statue était, en effet, destinée à la sépulture de René de Chalon, — mari d'Anne de Lorraine, fille du duc Antoine, — tué au siège de Saint-Dizier, le 15 juillet 1544.
Trois ans plus tard, Ligier dut se transporter à Poat. à-Mousson pour y élever un tombeau à la duchesse Philippe de Gueldres (mère de Claude de Guise), décé- dée religieuse clarisse dans le couvent de cette ville, le 28 février 1547. La statue couchée de la duchesse, que l’on citerait comme le chef-d'œuvre de son auteur, s'il n'avait fait le Sépulcre, n'a été amenée à Nancy que postérieurement à 1822.
M. Bonnaffé a cité ces deux monuments, mais il ne dit rien du troisième, dont la tradition, jointe à un important concours de probabilités, établit cepen- dant l'attribution à Ligier (1). Nous voulons parler du tombeau de René de Beauvau, mort en 1548, et de sa femme, Claude de Baudoche. Les statues couchées, de grandeur naturelle, des deux époux, se voient au- jourd’hui au Musée lorrain; le monument avait été érigé dans l’église de Noviant-aux-Prés, localité située
(1) Journal de la Société d'Archéologie lorraine, 1867, page 39. Art. de M. L. Benoit, avec pl.
=
à peu près entre Toul et Pont-à-Mousson, mais plus rapprochée de la seconde de ces deux villes, ce qui permet d'y supposer l'habitation de Ligier à l’époque où il s’occupa de cet ouvrage.
Comment donc ne pas croire qu’Antoinette de Bour- bon voulut, pour l'exécution de sa statue funéraire et de celle de son mari, faire appel au sculpteur de génie qui venait de s’illustrer par la confection de différents tombeaux, notamment de la duchesse Philippe ? C'est de Pont-à-Mousson que la veuve de Claude de Lorraine dût le faire venir à doinville; c’est bien là que la cita- tion de M. Fériel nous dit qu’il habitait. Ce concours de faits constitue une preuve difficile à récuser ; par consé- quent, nous nous croyons fondé à prétendre que les statues, si originales et si renommées, de Claude, duc de Guise, et d’Antoinette de Bourbon, étaient réelle-
ment de Ligier Richier. L. GERMAIN.
ACTE DE NAISSANCE ET DE BAPTÊME DE DOM MAUGÉRARD.
La plupart des auteurs (1) qui ont parlé de Dom Mau- gérard le font naître à Auzéville en 1740. M. Buzy a rectifié cette date dans son ouvrage intitulé : Dom Mau- gérard ou histoire du Bibliographe lorrain (2). Il ne
(1) La France littéraire. Les Biographies de Michaut et de Firmin-Didot, etc., donnent pour date de la naissance de D om Maugérard l’année 1740.
(2) M. Buzy n'a pas mentionné dans son travail l’article sur Dom Maugérard imprimé dans le Journal de la Société d'Archéologie lorraine en avril 1880, auquel il a dû la con- naissance de sources importantes. On sera surpris de ne pas
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sera pas toutefois sans importance de reproduire ici textuellement l'acte de baptême du savant Bénédictin :
« Jean-Baptiste, fils de Nicolas Maugérard et de » Marguerite Arnould, mariés ensemble et habitans de » cette paroisse, est né le vingt-neuf avril et a été » baptisé le 30. Son parain a été le S' Jean-Baptiste » Maugérard, et la maraine son espouse. En foi de quoi » j'en ai dressé le présent acte ledit jour de l’année » mil sept cent trente cinq.
» Signé : Maugérard, Françoise Millet, et Le Géant, curé d’Auzéville » (1).
Acte de sépulture de Nicolas Maugérard, père de Dom Maugérard.
M. Buzy, dans son ouvrage cité plus haut, dit (p. 10) que Dom Maugérard perdit son père en bas âge, et il en donne pour preuve un acte du 1° octobre 1738, où sa nièce est déjà désignée comme veuve. Le biographe de Dom Maugérard aurait pu facilement trouver une preuve plus précise dans l’acte qui suit :
« L'an mil sept cent trente six le 1° jour de duillet » est décédé en cette paroisse Nicolas Maugérard, le
retrouver dans son ouvrage l'écho des remerciements qu'il adressa, à différentes reprises, à l’auteur de cette note, à propos des indications nouvelles qu’elle renfermait et de plusieurs autres services. Il est particulièrement étrange de voir le titre de cet article omis dans le chapitre bibliogra-
phique. N. D. L.R.
(1) Extrait du registre des baptèmes, etc. (Archives c’Au- zéville, année 1735.)
oise » jeune, âgé de trente cinq ans, habitant de ce lieu, * ayant receu les St* Smens de Pénitence, d'Eucharistie . et d'Extrême-Onction, et le lendemain son corps a » été enterré au cimetière avec les cérémonies ordi- - naires. Dont acte.
» Signé : Le Géant, curé d’Auzévillé » (1). P;:c:c.
Abbé GILLANT.
NOTE BIBLIOGRAPHIQUE SUR UNE PIÈCE DE VERS D'ALPHONSE DE RAMBERVILLER.
Nous croyons devoir signaler à l'attention des bi- bliophiles lorrains une rare plaquette de 16 p. petit in-4°. Cette pièce de vers a pour auteur Alphonse de Ramberviller, dont notre savant et regretté confrère, M. Le Mercier de Morière, a entretenu les lecteurs du Journal, à propos de Saint-Livier.
Aucun des bibliographes que j’ai pu consulter ne fait mention de ces quelques pages de poésie. Brunet, comme MM. Beaupré et Teissier, sont muets sur son existence.
En voici le titre exact :
« L'ADIEV | aux generevs seignevrs | Gentis- » ho[m]meset Soldats allans | en Hongrie contre le » Turc. » Contenant une belle instruction | nécessaire aux » hommes de guerre.
(1) Extrait du registre de baptômes, mariages, sépultures, aunée 1736.
= 08 =
» Dédié à haut et puissant seigneur George Bayer, » baron de Boppart, seigneur d’Albe, Launoy, Tain- » tru, etc., par Alphonse de Ramberviller, Docteur ez » drois, Lieutenant gén. au balliage de l’Euesché de » Metz, 1997. » — 16 p. in-4° à pagination continug.
Ce titre, gravé par A. Vallée, se compose d’un por- tique sur la base duquel se trouve, à droite, la Force, foulant du pied une tête de Turc. Elle tient sous le bras droit une grande épée et entoure une colonne du bras gauche.
À gauche, la Prudence, tenant de la main droite un miroir et le bras gauche entouré d’un serpent (1).
A la base, au-dessous de la Force, se trouve cette inscription : Æt inimici eius lerra[m| linge[n]i. Psalm. 71.
Sous la Prudence : Coram ïllo procident Æthiopes.
Entre les deux inscriptions, sur la base, les armes de Georges Bayer de Boppart, écartelées de Bayer et de Boppart, surmontées d'un casque couronné, portant en cimier un lion couronné.
Supports : un lion et un griffon entourés d’attributs militaires. Au-dessous, les armes d’Alphonse de Ram- berviller (2) sans timbre.
(1) Ces deux figures furent reproduites par le graveur dans le frontispice des Choses advenues en Lorraine, de Remy, Pont-à-Mousson, 1606; mais elles sont plus petites et le nom des figures se trouve au-dessous de chacune; de plus, l’entablement et le bas du portique sont différents. Robert- Dumesril et le supplément ne décrivent pas le frontispice de notre plaquette.
(2) D’azur à la fasce d'argent, deux glands d’or en chef et un en pointe. Timbre ouvert et grillé, surmonté d’un bou- quet de glands.
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Le fronton du portique porte, de chaque côté, une bombe enflammée. Au milieu, deux anges sonnant de la trompette et tenant une palme de la main droite, sont assis près d’un dé servant de support à l’aigle impérial à deux têtes, couronné, portant sur sa poitrine un écu surmonté d’une couronne ouverte, aux armes de l’em- pereur Rodolphe (1).
Au revers du titre :
L'Imprimeur au lecteur. |
Puis se trouvent aux pages 3 et suivantes des dédi- caces que nous reproduisons comme documents sur les institutions militaires de notre pays. Les voici :
A havt et pvissant seignevr messire George Bayer, baron de Boppart, seigneur d’Albe, Launoy, Tain- tru, etc.
16 vers audit seigneur baron allant en son voyage d'Hongrie.
Pages 4 et 5. À monsieur de Hugne, lieutenant colonel de la cavalerie lorraine sous la charge de Monsieur le baron de Boppart : 18 vers.
P. 5. À Monsieur de Vaubecourt, lieutenant-colonel du régiment de trois mille hommes lorrains, sous la charge dudit seigneur baron : 18 vers.
P. 6. À Monsieur de Bullegneuille, capitaine de cent cheuaux légiers, soubs la charge dudit seigneur baron : 6 vers.
P. 6. À Monsieur de Gastinois, gentilhomme de la chambre de Monseigneur le cardinal de Lorraine, etc. guidon, colonel de la cauallerie lorraine, soubs la charge dudit seigneur baron : 16 vers.
(1) Rodolphe IT, empereur des Romains (1576-1612).
OT Le Puis vient l’adieu aux généreux seigneurs.
A la dernière page, la belle marque d’A. Fabert, re- présenlant Hercule avec sa massue combattant l'hydre à sept têtes.
De chaque côté de la marque cette devise :
Par travail ostiné. Tovt se voit terminé.
Et au bas de la page :
À Metz, de l’Imprimerie d'Abraham Faber (sic), Im- primeur ordinaire et iuré de la ditte ville, 1597.
Telle est la description complète de cette édition originale d’une pièce d’Alphonse de Ramberviller, réimprimée, moins les pièces liminaires, dans les Dé- vots Elancements (1).
Nous aurions voulu terminer cette notice par quelques renseignements généalogiques sur la famille de Ram- berviller. Malheureusement nous n'avons pu retrouver la trace d’un mémoire généalogique du catalogue Em- mery. Nous recevrions avec reconnaissance les commu- nications que nos confrères voudraient bien nous faire sur cette ancienne famille, connue dès le xv° siècle, et dont les membres ont occupé des situations importantes à Metz, Toul, Verdun et Commercy.
G. ne BRAUX.
(1) Pont-à-Mousson, Melchior Bernard, 1603, in-8°, p. 208 et suivantes. | Paris, Abraham Pacard, 1617, p. in-8°, p. 210-217.
— 68 —
CHRONIQUE.
« Monsieur le Président,
» L'inscription latine relative à l’ancien ermitage de la Rochotte, publiée dans le Journal de la Société, page 45 de la présente année, est erronée et incomplè- tement compréhensible.
» Vous jugerez sans doute utile d'en informer les lecteurs, soit en renvoyant simplement à la transcrip- tion donnée par M. Ch. Mangin, page 142 de ses Etudes sur Deneuvre et Baccarat, soit en faisant imprimer à nouveau cette transcription, que je mets sous vos yeux pour vous éviter une recherche :
Deo. Opt. Max.
Hoc sacellum cum Heremetici domo D. M. Magdalenæ olim dicatum Vetus[ta]te soliq. vitio pene collapsum Valentinus J. Du Val Beneñfic. eo loci accepti memor
Huc transferri instaurariq. curavit Anno D. MVCCLII.
» D'après M. Ch. Mangin, l'inscription était terminée par un caducée se croisant avec un bâton augural.
» Je possède dans mes papiers une copie faite en juin 1719 de cette inscription. Je vous la transcris avec quelques indications du copiste ; mais on doit, je pense, préférer le texte de M. Ch. Mangin, parce qu'habitant Baccarat, il a pu faire sa reproduction à loisir et la vérifier.
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« Au-dessus de l'emplacement de l’hermitage actuel » il y avait, dans de profonds rochers, un hermitage y » établi depuis plusieurs siècles; en 1752, M. Duval l’a » fait transférer et bâtir en la place incomparablement » plus belle et plus commode où il est aujourd’hui. » La chapelle, la maison sont simplement bâties, ou » entre par une petite cour où, à la droite, est la porte » de la chapelle dédiée à S'° Madelaine, dont on voit » un neuf et grand tableau à l'autel. Au-dessus de » cette porte, sur un marbre et en lettres d’or on lit:
D. O. M. Hoc sacellum cum eremetica Domo D. M. Magdalenæ olim Dicatum vetustate solique Vitio pene collapsum Valent. J. Duval, benefic. eo Loci accep. memor Hucce transferri instaurarique
Curavit. Anno M. DCCLII.
» Au-dessous, M. Duval a fait mettre en sautoir un » caducée et une houlette. »
200005 0050000 00 0 000 te. 00 0 000 09e
« Le frère Joseph, le supérieur ou l’ancien des quatre » hermites qui habitent ce lieu aussi solitaire, me fit » voir la maison, le jardin entouré de murs et très » propre ; il est petit, mais agréable. D'un côté est une » plantation de vignes et de l’autre le jardin. A l’extré- » mité il y a une porte qui conduit à une petite ter- » rasse ; de part et d'autre et au-dessous de cette ter- » rasse sont des vergers garnis d'arbres. »
» A. DE Gp»
= 10 =
« Monsieur et honoré Président,
» Voulez-vous me permettre de m'autoriser de nos relations déjà anciennes pour vous demander de vou- loir bien rappeler dans le « Complément au Nobiliaire » de Dom Pelletier », dont vous annoncez la publication, que j'ai placé, dans la chapelle commémorative de Se- nones, un médaillon de marbre destiné à rappeler le souvenir du généalogiste lorrain, et contenant l’inscrip- tion suivante : |
« PAX
»y À la mémoire de Dom A. Pelletier, religieux » bénédictin, curé de Senones, auteur de l’Armorial » général de la Lorraine et du Barrois, mort en 1757 ».
» Je pense ne pas être indiscret en vous faisont cette demande, puisque j'ai mis cette inscription pour faire savoir aux personnes du pays qu’un des religieux s'était illustré par son travail.
» F. SEILLIÈRE. »
C'est l’occasion de rappeler que notre honorable confrère a été le promoteur de la souscription ouverte, en 1868, pour ériger un monument à Dom Calmet dans l'église de Senones. Il a rendu compte de ce qui eut lieu à cette occasion et de ce qui se passa lors de l’inau- guration du monument, le 26 octobre 1873, dans une brochure intitulée : Rapport présenté à la Commission.— Description du tombeau et notice sur la chapelle histo- rique de Senones. — Compte rendu de la fête d'inau- guration el discours prononcé par Mgr Freppel, évêque d'Angers. |
= 11 =
A la demande de Mgr. Barbier de Montault, corres- pondant de notre Société, nous prions MM. les curés et toutes les personnes qui possèderaient d'anciens fers à hosties lorrains de vouloir bien nous les signaler, en nous en adressant une description succincte, ou mieux un estampage ; nous appelons surtout l'attention sur ceux qui porteraient des dates. Ces estampages doivent se faire avec du papier non collé, que l’on applique, imbibé d’eau, sur le fer; on le force à entrer dans tous les creux à l’aide d’un tampon d’étoffe, ou plutôt d'une brosse à habit, puis on le retire délicatement et on le laisse sécher. Le papier, soigneusement manié, se conserve très bien et suffit souvent pour l'exécution d’une photographie. Mgr. Barbier de Montault décrira et expliquera les fers qui présenteront le plus d'intérêt.
BIBLIOGRAPHIE LORRAINE.
CompLÉMENT AU NOBILIAIRE DE DOM PELLETIER, précédé d'une Dissertation sur la noblesse et suivi de listes chronologique et alphabétique des anoblis depuis l'ori- gine jusqu'en 1790, des nobles reconnus écuyers, faits ou reconnus gentilshommes, chevaliers, barons, comtes et marquis, par Henri Lepage et Léon Germain.
Tel est le titre de l'ouvrage auquel il avait été consacré une note dans le dernier numéro du dour- nal. Depuis, M. Crépin-Leblond, l’estimable imprimeur de la Société d'Archéologie, a bien voulu se charger d'en entreprendre la publication.
_— 72 —
D'autre part, — ce qui est une bonne fortune pour moi, — notre excellent confrère M. Germain a consenti à me prêter sa collaboration. Ses connaissances en matières nobiliaires sont appréciées de tout le monde, et, grâce à son précieux concours, mon livre atteindra un degré de perfection auquel il n'aurait pas osé pré- tendre.
Enfin, M. Crépin-Leblond s’est assuré la coopération de notre habile graveur héraldique , M. Constant La- paix, l’auteur de l'Armorial des villes de Lorraine, membre de notre Société.
H. L.
DONS FAITS AU MUSÉE LORRAIN.
M. Charles Dinion, de Favières, a donné un jeton de Nuremberg trouvé sur le territoire de cette commune.
— M. Prosper BouLancé a offert deux médailles mo- dernes, dont une du Congrès des Américanistes tenu à Nancy.
Pour la commission de rédaction : le Président, H. LEPAGE-
Nancy, imp. de G. CRÉPIN-LEBLOND, passage du Casino,
JOURNAL
DE LA SOCIÉTÉ
D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE
MUSÉE HISTORIQUE LORRAIN.
94° ANNÉE. — 4° NUMÉRO. — AVRIL 1885.
TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ.
Séance du 143 mars 1885.
PRÉSIDENCE DE M. HENRI LEPAGE, PRÉSIDENT.
Le procès-verbal de la séance du mois de février est lu et adopté.
Admission de membres titulaires ef présentation de candidats.
La Société admet au nombre de ses membres titu- laires : M. le comte Marcel Le Bègue de Germiny, à Paris; M. le général Brice, à Nancy; M. l'abbé Rance, docteur en théologie, professeur à la Faculté de théologie d'Aix; M. André Génin, sous-lieutenant au 79° régiment d'infanterie, à Neufchâteau ; M. le ba-
st ron de Bouvet, à Saint-Remy-en-Bouzemont (Marne).
Est présenté comme candidat, M. l'abbé Robinet, curé de Foameix, par Etain (Meuse), par MM. Léon Germain, Henri Lepage et Favier.
Il est donné lecture d’une lettre de M. Lucien Hum- bert, architecte, par laquelle il fait hommage à la So- ciété de sa brochure intitulée : L'Œuvre de Stanislas le Bicafaisant.
M. Laprevote, au nom de la Commission des finances, donne lecture du rapport suivant :
« Messieurs,
» Votre Commission des finances, à laquelle vous avez renvoyé les comptes de l'exercice 1884 présentés à la dernière séance par M. le Trésorier, s’est réunie quelques jours après et s’est livrée à l'examen minu- tieux de toute la comptabilité et des pièces justificatives qui y étaient jointes ; elle en a constaté la parfaite régu- larité, et vous propose de les approuver et de voter des remerciements à votre nouveau Trésorier. »
La Société, adoptant les conclusions de ce rapport, approuve les comptes de l'exercice 1884 et vote des remerciements à M. le Trésorier.
Sur la proposition de M. le Président, la Société décide que, conformément à l'usage adopté par la plu- part des Sociétés savantes, tout vote favorable à la publication d'un mémoire sera désormais suivi de la nomination d’une Commission spéciale chargée de revoir et de modifier, s’il y a lieu, de concert avec l’au- teur, le travail destiné à l'impression.
Elle vote la publication du mémoire de M. des Ro- bert, intitulé : Correspondance inédite du duc Nicolas- François. Sont désignés pour faire partie de la Com-
— 15 —
mission de révision : MM. Favier, de Souhesmes, vicomte de Warren.
Est votée également l'impression du travail de M. A. Stein sur le Collège de Gilles de Trèves, à Bar-le-Duc. La Comniission est composée de MM. Bretagne, Saint- doire et Volfrom. |
La Commission de rédaction du Journal est recons- tituée de la manière suivante : MM. Henri Lepage, Briard, Favier et Léon Germain.
Il est procédé à l'élection d’un secrétaire annuel en remplacement de M. Le Mercier de Morière, décédé.
M. Emmanuel Briard, secrétaire-adjoint, ayant obtenu la majorité des suffrages, est proclamé secrétaire annuel.
Ouvrages oïfferts à la Société.
… Répertoire des travaux historiques, contenant l’ana- lyse des publications faites en France et à l'étranger sur l’histoire, les monuments et la langue de la France pendant l’année 1883, tome III°, n° 2.
Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Chalon-sur-Saône, tome VII, Il° partie.
Artisti in relazione coi (ronzaga Signori di Mantora, Ricerche e studi negli archivi Mantorani per A. Berto- lotti, membro correspondente della Societa nazionale degli Antiquari di Francia, etc. (Modena, 1885).
Revue de Champagne et de Brie. — Janvier 1885, 4° livraison, 9° année. .
Journal des Savants. — Février 1885.
Mémoires de la Société des Antiquaires de France, tome XLIV. |
Bulletin de la Sociélé des Antiquaires de France, 8° trimestre 1884.
0
Mémoires de 1 Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Marseille, années 1884-1885
Revue savoisienne, publication mensuelle de la So- ciété florimontane, 26° année. — Janvier 1885.
Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie, année 1884.
Recherches sur la Famille d'Augy (Barrois, xv° et xvi* siècles), par Léon Germain (Nancy, typ. Crépin- Leblond, 1885).
L'Œuvre de Stanislas le Bienfaisant, par Lucien Huuserr, architecte (Nancy, imprimerie nouvelle, rue de Serre, 15, 1884).
Bulletin du Comité des travaux historiques et scien- liliques, section d'Archéologie, année 1884, n° 4.
Bullelin archéoiogique et historique de l& Société d'Archéologie de Tarn-et-Garonne, t. XII, année 1884. — Quatre fascicules. |
OL QU QU Qu hQ
MÉMOIRES.
SUR LA DATE ET LE LIEU DE NAISSANCE DE CLAUDE DE LORRAINE, DUC DE GUISE.
J'ai publié dans ce Journal, en 1856, une note ayant pour objet d'établir que Claude de Lorraine, duc de Guise, septième enfant de René IT et de Philippe de Gueldres, était né à Condé-sur-Moselle, aujourd’hui Custines, près de Nancy, et non en Condé-en-Barrois, comme des auteurs l’ont prétendu. Je donnais, pour preuve à l'appui de cette assertion, la mention sui-
PS EE
vante, empruntée au compte du cellérier de Nancy pour l’année 1495-1496 (1) :
« À Jehanne Baptiste pour avoir fait v pallasses, assavoir à chacune pallasse xvj aulnes de toille, pour porter on chastel de Condé pour couchier dessus les officiers et serviteurs du Roy et de la Royne durant le temps du baptissement de Monsieur Claude, FAIT AUDIT LIEU LE Vi]° JOUR DE NOVEMBRE MILilij° iiij**xvj ; etestoient de la toille que l'on avoit achetée pour faire des sacs pour charrovyer les grainnes, etc.; et depuis sont esté rapportées audit Nancey et converties en sacs. À raison de xvj deniers l’une, montent, comme par ledit tes- moingnage appert, à v gros. »
Il est évident que les mots porter et rapporter s'ap- pliquent à une localité voisine de la capitale, c’est-à- dire à Condé-sur-Moselle, qui conserva ce nom jusqu’à son érection en marquisat (16 juin 1719) en faveur de Christophe comte de Custiue, conseiller d'Etat du duc Léopold, colonel du régiment de ses gardes, gouver- neur des villes et citadelle de Nancy. Ce village avait une certaine importance, tant par lui-même que par le château fort qui y était construit ; la situation de ce dernier, au fond d’une riante vallée et sur les bords de lR rivière, par laquelle on pouvait y aller en bateau depuis Nancy, en faisait une agréable résidence. René IT parait l'avoir affectionnée, et on l'y voit, no- tamment à l’époque où eut lieu la naissance du fils sur lequel il semble avoir fondé les plus hautes espérances.
D'après la mention consignée ci-dessus, le baptême de cet enfant aurait eu lieu le 7 novembre 1496. II fut
(1) Archives, B. 7566, fo 78.
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célébré en grande pompe; l'enfant eut pour parrain Jean comte de Horne, évêque de Liège, allié de René, auquel il venait de fournir des troupes dans sa guerre cuntre Robert de La Marck. -
« Le vj° jour de novembre, raconte Jean Aubrion dans son Journal (1), vint en Mets mons' l’évesque de Liège, acompaigniés de ij° chevalx bien en point et bien acotrés, et vj clèrons sonnont à grant triumphe. Et entrit par la porte du Pont des Morts. Lequel alloit pour lever l’einffant du roy de Cecille, qui estoïit ney il y avoit xvii} Jours ; auquel s' évesque nos s"'° firent présent d’ung gray beufs, xij chatrons, ij cowe de vin et 1 qu. d’avoinne. Et, pour baptiser le dit einffant, mons" l'abbé de Gorse envoiet empruncter la belle mitre, la crosse, et ung livre de la grant église de Mets. »
La présence de l’évêque de Liège au baptême du fatur duc de Guise est attestée par plusieurs des pièces justificatives du compte dutrésorier général des finances de René II pour l’année 1495-1496 (2) :
« De par le Roy
» À nostre amé et féal secrétaire et chambre aux deniers Jehan d’Amance. Nous voulons et vous man- dons que de tous et quelxconques deniers de voz re- ceptes vous en baillez, paiez et délivrez à Boullon, héraut d'arme de Monsieur de Liège, deux florins d'or : au barbier dudit seigneur, quatre florins trect; à ses deux laquaix, à chacün d’eulx, deux florins d’or, et
(1) Journal de Jean Aubrion, bourgeois de Metz, publié par M. Laurédan Larché.
(2) B. 995. À
Le 0 =
à ses trompettes, six florins d'or; qui est, somme toute, trente ung franc, monnoie de noz pays, que donné leur avons pour ceste fois... Donné en nostre chastel de Condey, le x° jour de novembre mil iiij° xx * et seize.
» RENÉ. »
Une des attestations de paiement, jointes au mande- ment du duc, porte : « Je Claude d’Arberg, comte de Valengin, certiffie que Jehan d'Amance... a baillé à deux laquaix de Monsieur de Liège la somme de quatre florins d'or de Rin que ledit seigneur Roy leurs a fait donner pour estre venu à la fesle (1), avec ledit sei- gneur de Liège... »
D’après le chroniqueur messin cité plus haut, l'enfant de René et de Philippe de Gneldres était né dix-huit jours avant le 6 novembre, c’est-à-dire le 20 ou le 21 octobre. Cette date est parfaitement d'accord avec celle que l’on trouve inscrite sur une des pièces justificatives du compte de Jean d'Amance :
« De par le Roy
» À nostre amé et féal secrétaire Jehan d'Amance, sa- lut. Nous voulons... que de tous les deniers de vostre recepte vous en baillez et délivrez à ung prestre la somme de quatre florins d’or de Rin pour faire ses despens allant à Sainct Claude (2) par nostre ordon-
(1j Le certificat de la somme donnée aux trompettes, porte : « feste Claude Morsieur ».
(2) Il s’agit probablement de la chapelle Saint-Claude du couvent des Dominicains de Blainville, où il y eut, jusqu’à l’époque des guerres du xvire siècle, « beaucoup de dévotion des peuples ». (H. 814.)
— 60 — nance, dire et célébrer une messe devant monsieur sainct Claude... Donné à Condey, le xxij° jour d'octobre mil iïij° iy*x et seze. » RENE. »
Suit l'attestation du paiement :
a Je Didier Tallart, prebtre, aulmosnier du Roy de Sicille, etc., certiffie que Jehan d'Amance, chambre aux deniers dudit seigneur Roy, a baillé et paié contant à ung prebtre pour aller à Saint Claude célébrer messe et porter les offrendres dudit seigneur Roy et de la Royne, quant elle fust estouchée, qui fust le xxj° jour d'octobre, quatre florins d'or de Rin. Tesmoing mon saing manuel icy mis le xxvij° jour dudit octobre mil iiij° inj*x et seize.
» Tallarl. »
La date de la naissance et celle du baptème de Glaude de Lorraine, au château de Condé-sur-Moselle, ne sau- raient donc être mises en doute.
Comme s’il prévoyait que. cet enfant dût être appelé à jouer un rôle considérable, René avait fait invoquer en sa faveur le saint dont il voulait qu’il portât le nom, et c’est probablement sous le vocable du même saint que fut placée la chapelle qu’il fit consacrer au château - de Condé :
« De par le Roy.
» À nostre amé et féal secrétaire et chambre aux de- niers.. Nous voulons et vous mandons que, des deniers de voz comptes, vous en baillez et délivrez au souffra- gan de Mectz la somme de quatorze florins d’or de Rin, tant pour estre venu dédier nostre chappelle à nostre chastel de Condey, que pour ses despens, luy, ses gens
= Qi — et chevaulx audit Condey... Donné à Condey, le iiij® jour d'octobre mil iïij° iïij** et seze. » RENE. » D. Nicolas.»
« Je Didier Tallart.… certiffie que Jehan d'Amance.…. a baïllé et paié contant au souffraguan de Mectz, qui est venu dédyer la chappelle à Condey, douze fiorins d’or de Rin et deux fiorins pour les despens dudit souffraguan faiz audit Condey par luy et ses gens. Tesmoing mon saing manuel icy mis le xxviij° jour
cs,
» Tallart»
Dépense ordinaire de l'hôtel du Roy (par mois).
« Et pour ladite despence durant le mois de novembre, ou quel mois fut la gesine (la cruche) de la Royne..……. 1j" 1j 1üj*x xvj fr. ij gr. üiij d.»
Non content d’avoir envoyé à Saint-Claude dire des messes et porter des offrandes, René avait eu recours à la toute-puissante protection de la Sainte-Vierge, dont une image était en grande vénératiou dans l’église de l’abbaye de Bouxières, et il lui avait offert un cierge qui ne pesait pas moins de 108 livres. La dépense faite à cette occasion est énumérée dans le mémoire ci-après :
« Despence pour le cierge que le Roy a fait offrir à Nostre Dame de Bouxières, pesant cent viij livres.
» À Claude Savoie, de Sainct Nicolas, pour cent huit livres cire, à raison de iiij gros et demi l’une, vallant quarente frans six gros, lesquelz vj gr. sont de rabetz et rien compté, pour ce. ................ xl fr.
» À Philebert, cyrier, demeurant audit Sainct Nico-
— 82 —
las, pour avoir mis en œuvre lesdites cent viij livres cire ou cierge dessusdit. ....+.,..... lij fr. vj gr. » Pour la despence de luy et d’un autre cirier pour deux jours audit Bouxières, actandant que ledit cierge fust offert, à chacun troys gros, que sont. .... vijgr. » À Jehan Pottier, dudit Sainct Nicolas, pour avoir amené ledit cierge dudit Sainct Nicolas audit Bou- RIPÉOS des die neue Naiis ee de à den brarere V] gr. » À Fenault, charpentier dudit Sainct Nicolas, pour avoir fait la custode à mectre ledit cierge et fourny de planches affin qu'il ne se rompit, pour ce. ... ix gr. » À Jehan, verrier, de Nanci, pour avoir fait ung grant escusson aux armes de la Royne, lequel a esté affiché audit cierge, pour ce. ..... Jussieu. (NJ'OP » À Didier, sarrurier, dudit Nanci, pour avoir fait une grande broche de fer pour asseoir ledit cierge, et pour deux livres plomb à cramponner ladite broche, PONT Chr ses NS tA, ss és ae es HU OP » Somme toute, xlvj fr. j gr.
» De par le Roy.
» Chambre aux deniers, nous vous mandons que payez les parties cy dessus, montant à quarante six frans ung gros. Donné en nostre chastel de Condey,
» RENÉ. » D. Nicolas. »
Ces détails paraïîtront sans doute bien minutieux, mais le personnage dont il s’agit joua un si grand rôle que toutes les particularités qui le concernent méritent d’être rappelées.
Henrt LEPAGE.,
LA SECONDE FEMME DE THIBAUT 1°‘, COMTE DE BAR.
Nous devons à l’obligeance de notre confrère M. Cha- ;: pellier la communication du dernier fascicule de la Revue de Champagne et de Brie (v. Journal, p.15); il renferme (p. 5-8), sous le titre Æclaircissement his- torique, l'analyse, faite par M. l'abbé Ch. Lalore, d'in- téressants documents qui se rapportent à Herme- sende (1) ou Hermance de Bar-sur-Seine , fille de Gui, comte de Bar-sur-Seine, mariée, en premières noces, à Anseau Il, seigneur de Traïnel, et, en secondes, à Thibaut I, comte de Bar-le-Duc, dont elle fut la seconde femme. Cette princesse est la mère de Henri Il» successeur de Thibaut [°".
L'auteur dit que, sur ce dernier mariage, « on cons- tate. la plus grande confusion parmi les historiens ». Nous devons faire remarquer cependant que Duchesne et Dom Calmet avaient formulé nettement ce qui pré- cède, hormis qu’ils nommaient la fille du comte de Bar-sur-Seine /sabelle, au lieu d'Hermesende ; on sait du reste combien étaient variables les prénoms des femmes, qui en changeaient, ce semble, lorsqu'elles se remariaient (2).
Mais le grand intérêt de la publication que nous signalons, intérêt que n'a pas soupçonné l’auteur,
réside dans le fait suivant : vers 1192, Thibaut I*,
(1) L'orthographe des noms est très variable ; nous nous conformons au texte de M. Lalore.
(2) V. notre article Renseignements sur Alix-Berthe de Lorraine, comtesse de Kibourg, dame de Vignory, Nancy, 1884, p. 4. Notre regretté confrère, M. de Morière, si versé dans la diplomatique des xuie et xiv° siècles, partageait, croyons-nous, la même opinion.
oi —
comte de Bar-le-Duc, épousa, en troisièmes noces, la célèbre Ermesinde de Namur, comtesse de Luxem- bourg, qui lui survécut ; il semblait donc que la seconde femme du comte ne devait plus exister à l’époque indi- quée. Or, nous apprenons qu'Hermesende de Bar-sur- Seine vivait encore au mois de novembre 1208, et ne dût mourir que vers 1211, époque du partage de sa succession. Comment alors expliquer, autrement que par un divorce, le troisième mariage de Thibaut, et quelles causes chercher à ce divorce entre le comte et la mère de son fils aîné ? C’est sur quoi devra se porter attentivement les recherches des futurs historiens du Barrois.
Voici l'indication très sommaire des quatre docu- ments cités et analysés par M. l'abbé Lalore. Outre Henri de Bar-le-Duc, on y trouve les noms des deux enfants issus du premier mariage d'Hermesende : An- seau IIT de Traïînel (mort avant 1211), allié à Ide de Foissy, et Marie de Traïînel, dame de Charmoy :
1. 1208, novembre. — Anseau, seigneur de Traïnel, du consentement de sa mère H. (Hermesende), dame de Trainel, d’Ide, sa femme, et de M. (Marie), daine de Charmoy, sa sœur, vend à Blanche, comtesse de Troyes, tout ce qu’il possède à Pont-sur-Seine, (Bibliot. Nat., Lat., 5992. Liber Principum, fol. 2385, r° et v°.)
2. 4244, mai. — Blanche, comtesse de Troyes, accorde Henri de Bar-le-Duc (Hanricum de Barro Ducis) et Ide de Foissy (1), au sujet de certaines contestations relatives à l'héritage de feu Hermesende, dame de
(1) Ide de Foissy, alors veuve d'Anseau III de Traïnel (frère utérin de Henri de Bar), agissait au nom de ses en- fants mineurs,
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Trainel. Intervient aussi Marie, dame de Charmoy. (Bibliot. Nat., Fr., 11858, Cart. des comtes de Bar, XIII--XIVe s., fol. 20.)
8. 14211, juin. — Blanche, comtesse de Troyes, atteste un accord entre les mêmes et sur le même objet. (Ibid., fol. 20, r° et v°.)
4. 4242, mars. — Blanche, comtesse de Troyes, atteste un règlement relatif à des portions de la suc- cession d'Hermesende, entre Henri, fils du comte de Bar-le-Duc, et sa sœur, Marie, dame de Charmoy (.. Henricus, filius comitis Barri Ducis... Hermensen- dis, quondam mater sua... Marie, sororis sue, domine de Charmé). (Ibid., f° 21, v°.)
Nous n’ajouterons qu’un mot. On aura remarqué que les trois derniers documents font partie du fameux Cartulaire des comtes de Bar, dont M. de Morière pré- parait la publication lorsque la mort l’a enlevé à la science et à ses amis. Notre savant confrère tenait d'autant plus à le voir imprimer prochainement que ses longues et minutieuses recherches, pour l’en- richir de notes et redresser les erreurs antérieures, avaient fixé l'attention de nombreux concurrents et lui faisait attacher une grande importance à la primeur de ses découvertes. Ce vaste travail, si savarnment éla- boré et presque terminé, ne saurait être soustrait à l’at- tente du monde savant. Pour l’histoire de notre pays, pour l’honneur de M. de Morière, il faut que sa famille et ses amis se préoccupent de la publication de cet ouvrage; c'est presque un devoir, et nous aimons à croire qu’il n’y sera point fait défaut.
L. GERMAIN.
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NOTE SUR LES LIVRES QUE M. L'ABBÉ GUILLAUME A LÉGUÉS AU TRÉSOR DE LA CATHÉDRALE. :
Notre regretté confrère M. l'abbé Guillaume avait dans sa bibliothèque quelques-uns de ces livres de liturgie du xvi° siècle que M. Beaupré a décrits avec tant de soin (1). C’est une bonne fortune pour le bibliophile quand il peut mettre la main sur un de ces volumes, devenus rares, parce que, pendant longtemps, on les avait dédaignés. L’aumônier de la Chapelle ducale devait s'intéresser d’une façon particulière à tout ce qui pouvait rappeler le souvenir des évêques de Toul, dont il a été l’historiographe ; aussi trouvera-t-on tout naturel qu’il ait exprimé le désir qu'après sa mort, ces témoins infaillibles d'un passé qu'il avait étudié avec tant de zèle, fussent déposés au trésor de la Cathédraie.
Organisé, depuis quelques années seulement, par les soins de Mgr Foulon, ce musée tout spécial renferme déjà une certaine quantité d'objets précieux qui, jus- qu'alors, avaient été disséminés et que l’on peut admi- rer aujourd'hui dans une belle vitrine.
À côté de l'incomparable Evangéliaire de saint Gauz- lin, les livres de l'abbé Guillaume n'occuperont sans doute que le secand rang, mais la supériorité de l’un ne détruit pas la valeur des autres. Ces derniers pourront devenir le noyau d’une collection que l’on devra cher- cher à compléter, en prenant pour guide le travail de M. Beaupré.
(1) Notice bibliographique sur les livres de liturgie des diocèses de Toul et de Verdun, imprimés au XVe siècle... Nancy, 1843, in-8°.
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Outre un incunable, qui n’a aucun caractère lorrain, et dont nous parlerons plus loin, le legs comprend :
1° Un exemplaire du rarissime Missale ad consuetu- dinem.…. ecclesiæ Tullensis, achevé d'imprimer en 1508, sous le pontificat de Hugues des Hazards, par Hopyi, libraire à Paris. M. Beaupré en a donné une longue description, pages 26 et suiv. de sa Votice, d’après l’exemplaire complet de l'abbé Marchal. Il est regret- table que celui qui nous occupe ait été beaucoup trop rogné à la marge supérieure ; il est complet, à l’excep- tion de la vignette et du premier feuillet du canon.
2° Les statuts synodaux du diocèse de Toul, publiés en 1516, par le même évêque, sont trop connus pour que nous en donnions ici une description. Il est égale- ment inutile d’en faire ressortir l'importance ; il suffira de dire, d’après M. Beaupré, que, jusqu’à cette époque, les statuts synodaux du diocèse de Toul n'avaient pas été livrés à l'impression. Ceux-ci sont, pour ainsi dire, calqués sur ceux de l'évêque Bertrand de la Tour, publiés au synode de Saint-Luc, en 1859 (1).
3° Missale ad consueludinem ecclesiæ Tullensis, im- primé à Paris en 1537, par J. Kerbriand pour G. Du Pré. Les exemplaires de ce beau missel ne sont pas excessivement rares dans nos contrées, dit M. Beaupré ; cependant celui-ci est d'autant plus précieux qu’il est d'une conservation remarquable. Après avoir été la propriété de la confrérie de saint Jean-Baptiste et de
(1) Dans la bibliothèque de l’abbé Marchal (aujourd'hui du Musée lorrain) se trouve un manuscrit du xiv*° siècle renfermant ces statuts, que Baluze a publiés à la fin du t. 2 de l'Histoire généalogique de la Maison d'Auvergne. M. l'abbé Guillaume en avait fait une copie, qui figure aussi dans son legs.
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saint Jean l'Evangéliste de Saint-Nicolas-du-Port, il est allé à la bibliothèque de Saint-Pierre de Senones, où il était en 1732.
4° Tout récemment, en parlant d’un Officiarium sa- cerdotum de la fin du xv° siècle, nous avons cité celui qui fut publié en 1559, sous le patronage de l’évêque Toussaint d Hocédy. L’exemplaire que M. Beaupré a eu entre les mains était incomplet ; c’est pourquoi il n’a pu indiquer avec certitude le nombre de feuillets limi- naires. Celui de l'abbé Guillaume, bien que fortement rogné, est dans un bel état de conservation, ce qui nous permettra de compléter la description en ajoutant à ce qu’a dit le bibliographe lorrain, que le nombre des feuillets liminaires est de 10, dont les deux premiers renferment le titre, la table, la dédicace et un tableau des fêtes mobiles ; le calendrier occupe les 6 suivants ; les 2 derniers renferment des notes : pro elucidatione hujus presentis kalendarii. |
L'incunable que nous signalions plus haut est un Floretus in quo flores omnium virtutum... continentur ; avec le commentaire de d. Gerson. Dans la souscription on lit : « Finit feliciter impressa Lugduni per magis- trum J. Fabri, anno Domini M CCCC XCIHI. die XXI junii ». Un vol. in-4°, goth., 196 ff. de 49 I. à la page, sans num., avec sig. et titre courant. Sur le frontispice se trouve une marque typographique différente de celle qu'a donnée Silvestre.
C'est la deuxième édition de cet ouvrage que Dom
Rivet attribue à Jean de Garlande. 1. FAVIER.
Pour la commission de rédaction : le Président, H. LEPAGE.
Nancy, imp. de G. CRÉPIN-LEBLOND, passage du Casino,
JOURNAL
DE LA SOCIÉTÉ
D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE
ET DU
MUSÉE HISTORIQUE LORRAIN.
34 ANNÉE. — 5° NUMÉRO. — MAI 1885.
TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ.
Séance du 10 avril 1885. PRÉSIDENCE DE M. HENRI LEPAGE, PRÉSIDENT.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu etadopté. Admissions et présentations de candidats.
La Société admet au nombre de ses membres titu- laires M. l’abbé Robinet, curé de Foameix, par Etain (Meuse).
Sont présentés comme candidats : M. l'abbé Brocard, curé de Varangéville, par MM. Bretagne, Olry et H. Lepage ; M. Paul Gomien, sous-intendant militaire à Nancy, par MM. Ancelon, Lepage et Thomas ; M. Reuss,
so) e professeur à l'Ecole forestière, par MM. Guyot, Laprevote et Puton; M. Arthur Daguin, membre de la Société des Antiquaires de France, à Paris-Passy, par MM. Chapel- her, le prince de Bauffremont et H. Lepage; M. Nano, sous-préfet de Saint-Dié, par MM. H. Lepage, Louis Lal- lement et L. Wiener; M. B. Miette, ancien magistrat, à Pont-à-Mousson, par MM. H. Lepage, Louis Lalle- ment et H. Mengin; M. Etienne de Villefosse, ancien archiviste départemental, à Nevers, par Mme de Roque- feuil, MM. le comte Le Bègue de Germiny et Louis Lallement.
MM. le baron de Bouvet, A. Génin et l’abbé Rance ont adressé des lettres de remerciements à la Société à l’occasion de leur admission comme membres titu- laires.
Election d'un secrétaire-adijoint.
Il est procédé au vote pour l'élection d’un secrétaire- adjoint en remplacement de M. Emmanuel Briard, élu secrétaire annuel. M. Raymond des Godins de Sou- hesmes, ayant réuni la majorité des suffrages, est pro- clamé secrétaire-adjoint.
Ouvrages offerts à la Société.
Vice DE Nancy. — Bulletin administratif, 1885, n° 1.
La confession de foi de Voltaire, par le docteur Box- NEJOY.
Bulletin de la Société archéologique et historique de lOrléanais, t. VIII, n° 122 et 128. |
Bulletin de l Académie du Var, nouvelle série, tome XII (1 fascicule). 7
Revue savoisienne, 26° année. — Février 1885.
ee
Bulletin de l'Institut archéologique liégeoïs, t. XVHI, {°° livraison.
Comité archéologique de Senlis. Comptes-rendus et mémoires, 2° série, tome IX, année 1884.
Annales de la Société historique et archéologique de Châleau-Thierr y, année 1883.
Bulletin de la Société historique et archéologique de * Langres. — {* décembre 1884 (n°° 24, 25, 26, 27.)
Bulletin de la Sociélé des Sciences historiques et naturelles de l'Yonne, année 1884, 38° volume (8° de la 8° série).
Journal des Savants. — Mars 1885.
Comilé des travaux historiques el scientifiques — Liste des membres.
La famille de la Bourlotte, par M. Léon Germain.
Bulletin du Musée historique de Mulhouse, t. VIH à IX (1882 à 84).
Le Musée historique de Mulhouse a envoyé à la So- ciété les trois dernières années de son Bulletin. Il demande à faire l'échange de ses publications avec celles de la Société. La Société décide que l’échange
aura lieu. Lectures.
M. Emmanuel Briard donne lecture d’un travail de M. le baron d'Huard, intitulé : Notice sur le colone: Jean de Croonders. La Société vote l'impression de ce travail dans ses mémoires, et nomme, pour le réviser, s’il y a lieu, une Commission composée de MM. Fr. de Lallemant de Liocourt, E.-S. Parisot et Stanislas
Thomas. Inscriptions nouvelles.
M. Meauue : Les tribulations d'un fermier général à l'occasion de l'hôtel des Fermes, à Nancy.
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MÉMOIRES.
LE COMTÉ DE FALKENSTEIN DANS LA MAISON DE LORRAINE.
En réunissant les matériaux d’un travail sur les acquisitions successives des ducs de Lorraine, nous avons été amené à nous occuper de l’entrée du comté de Falkenstein dans notre maison ducale. À ce sujet, nous avons pris connaissance de l'acte d'investiture de ce comté pour le prince de Vaudémont, document qui existe aux Archives de Meurthe-et-Moselle sous la cote B. 117, f 40, et que M. Henri Lepage a bien voulu nous communiquer. Avant de donner la copie de cette pièce intéressante, et dont le texte permet d’éclaircir, de compléter et de rectifier certains points touchés par nos historiens lorrains, Dom Calmet et Digot notam- ment, nous devons établir en peu de mots la véritable situation du Faikenstein en question, car, malgré les indications si nettes de Dom Calmet, une confusion inexplicable subsiste, jusque dans les ouvrages les plus récents.
Dans sa « Notice de la Lorraine », Dom Calmet a bien soin d’avertir que le Falkenstein auquel se rap- portent les faits énoncés dans l’« Histoire de Lorraine », n’est pas le château de c2 nom situé près de Büitche, mais un bourg avec château dans le Palatinat, au pied du Mont-Tonnerre ou Donnersberg. Néanmoins, M. de Bouteiller, dans le « Dictionnaire topographique de la Moselle », applique au château de Falkenstein, com-
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mune de Bærenthal (Moselle (1)), la notice historique qui convient au bourg de Falkenstein (Bavière rhé- nane). Cela est d'autant plus étonnant que le savant messin a dû avoir connaissance du travail de P. Creut- zer, « Statistique du canton de Bitche », inséré dans la XXII année des Mémoires de l'Académie de Metz, 1852, 2 partie, et qui rectifie déjà l'erreur semblable d'auteurs précédents. Falkenstein, près de Philips- bourg, n'a jamais été qu'un simple château, sans le moindre village en dépendant, et n’a jamais formé un état distinct. D’après l'ouvrage de M. de Golbéry sur les châteaux des Vosges, il appartenait anciennement aux comtes de Lutzelbourg, près Phalsbourg, qui, dans plusieurs chartes, sont appelés comtes de Falkenstein. Il communiqua ensuite son nom à une famille noble, qui s’éteignit en 1583; cette famille avait vendu, environ vingt ans auparavant, le château de Falkenstein aux comtes de Deux-Ponts-Bitche et de Hanau. Peu d'’an- nées après cette vente, en 1566, il fut incendié par le feu du ciel; ses ruines et ses dépendances ont fait partie, jusqu’en 1789, de la seigneurie de Hanau- Lichtenberg. Telle est l'histoire fort modeste du Fal- kenstein (Moselle), qui n’a pour ainsi dire rien à voir avec l’histoire du duché de Lorraine. Tout au plus y eut-1il quelques rapports entre ce Falkenstein et Féné-
(1) Et non dans l6 Bas-Rhin. Le château de Falkenstein, situé près du hameau de Philipsbourg, est bien sur le ver- sant alsacion des Vosges : le ruisseau voisin, auquel il a . donné son nom, le Falkensteinbach, est un affluent de la Moder ; mais ce territoire a toujours fait partie, depuis la Révolution, du département de la Moselle, et, avant 1789, de la Lorraine, et non de l’Alsace, quoi qu'en dise Dom Calmet.
me Ne
trange. Ainsi nous trouvons que Jean, seigneur de Fénétrange, était seigneur de Falkenstein en 1387; que Blanchefleur de Falkenstein, dame de Fénétrange et de Schœneck, veuve de Burckhardt, seigneur desdits lieux, choisit pour son douaire le château de Falkenstein, en 1382.
D’après notre pièce ci-après transcrite, les intéressés aux affaires du comté de Falkenstein étaient les élec- teurs de Mayence, Cologne et Trèves, les évêques de Spire, Worms et Strasbourg, les Rhingraves, c'est-à- dire tout naturellement les voisins du comté. Or, juste- ment, le Falkenstein sis au pied du mont Tonnerre est une enclave du Palatinat, confinant médiatement ou im- médiatement aux territoires des souverains en question. Rien de pareil pour le Falkenstein des environs de Bitche, qui ne confinait qu'au comté de Bitche et, du côté de l'Alsace, au comté de Hanau-Lichtenberg et à la principauté d'Oberbronn (appartenant à la maison de Hohenlohe). D'ailleurs, ce Falkenstein était déjà en ruine avant qu'il fût question des événements qui, sous le règne de Charles IV, appelèrent l'attention sur le comté de Falkenstein. Ce comté est parfaitement figuré sur la carte historique de l'Alsace et de la Lorraine, par Richard Bœckh et Henri Kiepert : il y forme une sorte de rectangle bordé de rose, et est indiqué comme pos- session autrichienne. En effet, l’on sait qu’il ne passa pas à Stanislas ; il fut formellement réservé par la paix de Vienne, de 1738, à la maison de Lorraine, qui, mon- tant sur le trône des Habsbourg, en fit une possession autrichienne, ce qu’il était encore au moment de la conquête française (1794). La carte de Kiepert, qui ne figure la géographie historique de l'Alsace et de la
= 090$ =
Lorraine qu’au point de vue des annexions françaises, ne donne que l’état territorial au moment de l'annexion ; elle devait donc en effet marquer le comté de Falkens- tein comme possession autrichienne. Le bourg de Fal- kenstein n’est pas indiqué à cause de son peu d’impor- tance; mais aucun doute n’est possible, car l’enclave en question est bien située au nord, comme le dit Dom Calmet, entre Rockenhausen et Gœllheim (qui n’en font point partie), au sud entre Kaiïserslautern et Dürckheim (qui n’en font point partie non plus). Le lieu le plus important de l’ancien comté, formé de la vallée de la haute Alsenz, est aujourd’hui Winnweiler, petite ville de 1,200 à 1,500 habitants, située à 10 kilomètres envi- ron au sud-ouest de Falkenstein. Voici ce que le guide Joanne (4) dit de Falkenstein : « On trouve un petit village à la base d’un rocher que couronnent les ruines du vieux château qui lui donne son nom. Ce château, construit au xn° siècle, fut le berceau d’une des plus anciennes et des plus illustres familles de la noblesse ‘allemande au moyen-âge. Les Suédois s’en emparèrent en 1644, les Français le prirent en 1647, et détruisirent une partie de ses fortifications. De Falkenstein, divers sentiers conduisent à travers des forêts au Mont-Ton- nerre. Le plus fréquenté passe par une prairie en pente, entourée de bois, et appelée Mordkammer ou la chambre de meurtre, parce qu’elle fut le théâtre d’un combat que soutinrent, dans le xvi° siècle, les paysans du comté de Falkenstein contre les soldats du duc de Lorraine. » Nous ignorons où les auteurs du guide Joanne ont pris ces renseignements, et s'ils sont exacts ; en tous cas,
(1) Bords du Rhin.
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il résulte de ces dires qu'il y eut certaines relations entre ce Falkenstein, qui était bien le chef-lieu d’un comté, el la Lorraine, ce qui tend à infirmer cette pre- mière impression qui ferait douter de l'identité de ce château du Palatinat avec celui qui donnait son nom au comté dont les ducs de Lorraine étaient suzerains, par cette raison que ce Falkenstein est situé tout à fait en - dehors de la Lorraine, assez loin du duché, et tout à fait au cœur d'états complètement allemands.
Comme on le voit dès le commencement de notre pièce, le comté de Falkenstein appartenait à une branche de la grande famille de Daun ou Dhaun (1). Le château,
berceau de cette famille, qui existe encore aujourd’hui ainsi qu’un village portant le même nom, se trouve à l’ouest de Falkenstein, entre Birkenfeld et Kreuznach. Bâti au vu* ou au vur* siècle, il -appartint d’abord aux Wildgraves, et passa par mariage, au commencement du xiv° siècle, à la famille des Rhingraves, qui en prit la nom, et en apanagea une branche cadette à la fin du xvi* siècle. Les Daun, comtes de Falkenstein, étaient sans doute issus des Wildgraves, premiers possesseurs du château de Daun. Au xur° siècle, le comte Philippe le" de Falkenstein reconstruisit un château dont il était devenu possesseur dans le Taunus, entre Kænigstein et Cronberg, et lui donna son nom. Ce Falkenstein, ou Neufalkenstein, comme on l’appela pour le distinguer du Falkenstein du Mont-Tonnerre, berceau de la famille, ne resta pas dans la maison de Falkenstein ; depuis la fin du xiv° siècle, il appartient à la maison de Nassau.
(1) Moreri écrit de d'Haun, et, pour la branche de Fal- kenstein, de Duyn.
0
Nous pouvons maintenant aborder l’histoire lorraine du comté de Falkenstein. En 1457, selon Henriquez, en 1458, selon Dom Calmet, l'empereur Frédéric III donna à Jean [T, duc de Lorraine, le château et le comté de Falkenstein, en réservant le domaine utile au profit de la famille Daun de Falkenstein qui était en possession de cette seigneurie. En fait, rien n’était changé ; en droit seulement, les comtes de Falkenstein, de vassaux im- médiats de l'Empire, devenaient ses vassaux médiats, et avaient dorénavant pour seigneurs directs les ducs de Lorraine. En conséquence, Jean II investit Viric Il de Falkenstein, et il reprit le comté de l’empereur en 1467. En 1665 (1), Guillaume, comte de Falkenstein, se décida, pour les raisons qu’on va voir dans la pièce transcrite ci-après, à céder aux ducs de Lorraine, qui avaient déjà le domaine direct du comté, le domaine utile, qui était resté en la possession de sa famille. Fut-ce une vente, comme le dit Dom Calmet, qui em- ploie l'expression « vendit » dans sa Motice de la Lor- raine, alors qu'il dit « donna » dans son Histoire de Lorraine ? Rien ne nous autorise à le penser. Notre pièce en ferait évidemment mention. Au lieu de « ces- sion », elle se sert seulement des expressions « démis- sion et renonciation », qui semblent bien indiquer une abdication pure et simple, sans condition.
Notre pièce est datée du 26 mai 1667. C'est là la date
(1) À un autre endroit, Dom Calmet dit 1667 ; à sa table, il indique la date de 1627 comme celle de l’acquisition du comté de Faikenstein par les ducs de Lorraine, à qui ce comté est donné par l’empereur Ferdinand Il. Il doit y avoir là une confusion avec la date de 1457, qui est celle où Jean II reçut le comté de Falkenstein de l’empereur Frédéric III.
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de l’invesliture accordée au prince de Vaudémont. Bien qu'on y relate toutes les circonstances de la cession consentie par le comte de Falkenstein, cette cession était évidemment antérieure. Nous devons donc croire que la date que lui assignent nos auteurs, 1665, est exacte, et que, lorsque Dom Calmnet dit 1667, il confond avec le don fait au prince de Vaudémont. Le don eut-il lieu avant l'investiture ? Cela est possible. Dom Calmet le place au 19 mars.
Dans notre pièce, le comte de Falkenstein est aussi qualifié de comte de Bruck. S'agit-il de Brück en West- phalie, aujourd'hui Brüggen, sur la Schwalm, dans le duché de Berg, aux confins de celui de Clèves, capitale, nous dit Moreri (1), d'un comté de même nom? S'agi- rait-il de Bruck, près de Boulay (Moselle) (2), qui fit partie, avec Hallering et d’autres villages voisins, d’un territoire allemand (3) enclavé dans la Lorraine, lequel ne fut cédé à la France qu’en 1769? Il est bien probable qu’il s’agit plutôt de Brück en Westphalie.
Voici, enfin, la transcription de la pièce que nous avons annoncée :
« Investiture du comté de Falkenstein pour le prince de Vaudémont.
» Charles, etc. Comme ainsy soit que le sieur Daun, comte de Falkenstein et de Bruck, se voyant dans une grande caducité et presque octogénaire, sans espérance
(1) Art. Brouck. La Roër est indiquée, par erreur, au lieu de la Schwalm.
(2) Ecrit aussi Brouck sous l’administration française, tel qu'il se prononce.
(8) La baronnie de Raville.
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d'avoir postérité masculine, et n'ayant aucuns héritiers du nom et armes de Daun capables de luy succéder audit comté de Falkenstein, ses appartenances et dé- pendances, nous ayt supplié diverses fois d'aggréer la démission et renonciation qu’il désiroit faire dudit comté de Falkenstein entre nos mains, tant pour les causes et raisons cy dessus qu’au sujet des vexations, entreprises et usurpations continuelles de nostre très cher et très aymé cousin Monsieur l’Electeur Palatin du Rhin sur les terres et sujets dudit comté au moyen du prétendu droit de Vildtfangen et autres semblables nouveautez qu’il avoit dessein d'y introduire et s’effor- çoit de maintenir par voyes de fait et à force d'armes, ce qui ayant occasionné Messieurs les Electeurs de Mayence, Colongne et Trèves, évesques de Spire, Worms et Strasbourg, Messieurs les comtes Rhingraff et autres intéressez (après avoir plusieurs fois employé l'authorité de Sa Majesté Impérialle pour les faire ces- ser) s'unir et faire une alliance entre eux pour empé- cher les usurpations et nouveautez susdites ; à quoy ledit sieur comte de Falkenstein n'ayant pas moyen de contribuer et fournir sa cotte part tant des hommes que des deniers nécessaires à cet effect, il nous auroit de nouveau pressé et sollicité de prendre la protection dudit comté et joindre nos trouppes à celles desdits intéressez confédérez, et faire l'avance des frais tant pour les mettre sur pied que pour les faire subsister. Et ayant jugé ne pouvoir ny devoir luy refuser une assistance et protection si légitime, en qualité de sei- gneur direct dudit comté, après avoir plusieurs fois requis notredit cousin Electeur Palatin de se déporter desdites entreprises et nouveautez, nous aurions aus-
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sytôt fait assembler bon nombre de gens de guerre, tant à pied qu'à cheval, et serions entrez en ladite alliance avec lesdits sieurs électeurs, évesques et autres confédérez, et aurions joinct nosdites trouppes à celles qu’ils auroient levées à cette occasion, lesquelles ayans fait plusieurs exploits, tant en attaquant qu’en deffen- dant, auroient enfin réduit ledit sieur Palatin de con- venir d’arbitres pour terminer ce différend. Après quoy, ledit sieur comte de Bruck, se trouvant en pleine et entière jouissance dudit comté de Falkenstein, et con- sidérant que les fraiz de ladite guerre, ainsy soutenue durant près de deux ans, excédoient de beaucoup non seulement la valleur dudit comté de Falkenstein, mais encore de tous ses biens allodiaux, et qu’il ne pouvoit jamais s'acquitter de l'obligation dont il est tenu envers nous, ny aussy maintenir les sujets dudit comté dans leurs droits, libertez et franchises, il nous auroit fait de nouvelles instances de le recevoir à la renonciation desdits fief et comté et vouloir réunir le domaine utille à la seigneurie directe qui appartient à notre couronne sous la haute et suprême souveraineté de l'Empereur et du St Empire ; sçavoir faisons qu'ayant égard à toutes _ les considérations susdiles, qui nous ont été représen- tées par ledit sieur comte, nous avons aggréé, receu et accepté ladite renonciation ainsy faite entre nos mains et, en conséquence d'icelle et de l'investiture faite aux ducs nos prédécesseurs et à nous de la seigneurie directe dudit comté, et de ses appartenances et dé- pendances, par l’empereur Frederich et ses succes- seurs ; et, pour en maintenir et conserver les droits, privilèges et franchises dans l’obéissance, fidélité et service de Sa Majesté Impérialle et du St Empire,
— AUl — comme souverain seigneur, et dans le devoir et dépen- dance qui est deue à notre couronne à cause de la sei- gneurie directe, nous avons jugé à propos de faire choix de la personne de notre très cher et très aymé fils, le prince de Vaudésmont, en qui nous avons re- connu et reconnoissons toutes les bonnes qualitez requises et nécessaires à cet effect, avec d'autant plus de raison et de justice qu’il a servy très utillement en ladite guerre, y ayant souvent exposé sa personne, comme chef de nosdites trouppes, et employé la plus grande partie de ses rentes et revenus pour la levée, armement et entretenement d'icelles. À ces causes, et en vertu des investitures susdites des empereurs et de la renonciation, démission et déport volontaire dudit sieur comte, avons, de notre certaine sciencé, pleine puissance el autorité souveraine, investy et investissons par ces présentes iceluy nostredit fils, prince de Vau- démont, ensemble sa postérité masculine et l’ainé d’icelle, de degré en degré, dudit fief, comté, terres et seigneu- ries, jurisdiction, domaine, château, bourg et village dudit Falkenstein et de toutes ses appartenances et dépendances, pour tenir ledit fief mouvant immédiate- ment de notre couronne et en faire les reprises accou- tumées, de nous et de nos successeurs ducs, à chaque mutation, comme faisoient lesdits sieurs comtes Daun sous la haute et suprême souveraineté de l'Empereur, avec tous les droits et jurisdiction, domaine, château, bourgs, villages, rivières, bois, payages, courvées, pres- tations réelles et personnelles, et générallement de tous droits utiles et honorifiques dépendans et apparte- nans audit comté, et en jouir par notredit fils, ensemble sa postérité masculine dans l'ordre susdit.. Sy man-
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dons à nos lrès chers et féaux les présidens, conseillers et gens tenans nos Cour souveraine et Chambre des Comptes de Lorraine et Barrois. qu'ils ayent à faire enregistrer les présentes où besoin sera et du contenu eu icelles faire et souffrir jouir pleinement et paisible- ment notredit fils le prince de Vaudémont, de le recon- noître et faire reconnoître pour comte dudit Falkenstein et luy faire prester, en cette qualité, le serment en tel cas requis par tous les vassaux, officiers, justiciers, hommes et sujets dudit comté... Donné à Nancy, le vingt sixième may mil six cents soixante sept... »
Ainsi, c’est principalement à cause des vexations que lui faisait sublir l'électeur palatin, en exerçant sur ses terres le droit de Wildtfangen (1), que Daun se résolut à céder au duc de Lorraine son comté de Falkenstein. Ce droit consistait en la faculté qu'avait l'électeur pa- latin comme « comte sauvage du Rhin», de retenir comme serfs ou hommes propres les vaÿabonds et gens sans aveu qu'il parvenait à appréhender, ainsi que les étrangers habitant le Palatinat, et à exiger un impôt des personnes quittant cette contrée pour aller s'établir dans les états voisins (2). Le comté de Falkenstein étant enclavé dans le Palatinat, il est probable que c'est pour cela que l'électeur avait prétendu exercer son droit sur ce petit état aussi bien que sur ses propres
(1) Nous respectons l'orthographe allemande, telle qu'elle se trouve dans notre pièce. Dom Calmet et après lui Digot ont donné au mot une terminaison frarçaise, et ont dit : Wildfangiat. À un autre endroit, Dom Calmet écrit : « Wilfang ».
(2) Digot, Histoire de Lorraine, V, p. 386.
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* terres. Voilà sans doute où était la « nouveauté » (1), car Digot nous assure que le droit de Wildtfangen était reconnu à l'électeur palatin depuis un temps im- mémorial. La vérité est qu'en fait, et dans les circons-
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tances ordinaires, ce droit était à peu près lettre- morte; mais l'électeur Charles-Louis, dont les états avaient tant souffert lors de la guerre de Trente-Ans, éprouvait le besoin de les repeupler, et exerça de nou- veau avec toute sa rigueur un droit qui, depuis long- temps, avait reçu dans la pratique de notables adoucis- sements (2).
La cession du comté de Falkenstein au duc de Lor- raine n'arrêta point les entreprises de l'électeur. Plu- sieurs Lorrains habitant ce pays ayant voulu retourner dans leur patrie, furent retenus et appréhendés, et leurs biens saisis ; il en résulta entre Charles IV et Charles-
(1) Voici pourtant ce que dit Moreri, art. Palatinat : « Voulant faire valoir entre autres droits celui de conduite sur les gens et marchandises qui passent et repassent dans leurs terres, en les faisant escorter par leurs gardes, les électeurs Palatins l’étendirent même dans les évéchés et comtés des environs, en vertu d’un privilège impérial. Ils en usèrent de même pour l'établissement du droit de Wilt- fang, ou de propriété sur les biens des étrangers et gens sans aveu qui viennent occuper quelques maisons dans l'étendue de ces terres voisines, et qu’ils réputent pour leurs sujets, »
(2) Il ne faut pas perdre de vue que le Palatinat était un Etat protestant, entouré de tous côtés d'Etats catholiques. C'est dans un intérêt de propagande religieuse autant que dans un intèrêt financier que l'électeur Palatin essayait d'enlever à ses voisins le plus de sujets possible, car, en se fixant chez lui, ces catholiques étaient amenés à se convertir. On comprend d’autant mieux l'irritation des princes catho- liques à l’encontre desquels s’exorçait le Wildtfangen, et en particulier des ducs de Lorraine, si enñemis de l’hérésio.
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Louis une courte guerre, dont on lira le détail dans Dom Calmet et dans Digot.
Le 7 février 1667 fut conclu à Heilbronn un traité auquel prirent part tous les voisins de l'électeur palatin, ainsi que les rois de France et de Suède, et par lequel le droit de Wildtfangen fut maintenu, mais réglementé et restreint dans des limites raisonnables (1).
C’est en 1665 que Charles IV acquit le comté de Fal- kenstein,; c’est le 26 mai 1667, comme on le voit par notre pièce, qu’il en investit le prince de Vaudémont, lui et sa postérité masculine, en réservant au duché de Lorraine la suzeraineté du fief et le retour en cas d’ex- tinction de la postérité mâle. Mais, l’année suivante, Charles IV eut un projet bien autrement grandiose. Ce fut de constituer à son fils un état séparé, relevant immédiatement de l'empire d'Allemagne, qui se fût appelé « Sarreland », et qui eût compris, outre le comté
de Falkenstein, le comté de Bitche, celui de Saarwer-
den, la baronnie de Fénétrange et diverses autres sei- gneuries de la Lorraine allemande: À ce prix, le duc Charles renouvelait l’abandon qu'il avait fait au duc Nicolas-François et à sa postérité des duchés de Lor- raine et de Bar. Nicolas-François y consentit d'abord, mais bientôt une opposition formidable, œuvre surtout des princes appartenant aux lignes collatérales de la maison de Lorraine devenues françaises, força Charles IV de renoncer à ce rêve brillant. En 1670 seulement furent ratifiées les donations qu’il avait faites à son fils en 1667, Falkenstein le 26 mai, Bitche le 18 novembre, Saarwerden et Fénétrange le 15 novembre, mais dans les termes de notre acte du 26 mai, c’est-à-dire que le
(1) Digot, Histoire de Lorraine, V, p. 387.
Lu OR Se
— 105 — duché de Lorraine restait suzerain de ces principautés apanagées, et que le retour à la Lorraine était stipulé en cas d'extinction de la ligne masculine.
Après la mort de Charles IV, Charles V fit quelques difficultés pour donner l'investiture au prince de Vau- démont. Il y consentit enfin. Le prince de Vaudémont étant mort en 1723, sans laisser de postérité masculine (son fils Charles-Thomas l'avait précédé dans la tombe et n’avait pas été marié), toutes ses seigneuries, et le comté de Falkenstein en particulier, revinrent au duc de Lorraine, Léopold. Le comté de Falkenstein ne passa point à Stanislas. La paix de Vienne en réserva formel- lement la propriété à la maison de Lorraine qui devint la maison d'Autriche, de sorte qu’en 1789 ce comté était une possession autrichienne. Conquis par les Français en 1794, il leur appartint jusqu'en 1815 (1), où il est devenu partie intégrante de la Bavière rhénane.
Ex. BRIARD.
D
ÉPITAPHE DE CLAUDE-ÉLÉONORE DE LORRAINE.
La dalle tumulaire de Ciaude-Eléonore de Lorraine, duchesse de Roannès, est encastrée dans le pavé du transept nord de l’église collégiale d'Oyron (Deux- Sèvres). Elle est en marbre noir : un filet contourne l'inscription, gravée en majuscules, avec trois lignes finales en italiques. Quatre croix de Lorraine occupent les quatre angles : elles sont surmontées d’une cou- ronne ducale.
Le monogramme, gravé à la partie inférieure, se décompose ainsi : deux C adossés, deux E enlacés et
deux J aux extrémités. :
(1) Il faisait partie du département du Mont-Tonnerre. L
— 106 — Le dernier chiffre du millésime a été effacé par le frottement des pieds. A la seconde ligne, A et V sont liés dans le mot haute. Il n'y a ni apostrophe à d’Oyron, ni accents aux mots qui les exigent, sinon à Roannés, qui prend un accent aigu au lieu du grave.
++
+ +- CY GIST LE CORPS DE FEV TRES HAVTE | ET TRES ILLVSTRE PRINCESSE MADAME CLAVDE ELEONOR DE LORRAINE DVCHESSE DE ROANNÉS QVI DECEDA DANS SON CHASTEAV DOYRON LE PREMIER IOVR DE IVILLET 165...
Priez Dieu Pour Son Ame
( Monogramme )
ge + + +
’ X. BARBIER ne MONTAULT.
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Nora. — Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que Claude-Eléonore de Lorraine était fille de Charles, mar. quis, puis duc d'Elbeuf, comte d'Harcourt, de Lillebonne et de Rieux, pair, grand-écuyer et grand-veneur de France. Ce prince servit très fidèlement le roi Henri IV . il se distingua aussi par la culture de la musique et de la poésie. De son mariage avec Marguerite de Chabot, fille et héritière de Leonor de Chabot, comte de Charny et de Buzançais, grand-écuyer dè France, il eut deux fils et quatre filles, desquelles Claude-Eléonore était l'aînée. Elle épousa, le 6 juillet 1600, Louis Gouffier, duc de Roannès, et mourut le 4° juillet 1654.
J'ai parlé récemment de cette princesse à propos de la seigneurie de Beaumesnil (1). Elle paraît s'être vu attribuer en dot cette terre, dont le duc d’Elbeuf avait laissé la jouissance à son frère naturel, René, bâtard d'Elbeuf (mort seulement en 1629). Claude-Eléonore et son mari vendirent, le 4% juin 1604, Beaumesnil à Jacques Leconte-Duquesne, marquis de Nonant; c’est ainsi que cette seigneurie sortit de la Maison de Lor- raine ; elle y était entrée, en droit, le 15 décembre 1458, en fait, vers 1499 (2).
L. GERMAIN.
(1) Les seigneurs de Beaumesnil de la Maison de Lor- raine (1458-1604); extr. du bull. de la Soc. libre d’agric., sciences, arts et belles-lettres de l'Eure (sect. de Bernay), 1884. — Malheureusement cette notice a été imprimée sans que j'en aie vu les épreuves ; aussi me HARSORRSEEESCE les imperfections qu’elle renferme,
(2) A cause de l’usufruit du vendeur, Jean de Tournebu.
— 108 —
CHRONIQUE.
Le Congrès archéologique de France, sous la direc- tion de la Société française d'Archéologie, tiendra sa 52° session à Montbrison (Loire). Cette session s’ou- vrira le 25 juin. Ceux de nos confrères qui désireraient en connaître le programme, peuvent se présenter chez notre Président, qui leur en donnera communication.
Le Conseil supérieur de la Sociélé nationale d'encou- ragement au bien, sur le rapport de la Commission du concours littéraire de 1884-1885, vient de décerner la médäille d'honneur à MM. Marcel Lallemend et Alfred Boinette, pour leur ouvrage : Un Précarseur de Vau- ban, Jean Errard, de Bar-le-Duc.
oo NÉCROLOGIE.
GioRNÉ Vian.
Le 14 mai a eu lieu l’inhumation, au cimetière du Sud, du sculpteur Giorné Viard, mort, l’avant-veille, âgé de 62 ans, à l'hospice Saint-Julien, où la Municipalité de Nancy l'avait fait admettre avec la faveur d’une double pension. Quoiqu'il n’appariint pas à notre Société, on nous saura gré, nous l’espérons, de lui consacrer quelques lignes dans ce Journal. Elles sont empruntées
— 109 — à un excellent article publié par un de nos confrères, et que tout le monde a lu avec le plus vif intérêt.
Giorné Viard était né à Saint- Clément, le 23 janvier 1824. C’est à l’école de cette petite commune qu’il apprit à lire et à écrire, juste ce qu’il fallait pour tenir impar- faitement ses comptes. Employé à la faïencerie, il ma- nifesta de bonne heure un goût pour le modelage, et fut employé promptement aux ateliers de sculpture. Il acquit bientôt assez d’habileté pour parfaire les repro- ductions de Cyfflé au sortir du moule. C’est dans ce travail délicat de la retouche qu'il conçut le sentiment de la forme et l'amour de la statuaire. Distingué par Alexandre Geny, l'émiment collectionneur, il fut envoyé aux Beaux-Arts, à Paris, où il apprit, dans l'atelier de Bonassieux, ce que le travait de la manufacture ne pou- vait lui donner : les doctrines et les traditions générales de l’art.
A son retour, au bout de quelques années, sa première œuvre fut inspirée par la reconnaissance. Il prit pour modèle une petite fille de son bienfaiteur, aujourd’hui dominicaine, dont il sculpta un buste charmant.
Ses aptitudes le portaient d'ailleurs à traiter plus spécialement la figure, tandis que celles de son frère penchaient vers l’étude et la pratique de l’ornementation.
Ses premiers essais à Nancy furent remarqués et lui attirèrent de promptes commandes. Depuis de longues années, cette ville n’avait vu fleurir d’autres talents de sculpteurs que ceux, bien prosaïques, de Jacquot, au- quel on doit la statue de Stanislas — et des frères Lépy, dont le René II a fait place à une œuvre excellente et beaucoup plus digne de la vieille cité des ducs.
Giorné Viard revenait donc à Nancy au moment opportun, secondé par la bienveillance d'amateurs et
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d'artistes délicats, tels que Geny et Chatelain, sous les auspices desquels il produisit ses premières œuvres.
Ce fut à lui qu'on songea lorsqu'il fut question de rétablir, en 1850, la statue équestre du duc Antoine au-dessus de la porterie du Palais ducal. Son œuvre eut un succès mérité auprès de tous les connaisseurs.
On sait que David d'Angers n'avait pu achever avant sa mort la figure de Drouot. Cette lacune mettait seule obstacle à l'érection de sa statue sur une place de Nancy. Il restait à complèter la tête de ce grand général homme de bien. Giorné Viard assuma cette tâche, et le seul éloge que les artistes accordent aujourd'hui à ce monument revient justement au modeste artiste nan- céien qui a modelé la figure.
Ce praticien habile, et auquel les critiques ne faisaient point défaut, se signala bientôt par de nouveaux travaux, notamment par un buste de M. Le Forestier, ancien commandant des lanciers de la garde; par la réfection du beau rétable de Florent Drouin, anciennement au vieux Saint-Epvre, et aujour- d'hui au Musée lorrain; par les belles cariatides du monument de la comtesse de Landreville, au cimetière de Préville. |
À ce moment s’élevaient les premiers contreforts de Saint-Epvre. M. Morey, toujours heureux d'encourager le talent, l'associa à son œuvre, à la décoration de laquelle il eut la plus grande part. C’est à son ciseau qu'on doit la statue bénissant qui couronne le gable du portail central, au-dessus du tympan, sculpté par M. Pètre. Il accepta et mena à bonne fin l’entreprise con- sidérable des diverses statues aériennes qui animent les
grandes lignes de l'édifice.
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Peu après, toujours associé aux travaux de M. Morey, il sculpta pour la ville de Nancy de nombreuses statues ou médaillons du palais des Facultés, les quatre bustes du passage de Haldat, la statue de Charles III, malen- contreusement placée à la Citadelle, les médaillons de la partie restaurée du Palais ducal, ceux de la cour intérieure de l’hôtel-de-ville de Nancy, sur la rue de la Constitution, etc.
Parmi les bustes de notoriétés lorraines dus à son ciseau, nous citerons notamment ceux de Digot, de de Haldat, de de La Salle, de Parade, des deux généraux Thiry, de de Lambel (au musée de Bar),de Dom Calmet (détruit dans l'incendie du Musée lorrain), de Gastaldy, du curé Trouillet, d'Alexandre Geny et de son père, de Mathieu de Dombasle, de Lacordaire, de l'abbé Michel {du Séminaire), le médaillon de l'abbé Gridel (des Jeunes-Aveugles), celui de uotre confrère M. Bre- tagne (1878). Il est également l’auteur du colossal saint Maurice, commandé et sculpté pour l’église de Blâmont.
Son talent fut utilisé souvent par un grand nombre d'entrepreneurs et d'architectes pour la décoration de diverses églises du département ou de l’Alsace-Lorraine. Sa dernière œuvre religieuse fut le saint Nicolas qui couronne la nouvelle paroisse de Nancy. Lorsqu'il assista au transport et à l'érection de cette statue, il était déjà atteint du mal qui le minait lentement et qui devait le mettre rapidement au tombeau.
Espérons qu'une modeste pierre tombale, avec une inscription portant son nom avec la date de sa naissance et de son décès, recouvrira la dépouille mortelle de ce pauvre artiste, trop méconnu pendant sa vie, et que l’on n’a glorifié que tardivement
=
BIBLIOGRAPHIE LORRAINE.
Deux de nos confrères annoncent, en ce moment, la publication d'ouvrages qui offriront beaucoup d'intérêt, à des points de vue différents.
Le premier, de M. Albert Jacquot, auteur de la Hu- sique en Lorraine, a pour titre : Guide de l'art instru- mental. — Dictionnaire pratique et raisonné des ins- truments de musique anciens et modernes, indiquant tout ce qui se rapporte aux différents types d’instru- ments en usage, depuis l’époque la plus reculée Jusqu'à nos jours ; orné de trente dessins.
Le second ouvrage, dont l’auteur est M. Henry Ga- nier, et qui se publie sous le patronage de la Société d'Emulation des Vosges et de la section d'Epinal du Club alpin français, est intitulé : Voyage aux châteaux historiques de la chaïne des Vosges.
DONS FAITS AU MUSÉE LORRAIN.
. Ont été offerts au Musée : Par M. Bary (François), entrepreneur, le dessus de porte d'entrée de l’ancien couvent des Prémontrés ; Par M. le lieutenant-colonel CHaArDoT, un cadran s0- laire et boussole ayant appartenu, dit-on, à Stanislas; Par M. BENZENGER, une plaque de cheminée du xvn* siècle, aux armes de Lorraine.
Pour la commission de rédaction : le Président, H. Lepage.
Nancy, imp. de G. CRÉPIN-LEBLOND, passage du Casino.
JOURNAL
DE LA SOCIÉTÉ
D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE
ET DU
MUSÉE HISTORIQUE LORRAIN.
34 ANNÉE. — 6 NUMÉRO. — JUIN 1885.
Le Président de la Société a reçu la circulaire
suivante : « Paris, le 12 mai 1885.
» Monsieur le Président,
» J'ai l'honneur d'appeler votre attention sur l'utilité qu'il y aurait à préparer dès à présent le programme du Congrès des Sociétés savantes en 1886. MM. les délégués, avertis lors des récentes réunions de la Sor- bonne, vous auront certainement déjà fait connaitre mon désir de recevoir, le plus tôt possible, le texte des questions que votre Société jugerait dignes de figu- rer à l’ordre du jour de l’an prochain. Il serait impor- tant que le programme définitif pût être arrêté par les cinq sections du Comité des travaux historiques et
— 111 — scientifiques, et publié à la fin de juin prochain. Aussi vous serais-Je reconnaissant, Monsieur le Président, de m'adresser d'urgence la liste des questions choisies par votre Société. » Recevez, etc. » Le Ministre de l’Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes, » Signé : RENE GOBLET. »
TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ.
Séance du 8 mai 1885. PRÉSIDENCE DE M. HENRI LEPAGE, PRÉSIDENT.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu etadopté. Admissions et présentations de candidats.
La Société admet au nombre de ses membres titu- laires : M. l'abbé Brocard, curé de Varangéville ; M. Paul Gomien, sous-intendant militaire à Nancy ; M. Reuss, professeur à l'Ecole forestière; M. Arthur Daguin, membre de la Société des Antiquaires de France, à Paris-Passy ; M. Nano, sous-préfet de Saint-Dié ; M. B. Miette, ancien magistrat, à Pont-à-Mousson; M. Etienne de Villefosse, ancien archiviste départemental, à Nevers.
Sont présentés comme candidats : M. le baron Hya- cinthe de Metz, ancien préfet, à la Vigne, près Cirey (Meurthe-et-Moselle), par MM. Bretagne, Léopold Quintard et le général de Vercly ; M. Henri Chicoyne, à Isches (Vosges); M. Henri Frébillot, instituteur à
— 115 — Baudricourt (Vosges) ; M. Charles Drouin, instituteur à Saint-Julien, par Isches (Vosges), par MM. L. Ger- main, H. Lepage et l'abbé Pierfitte; M. de Malglaive, à Neuviller-sur-Moselle, par MM. H. Lepage, Briard et L. Germain.
M. l'abbé Robinet, curé de Foameix, a adressé à M. le Président une lettre de remerciements à l’occasion de son admission comme membre titulaire.
M. le Président communique à la Société l'invitation adressée par M. le secrétaire de l'Académie de Stanislas d'assister à la séance publique annuelle qui aura lieu le jeudi 21 mai.
M. le Président communique également la circulaire par laquelle la Société française d'Archéologie invite à assister au Congrès archéologique de France, qui aura lieu à Montbrison, du jeudi 25 juin au jeudi 2 juillet. |
‘Sur la présentation de MM. A. Bretagne, L. Germain et H. Lepage, M. le comte de Marsy, directeur de la. Société française d'Archéologie, est élu membre corres- pondant de la Société d'Archéologie lorraine.
Ouvrages offerts à la Société.
Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre, 1884. — Armorial général, XIF volume, 11° fascicule.
Revue de l'histoire des religions, 5° année, nouvelle série, tome XI, n° À.
Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 4° trimestre de 1884.
Bulletino della commissione archeologica communale di Roma, anno XII, serie seconda. |
Bulletin du Comité des travaux historiques et scien-
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tifiques. Section d'histoire ct de philologie, année 1884, n° 3-4.
Journal des Savants. — Avril 1885.
Bulletin archéologique du Comité des travaux bisto- riques et scientifiques, année 1885, n° 1.
Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau, 1883-1884, 2° série, tome XIIF.
Bulletin de la Société philomatique vosgienne, 10° année, 1884-85.
Les phases du mythe de Cybèle et d'Athis rappelées par les médaillons contorniates, par M. A. ROBERT.
Indication et description sommaires des anciennes cartes de géographie conservées dans les Vosges et quelques régions voisines, par V. HAIïLLANT.
E léphant pipes, in the museum of the academy of natural sciences. Davenport, Jowa. by Charles E. PurNau.
La crypte de saint Mansuy, notice historique et archéologique, par M. l'abbé Vanson.
L'érection du duché de Bar, par M. Léon GERman.
De la prétendue noblesse des gentilshommes verriers en Lorraine, par Le MÈME.
La famille des Richier, d'après les travaux les QE récents, par LE MÊME.
De la collaboration de Ligier Richier au tombeau de Claude de Lorraine, duc de Guise , à Joinville (4550), par LE MÈME.
Une erreur du Nobiliaire de Dom Pelletier : Mercy — Morey — Mory, par Le MÈue.
Le martyrium de Poitiers, compte-rendu des fouilles et de l'ouvrage du R. P, de la Croix, par Mgr RARE DE Monraur.
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Vitel, par M. l'abbé CnapraT, mort curé-doyen de
cette localité. Lectures.
M. E. Briard donne lecture d’un travail de Mgr Bar- bier de Montault, intitulé : Le saint clou de Toul.
M. Léon Germain donne lecture d’un appendice de lui sur le même sujet. La Société vote l'impression dans ses Mémoires de ce travail et de l’appendice, et nomme, comme membres de la commission de révision. MM. A. Bretagne, L. Germain et Léopold Quintard.
En présence de certains abus qui se produisent jour- nellement, M. le Président croit devoir rappeler une décision de la Société, du 13 février 1874, d'après laquelle sont, après en avoir délibéré, mis à la charge des auteurs les frais de remaniements apportés par ceux-ci à leurs travaux après la lecture et au cours de l'impression, lorsque ces remaniements ont une cer- taine importance et excèdent manifestement les limites des corrections ordinaires.
Inscriptions nouvelles.
MM. E. Briard et H. Lepage : Des titres et des pré-
tentions des ducs de Lorraine. à MÉMOIRES.
UN MANUSCRIT RETROUVÉ. — GUERRE DE METZ EN 1924.
Tout récemment, à la vente de la bibliothèque de feu M. Lotz, j'ai acheté au hasard, et sans examen préa- lable, un manuscrit mal relié, sans titre, ne se recom-
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mandant que par son caractère évident d'ancienneté.
En voici la description sommaire : manuscrit sur papier, petit in-4° (214% sur 148"), de 49 folios cou- verts d'écriture, sauf le recto du f° 80, qui est en blanc. Un premier feuillet, où devait se trouver soit le titre, soit l'indication dont je parlerai plus loin, a été arraché. Sur une des gardes la signature moderne : Gormand, d. m. (1) — Nombreuses piqûres de vers, mais qui heu- reusement n'empêchent jamais de lire le texte. — Papier très fort ayant pour filigrane une tête de bœuf surmon- tée d’une tige coupée de deux croisillons en sautoir.
L'écriture, régulière pt bien alignée date, d’après ce qu'a bien voulu me dire notre honorable président, M. Lepage, de la fin du xv° siècle.
Les initiales, qui se reproduisent au commencement de chaque strophe, sont en rouge et tracées au pinceau.
Les 29 premiers folios sont occupés par un poëme sur la guerre que les Messins eurent à soutenir, en 1324, contre le roi de Bohême et ses alliés. IL devrait se composer de 288 septains, mais l’espace nécessaire pour écrire le 429° est resté en blanc.
Ce poëme est suivi, dans l’ordre ci-après, de onze pièces ainsi intitulées : |
1° Le sermon du papegay des xiij de la guerre de Mets et du commun (140 vers).
2° Cest lexposition du sermon du papegay (32 vers).
3° Cest la confirmation du sermon du jay d’Angle- terre (48 vers).
4 Cest la prophecie maistre lambelin de cournoaille (19 quatrains).
(1) M. Gormand était médecin à Nancy au commencement de ce siècle.
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9° Cest le a b c que maistre asselin de pont a fait contre ceulx de Mets (30 sixains).
6° Cest la resception maistre lambelin retteur de paris et dorléans (31 sixains).
1° Cest une patenostre de la guerre de Mets que robin de la Valée fit (80 sixains).
8° Cest lave maria margueron du pont rimont (12 sixains ; deux vers manquent uu 8°).
9 Cest le credo henry de hez (39 sixains).
10° Cest le credo michelet petit pain qui maint de- vant les repenties (18 sixains ; le 9° n’a que le premier mot, des vers manquent au 2°, 2 au 8°).
11° Cest ung benedicite de louys de pitiers evesque de Mets (12 sixains ; 8 vers manquent au 2°; 2 au 9°).
Les pièces 6, 7, 9, 10 et 11 sont suivies du mot : Amen.
Pour déterminer l’origine de mon volume, je me suis reporté à l'excellent catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Metz, publié, en 1856, par M. Clercex, et surtout au remarquable ouvrage de MM. de Bouteil- ler, Bonnardot et Léon Gautier (1).
Ces savants auteurs n’ont eu sous les yeux, pour la reconstitution du poème composé au xiv° siècle sur la guerre de 1324, que deux copies anciennes de cette œuvre, l’une, classée à la Bibliothèque nationale sous le n° 5782 du fonds français, l’autre, portant le n° 81 des manuscrits à la bibliothèque de Metz.
Et cependant, disent-ils, une troisième version exis- tait à Metz avant la Révolution, mais elle a disparu (p. 320).
(1) La guerre de Metz en 1324, poème du xrv* siècle. Paris, Firmin-Didot, 1875.
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C'est ce manuscrit disparu que je crois avoir re- trouvé.
Si son existence, à notre époque, est douteuse, son lieu de dépôt inconnu, son contenu du moins est par- faitement déterminé.
En 1770, M. Dupré de Geneste a pris la peine de le copier en entier, et sa copie est conservée à la biblio- thèque de Metz, sous le n° 88. De plus, il l’a décrit dans les termes suivants : » Sur la première feuille en blanc » est écrit: celivre est à dame Anne de Gournay, fille » de seigneur Regnault de Gournay.
» L'écriture de ce renseignement est un peu plus » belle et plus lisible que celle du manuscrit qui, quoi- » que assez bien espacée et rangée, est généralement » assez difficile à lire, et dans plusieurs endroits indé- » chiffrable : mais je crois que ce qui en est cause, » c’est que le copiste, qui me paraît être du quinzième » siècle, n'a pas toujours su lire son original; il a » passé entièrement et a laissé en blanc la place de la » cent vingt-neuvième strophe et quelques autres mots » par-ci par-là. »
Or, cette description s'applique exactement à mon manuscrit, sauf en ce qui concerne la précieuse indica- tion autrefois inscrite sur la première page, page qui visiblement a été arrachée, probablement par un des possesseurs précédents désireux (pendant la Révolu- tion peut-être) d'en voiler l’origine.
L'écriture, assez bien espacée et rangée, date, comme je l’ai dit déjà, du xv° siècle.
Le poème sur la guerre comprend, comme dans la copie de M. Dupré de Geneste, 288 strophes ; la place de la 129° est en blanc ; il y a quelques lacunes.
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Les pièces qui le suivent et dont le catalogue de M. Clercx donne la liste (1), sont rangées dans le même ordre et leurs titres sont identiques.
Le nombre des vers que comprend chacune d'elles est le même, il n’y a exception que pour la confirma- tion du sermon du jay d'Angleterre, qui, dans mon exemplaire, contient 48 vers, tandis qu'elle n’en a que 47 dans la copie; M. Dupré de Geneste a sans doute négligé de transcrire le 13° qui, d’ailleurs, n’ajoute rien au sens, n'étant qu’une sorte de répétition du 12°, et ne servant qu'à la rime.
(12°) : durer ne peult longuement lœuvre (18°) : durer ne peut pas longuement.
Si ce que je viens de dire peut laisser place à un doute, il doit disparaître entièrement après examen du texte.
M. Bonnardot nous en donne une étude critique aussi savante que complète. Il compare entre elles les trois copies ; il désigne celle de Paris par la lettre P, celle de Metz par la lettre M, et par D, enfin, celle de M. Du- pré de Geneste. |
Il ne se contente pas d’élucider, avec pleine compé- tence, les questions de style et d'orthographe, il relève scrupuleusement, vers par vers, les moindres va- _ riantes.
Or, une collation attentive de mon manuscrit m'y a fait retrouver tous les mots, tous les membres de phrase attribués à D.
Ve me garderai bien, dans cette note, de les rappor- ter tous ; un ou deux exemples suffiront.
(1) Pages 64 et 65.
— 122 — Parlant de la richesse de Metz, tant en argent qu'en grains et vins, l’auteur dit, aux deux derniers vers de la 5° strophe :
P : Il n’y ait tant de bon avoir
Dès Ranconvaulz jusques Peniers. M : Il n’ait pas tant de bon avoir
Dès Roncevaul jusque Peiners. D : Il n’a pas tant de bon avoir
depuis Verdun jusqu'à Angiers.
A la strophe 99 je trouve encore une variante carac- téristique :
M et P : Devant la porte Serpenoise font abaitre murs et maisons. D : devant la porte Champenoise
font abatre murs et maison.
Ces deux citations, à elles seules, justifient ce que M. Bonnardot dit de cette version D, qui est celle de mon manuscrit :
« La leçon est parfois très divergente de M et P, et » la langue est systématiquemeut rajeunie (page 214).
de terminerai en disant que deux petites lacunes que j'ai remarquées dans ma copie, la première d’un mot à la 84° strophe, la seconde d’un hémistiche à la 222°, sont formellement signalées dans le travail de M. Bon- nardot.
Une dernière preuve cependant : quelques mots ex- plicatifs des abréviations du texte sont inscrits sur les marges des folios 4 et 30; ils sont de la main de M. Dupré de Geneste. M. Favier, toujours prêt quand il s’agit d’obliger, les a rapprochés des manuscrits de
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cet auteur existant a la bibliothèque de Nancy, et sa conviction est qu’ils émanent de lui.
Je pense donc pouvoir dire, dès à présent, et sans plus amples recherches, que mon manuscrit est bien celui que possédait Anne de Gournay, au commence- ment du xvi° siècle, et que M. Dupré de Geneste a copié en 1770.
Nancy, 6 juin 1885. Pauz LALLEMAND.
ANOBLISSEMENT DES ENFANTS DE FERRI DE CALABRE, PAR LE DUC DE LORRAINE, EN 1929.
L'acte inédit que nous publions aura pour effet de combler une lacune dans l'Histoire généalogique de la Maison de France , ce vaste recueil classique dont on ne saurait trop chercher à compléter les renseigne-. ments ; il permettra de réparer une erreur héraldique commise par l’auteur du Nobiliaire de Lorraine et dé- montrera, en outre, la fausseté du préjugé suivant lequel les bâtards des membres de la chevalerie au- raient été nobles de droit (1). — Par les lettres patentes en question, datées du 1° janvier 1528 (v. st.?), An- toine, duc de Lorraine, anoblit les enfants de Ferri, fils naturel de Jean, bâtard de Calabre, seigneur de Con- flans (2) et l’Avantgarde (8), ce dernier, fils de Jean
(1) Ou suivant lequel Iles bâtards des ducs auraient été, de droit, membre de l’Ancienne Chevalerie. (2) Conflans-en-Jarnisy, chef-lieu de canton, arr. Brioy.
(3) L’Avant-Garde, commune de Pompey, canton Nancy- Nord.
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d'Anjou, duc de Calabre et de Lorraine (1), et petit-fils du roi René. Ferri était alors valet de chambre de Jean, cardinal de Lorraine, archevêque de Narbonne, élu évêque de Metz et de Verdun (2). Ces fonctions peu élevées ne doivent pas surprendre; la situation des bâtards était extrêmement variable, même entre les enfants d’un même père ; elle différait suivant le degré de son affection et la qualité de la mère. Dès 1521, le duc Antoine avait légitimé Ferri, par des lettres paten- tes qui n'avaient pas suffi pour lui conférer, d’une manière non sujette à contestation, la noblesse hérédi- taire.
Outre ses quatre enfants légitimes, le duc Jean d’An- jou paraît avoir laissé cinq bâtards, dont trois filles, très honorablement mariées. Voici ce que l'Histoire généalogique dit à propos de Jean, père de Ferri :
« Jean, batard de Calabre, étoit sous la garde de Guyonne, fille de Perette de Villiers, dame d’'Herouval en 1460, suivant un compte de Jean Bouchetel, qui le nomme le petit batard de Calabre. I] se rendit auprès du duc de Calabre, son père, en 1469, ainsi qu’il est dit au 4. compte de Raoul le Mal (3). Le roy René lui donna le comté de Briay (4), avec les terres de Sancy (5) et de Pierrepont (6) par lettres données à Tarascon le 4
(1) Duc de Lorraine de 1453 à 1470.
(2) Fils du duc René II.
(3) IL prit part à l'expédition d'Espagne. Par acte du 14 mars 1471, le roi René le nomma lieutenant-général en Ara- gon. Voy. Lecoy de la Marche, Le roi ut, t. I, p. 379, t. Il, p. 347-849, 382.
(&) Briey, ch.-1. d’arr., M.-et-M.:
(5) Sancy, canton Audun-le-Roman, arr. Briey.
- (6) Pierrepont, canton Longuyon, arr. Briey.
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octobre 1478, en considération de ses services, et afin qu'il pût trouver un meilleur parti en mariage, et le 18 décembre 1494, il fut présent sous le nom de M. le ba: tard de Calabre, à la confirmation de la capitainerie de Domfront, donnée par Marguerite de Lorraine, veuve de René duc d'Alençon, à Jean de Fronlay, son conseil- ler et maître d'hôtel. Il mourut le 4 mars 1504, et fut inhumé dans l’église de $S. Georges, où se voit sa tombe (1). »
M. de Villeneuve-Bargemont (2) dit que le roi René nomma le bâtard de Calabre « comte de Brécy »; il s'agit simplement, ce semble, de l'engagement des terres du comté de Briey, dont le bénéficiaire ne dut que se qualifier seigneur. Dans un endroit de sa Votice de la Lorraine, Dom Calmet dit, en effet : « En 141:, le duc René étant à Tarascon, donna à Jean, bâtard de Calabre, en considération de ses services, et pour lui faire un état, les seigneuries de Briey, Sancy et Pierre- . Pont, rachetables néanmoins d’une somme de 30,000 florins du Rhin payable en une fois (8). » — Ailleurs, dans le même ouvrage, il dit encore ceci, mais la date est inexactement rapportée, puisque le donateur mou- rut en 1480 : « En 1489, le duc René I° fit don à Jean Batard de Calabre, des comtés, terres et seigneuries de Briey, Sancy et Perpont, au rachat de trente mille flo- rins du Rhin. René reconnaît que Jean, Bâtard de Calabre, lui a rendu de grands services dans son expé-
(1) Hist. généal. de la Mais. de France, 1726, t. I, p. 235. — Cf. Des Limiers, Annales de la Monarchie franç., t. III, p. 117.
(2) Hist. de René d'Anjou, t. II, p. 336. (3) Dom Calmet, Notice, art. Pierre-Pont.
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L’acte qui fait le sujet de cette note et l’épitaphe de Jean de Calabre prouvent que ce seigneur posséda aussi les seigneuries de Conflans (en Jarnisy) et de l'Avant-Garde. Dom Calmet dit, à ce sujet: « Le duc Jean de Calabre étant à Barcelonne, le 12 janvier 1467, donna à son fils, Jean Bâtard d'Anjou, et à ses hoirs, nés en légitime mariage, la terre et seigneurie de Con- flans en Jarnisi, avec toutes ses dépendances, à condi- tion de foi et hommage-lige, qu'il doit faire entre les mains de Jacques d’'Haraucourt, chevalier, bailli de Nancy. Il étoit dès lors seigneur de l’Avant-Garde (2). »
L’épitaphe du bâtard de Calabre, dans l’église collé- giale de Saint-Georges de Nancy, portait :
« Cy-gist Jean (3)... de Conflans de l’Avantgarde, Capitaine de Preny, qui trespassa le 4 de mars de l'an de grace 1504. Priez Dieu pour son ame (4). »
Tous ces renseignements se trouvant dispersés dans plusieurs ouvrages, il nous a paru utile de les réunir.
(1) Zbid., art. Briey.
(2) Dom Calmet, 1bid., art. Conflans-en-Jarnisy. — Cf. . Clesse, Hist. de Conflans, p. 98-100.
(3) Il manque sans doute : « bâtard de Calabre, seigneur», sinon un fragment plus considérable. M. de Villeneuve-Bar- gemont, 1bid., a omis ces points d'interruption.
(&) Lionnois, Hist. de Nancy, t. I, p.97; H. Lepage, L’insigne église coll, Saint-Georges de Nancy dans le Bull. de la Soc. d’Arch. lorr., t. I, 1849, p. 185.
At Transcrivons maintenant le texte de l’anoblissement des enfants de Ferri, bâtard de Calabre (1) :
Légitimation et noblesse pour Ferry de Calabre et ses enffans.
Anthoine, par la grace de Dieu duc de Calabre, de Lor- raino et de Bar, marchis, marquis de Pont, conte de Pro- vence et de Vaudémont, etc. A tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. L’humble supplication et requeste de nostre bien amé Ferry de Calabre, filz naturel de feu nostre oncle Jehan, bastard de Calabre, en son vivant sr de Con- flans et de Lavantgarde, avons receue, contenant que, jà soit que nous ayons par cy devant dispensé avec luy 81: son illégitimité, en abollissant et effalsant tous deffaulz c ma- cules d’icelles, comme il appert plus amplement par noz lettres patentes de légitimation par nous à luy oct yées, ens et avec lesquelles ces présentes sont annexées, néant- moins il pouroit estre mis et cheux en doubte à aucuns, par cy après, sy les enffans dudit Ferry et leur postérité et li- gnée, procréée et desendue de luy par léal mariaige, deb- vroient et pouroient revenir en son estas ou degrés et pre-
(1) Voici la parenté du duc ave: le bâtard de Calabre et son fils naturel : Le roi René, ép. Isabelle de Lorraine.
mm mm Yolande d'Anjou, Jean II d'Anjou, ép. Ferri II de Lorraine, duc de Calabre et comte de Vaudémont. de Lorraine.
ca ———————— René II, duc de Lorraine, Jean, bâtard de Calabre. ép. Philippe de Gueldres.
ER Antoine, duc de Lorraine. Ferri, dit de Calabre, bâtard,
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vilèges de noblesse si par nous n’y estoit donnée grace provisionale, trèshumblement nous réquérant icelle. Savoir faisons que, nous inclinans à sadite susplication et requeste, ayant aussi regard aux bonnes meures et vertus dudit Ferry, desquelles espérons l'accroissement à toute continuation, en faveur et contemplation mesmement qu’il est serviteur domesticque, en estat de valet de chambre, de trèsrévérend hault et puissant prince nostre trèscher et trèsamé frère mons" Jehan, cardinal de Lorraine, archevesque de Nar- bonne, esleu évesque de Mets, de Verdun, etc., on service duquel il s’employe journellement et ordinairement et a fait de toute sa jeunesse jusques à présent, aussy qu’il a des biens compétemment pour entretenir estat honnorable, pour ces causes et autres à ce nous mouvans, de nostre certaine science, grace spéciale, et plaine puissance, avons décléré et voulu, déclirons et voulons par cesdites présentes que les enffans dudit Ferry, procrééz de luy en léal mariage, néz et a naïstre, leur postérité et lygnié à tousjourmais, portent, ayent, gardent et retiennent les noms, étatz, degréz, digni- téz, usaiges, préminences, prérogatives et previléges de noblesse entièrement, et pour et comme nobles personnes soyent réputéz et tenuz plainement partout, en jugement et dehors, en tous cas et choses à quoy gens noble peullent et doibvent estre appelléz et amis, et qu’ilz puissent acquester et tenir terres de catez, villes, chasteaulx et tous autres nobles tenemens comme autres de semblables estat et pré- minence, sans estre contraintz de les délaisser, estre tenus en payer à nous, ne à noz successeurs pour l’advenir, aucune finance laquelle, de nostre ample grace, avons quictée quictons audit Ferry, dès maintenant et pour tousjours; et en accroissement de quoy, oultre ainsi nostredite grace de littimation, que avons confirmée et confirmons par cesdites présentes audit Ferry, avons octroyé et concédé, octroyons et concédons que sesdits enffans, néz, à naistre, procréz et descenduz légittimement de luy, comme dit est, en signe de
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ladite noblesse, puissent avoir, porter et user les armes tymbrées telles que aux piedz de cestes nosdites lettres sont painctes, savoir : d'argent à trois allérions de sable, deulx en chef et une en poincte, et une croix de Jhérusalem, qui est une croix potencée, et quâtre croisettes d’or. Et voulons que d’icelles cesdits enffans, néz et à naistre, et leurdites postérité et ligniée descendante d’eulx en léal mariaige, comme dit est, en puissent user desormais, comme font autres nobles de leurs armes. Sy donnons en mandement, par ces mesmes présentes, à tous noz mareschaulx, sénes- chaulx, président, gens de noz comptes, bailys, cappitaines, procureurs, receveurs, prévosts et tous autres noz justiciers, officiers, hommes vaussaulx, subjectz et leurs lieutenants, ct chacun d'eulx, si comme à luy appartiendra, que lesdits enffans dudit Ferry, néz et à naistre, leurdite postérité des- cendente d’eulx en léal mariaige, comme dit est, facent, souffrent et laissent joyr et user plainement, paisiblement et perpétuellement, en la forme et manière que dessus, sans en ce leur faire mettre, ou donner, ny souffrir estre fait, mis, donné, ores ne pour le temps advenir, aucun des- tourbier ne empeschement au contraires. Prions en oultre à tous roys, princes, contes, barons et tous autres seigneurs noz amys, alliéz et bien vueillans que, de l'honneur et pre- vilège de noblesse, ensemble de cestes noz présentes grace, octroy et confirmation, ilz facent, souffrent et laissent lesdits enffans dudit Ferry, néz et à naistre, ensemble leurdite pos- térité et lignée, masles et femelles, descendans d’eulx en léal mariaige, comme dist est, joyr et user plainement, pai- siblement et perpétuellement, comme font et ont accous- tumé faire autres nobles, sans ce qu'ilz soyent aucunement troubléz ne empeschéz au contraire, en manière que ce soit. Et se aucunne chose, pour le temps advenir, se faisoit au contraire, se incontinant et sans délay le réparent et facent réparer et mectre au premier estat et deu; car sinsi le vou- lons, nonobstant quelconque loix, statuz, coustumes, usaiges
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do pays, ordonnances, restrinction, mandemens ou deffences à ce contraires. Et affin que ce soit chose ferme et estable à tousjours, nous avons, à cesdites présentes, signées de nos- tre main, fait mectre et appendre nostre grant seel, en nostre ville de Nancy, l’an mil cinq cens vingt huict, le premier jour de Janvier. — Ainsy signé : Anthoine. Et sur le re- ploy : Par mousr le duc, où estoit présent mons' le cardinal trésrévérendissime (1); . les s'° de Contterolles, grant maistre d'ostel (2), et de Pierfort (3), présens. Pour secrétaire : Mengin (4).
Voici l’article que Dom Pelletier, auteur du Mobi- liaire de Lorraine, a consacré au personnage qui nous occupe :
« CALABRE (Ferry de), fils naturel de Jean, bâtard de Calabre, seign. de Conflans et de l'Avantgarde, fut annobli par lettres expédiées à à Nancy le 1. Janvier 1528. Porte d'argent, à la croix de Jérusalem d'or, au franc canton dextre du champ chargé de trois alérions de sable, posés deux et un. Fol. 150. régist. 1528. 1580. Il avoit été légitimé le 14 octobre 1521.
» Ferry de Calabre épousa Isabellion Clerc, et en eut Jean de Calabre, qui, muni de procuration passée par devant Pagel le 217. avril 1561, fit ses reprises le 4% mai de la même année, tant en son nom qu’en celui de damois. {sabellion Clerc sa mère, veuve de Ferry de Calabre, pour tout ce qu’ils tenoient ès terres et seigneuries de Gibomey, Vannes, Saulxures, Houcel-
(1) Jean, cardinal de Lorraine, fils de René II.
(2) Hardi Tillon, seigneur de Ssouty et de Conterolles, grand maître d'hôtel.
(3) Claude de Fresneau, seigneur de Pierrefort. (4) Arch. de M.-et-M., B. 18, fo 149.
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mont, Jubainville, etc. Fol. 328. régist. 1558. 1561. »
La description des armoiries, telle que la donne Dom Pelletier, est évidemment inexacte ; les lettres patentes ne parlent nullement du canton dextre, les alérions accompagnart simplement la croix de Jérusalem; et ce canton s’il existait ne saurait être du métal du champ, chose absolument interdite. On voit que, dans ces armoiries, le duc Antoine a voulu joindre aux armes de Jérusalem de la Maison d'Anjou, les trois alérions de Lorraine, mais il dut en changer le métal en sable, afin de pouvoir les placer sur le champ d'argent.
L. GERMAIN.
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UN MANUSCRIT DE DOM PELLETIER.
Notre honorable confrère M. Frédéric Seilliére nous adresse la note suivante au sujet d'un manuscrit de Dom Pelletier qui fut offert au prince de Salm, et dont il est devenu possesseur.
Le texte de ce volume, connu sous le nom de Manus- crit de M. de La Salle, si j'ai bonne mémoire, a été publié plusieurs fois, mais je crois que les planches sont encore inédites.
1° En tête se trouve un beau dessin colorié des armes du prince de Salm.
2° La carte de la Principauté telle qu’elle était après le partage de 1751.
3° Dans le texte, un dessin paysagiste de l’ermitage et du lac de Lameix.
4° Le plan du temple de Mercure au sommet du . Donon.
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9° Deux élévations présumées de ce temple.
6°, 7°, 8°, 9°, 10°, 11°, 12°, 13°, 14°, 15°, 16°, 17°, 18°, dessins des statues du Donon.
19° Autels et frontispices du temple.
20° Le célèbre bas-relief du musée d’Epinal avec l'inscription connue : Belliccus surbur.
21° Une vue à vol d'oiseau de l’ensemble des grand et petit Donon.
22° Le plan perspectif de la ville de Senones.
23° Un fragment d’une autre vue de la ville de Se- nones (j'ai retrouvé une copie du temps de ce plan).
24° La vue du château de Salm dans les montagnes (il restait encore beaucoup de vestiges en 1755).
25° La vue du château de Pierre-Percée (il possédait encore son enceinte de tours).
26° La vue prise d'un autre côté de ce château de Pierre-Percée.
Le travail manuscrit de Dom Pelletier se présente sous la forme d’un grand in-4°, très bien relié en veau avec ornements dorés au petit fer, doré sur tranche; sur le dos est écrit :
DESCRIPT DE LA PRINCIP DE SALHM.
PLAN, DIVISIONS ET TABLE D'UNE BIBLIOGRAPHIE VOSGIENNE.
Notre honorable confrère M. Haillant, secrétaire perpétuel de la Société d'Emulation des Vosges, nous envoie, sous ce titre, la communication suivante, en priant les membres de notre Société de vouloir bien
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lui faire parvenir les observations qu’elle pourrait pro- voquer de leur part.
On sait que le mot Bibliographie veut dire descrip- tion du livre. Mais c’est moins l’état matériel que le contenu du livre qui paraît, de nos jours, préoccuper le bibliographe (1).
La bibliographie d’une région serait donc la réunion et la description des livres écrits sur cette région (2).
Mais il faut, croyons-nous, entendre le mot livre dans le sens large de publication, et y joindre, par exemple, les gravures publiées isolément (portraits, vues, cartes, plans, etc.), et les compositions musicales.
Aux livres, gravures et compositions musicales, il faut réunir, à notre avis, les mémoires et articles plus ou moins importants insérés dans des Revues ou re- cueils périodiques, qui n’ont rien de spécial à la région,
(1) Littré : « Bibliographie, 1° connaissance du Biblio- graphe, 2° Notice des écrits relatifs à un sujet donné. — Bibliographe, celui qui est versé dans la connaissance des livres par rapport à l'édition, au papier, au caractère et qui peut aussi en faire la description ».
Académie, 5° édition, Paris, 1881 : « Bibliographie, science du Bibliographe » — Bibliographe, celui qui est versé dans la connaissance des livres, des éditions, etc., au fait des catalogues de livres. »
(2) La Bibliographie normande de M. Frère, la Bibliogra- phie bourguignonne de M. Milsand, et la Bibliographie de la Bretagne de M. Sacher, les Catalogues annuels de MM. Cha- veroudier et Maurice, la Bibliographie alsatique de M. le D' Faudel se bornent surtout aux ouvrages intéressant la Nor- mandie, la Bourgogne, la Bretagne, le Forez ou le départe- ment de la Loire et l'Alsace.
= 191 = mais qui l’intéressent néanmoins. Ainsi, des articles sur Jeanne d'Arc ou Claude le Lorrain, sur la géologie des Vosges, publiés dans la Revue des Deux Mondes. C'est ce que font MM. Emile Longin et le D' Faudel pour la Franche-Comté et l’Alsace.
L'origine de l’auteur ou le lieu de publication importe peu. Ainsi, la Bibliographie vosgienne de M. Vuillemin a été éditée à Nancy chez Mlle Gonet; la partition de Jeanne d'Arc, de Verdi, a été publiée à Milan, puis à Paris, et combien de publications sur Claude Gelée sont faites à l'étranger!
La Bibliographie vosgienne est donc la réunion et la description sommaire des publications imprimées, gra- vées ou lithographiées intéressant les Vosges.
Toutefois, dans un sens plus étendu et à l'exemple de quelques bibliographes, la Bibliographie vosgienne comprendrait aussi tout au moins en appendice les pu- blications d'auteurs vosgiens, alors même qu'elles ne se rapporteraient pas aux Vosges. Ainsi, les Œuvres de Gilbert, La langue et la littérature des anciens Franks par l'abbé Gley, la Géographie élémentaire de Poirson, le Traité de la Vieillesse par M. Turck, une thèse de doctorat présentée par un Vosgien, par exemple sur l'autorité paternelle dans l'histoire du droit. M. Arthur Daguin recueille les ouvrages des auteurs du départe- ment de la Haute-Marne. M E. L. [Emile Longin] cite aussi les écrits des auteurs francs-comtois « alors même que le sujet de ces écrits n’a aucun rapport avec la province » (L. Delisle, Lettre).
Mais déjà ces documents se rattachent plutôt à la biogräphie. |
Enfin, dans un sens plus étendu encore, la biblio-
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graphie vosgienne recueillerait, dans un second appendice, les publications faites dans la circonscrip- tion vosgienne, alors même qu’elles n'intéresseraient pas les Vosges ou qu'elles ne seraient pas l’œuvre d'auteurs vosgiens. C'est ainsi que M. Beaupré, qui a ouvert la voie aux recherches si intéressantes de la bibliographie de notre région, comprend dans sa Biblio- graphie lorraine la Grammatica fiqurata de Philesius (pseudonyme de Ringmann) , imprimée à Saint-Dié en 1509. C'est ainsi encore que la Bibliographie douai- sienne de M. Duthillœul est le catalogue historique et raisonné des livres imprimés à Douai depuis l’année 1563 jusqu’à nos jours.
En ce sens, on devrait aussi noter le Télémaque de M. Pellerin d'Epinal, les livres de classe imprimés dans les Vosges, etc.
Toutefois, ces recherches intéressent plutôt l’impri- merie que la biographie et même que la bibliographie.
Manuscrits. — Il semble bien que l’'énumération des ouvrages devant rentrer dans la Bibliographie vos- gienne est complète. Cependant, à l'exemple de M. Au- guste Molinier, qui est l’auteur d’une bibliographie du Languedoc, nous réservons une place aux manuscrits.
Faut-il se borner aux manuscrits sur les Vosges, ou même n’admettre que ceux dont le titre seul a été im- primé (publié) ? |
Doit-on, au contraire, comprendre toute espèce de ma- nuscrits d'écrivains vosgiens, ou se borner tout au moins à ceux qni sont conservés dans les Vosges ?
Si l’on pense qu’une bibliographie régionale est le répertoire de tous les écrits intéressant cette région à des titres divers, on ne négligerait pas ces documents.
— 136 — Mais où s'arrêter ?
Il est à peine nécessaire de faire observer ici que la langue dont se sert l’auteur importe peu. Qu'un An- glais, par exemple, écrive sur Claude le Lorrain, que le poète allemand nous représente sur la scène la Pucelle d'Orléans, que le moine Séhère nous donne en latin la Chronique de Chaumouzey, tous ont droit à l’hospi- talité.
Limites territoriales. — Le champ d'investigation étant ainsi délimité quant aux productions de la presse, de la gravure ou même de la plume, il resterait à fixer les limites territoriales. Nous pensons qu’il faut enten- dre l'expression Vosges ou son qualificatif vosgien dans l’acception la plus large. Ainsi, les travaux d'ensemble sur la chaîne des Vosges, les localités voisines adja- centes ayant joué un rôle important, alors même qu'elles ne seraient plus comprises dans les limites actuelles, La Mothe, une partie du Bassigny, de l’an- cien diocèse de Toul, le lambeau du département arra- ché à la patrie, ont droit de figurer dans notre liste.
Pas n’est besoin de revenir sur la question, autrefois controversée et aujourd’hui renaissante, de savoir si Jeanne d'Arc était lorraine ou champenoise. Le dé- partement des Vosges englobe aujourd’hui Domremy, cela est plus que suffisant pour admettre tout ce qui concerne l'héroïne.
II. — Distribution des matières. — Une distribution méthodique, quelle qu’elle soit du reste, nous paraît absolument indispensable. Il est bien arbitraire, en effet, et peut-être quelque peu tyrannique, d’obliger le chercheur à feuilleter une liste entière, fût-elle alpha-
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bétique par noms d'auteurs, pour réunir $ur un sujet donné les documents qui lui sont nécessaires (1).
L'ordre alphabétique de matières présente le même inconvénient, car ce ne sont pas les auteurs du même nom qui ont écrit sur la même matière.
La classification des matériaux telle qu’elle a été pré- sentée pour la Bibliographie de 1883 ne paraît pas de- voir subir de modifications importantes, du moins dans ses grandes lignes.
Toutefois, les œuvres d'auteurs vosgiens non rela- tives aux Vosges et les publications qui n'auraient d'autre titre à leur admission que d’avoir vu le jour daus la circonscription vosgienne, ne figureraient que dans un appendice subdivisé en ces deux catégories.
Il y aurait à rechercher selon les exigences maté- rielles de la publication, — car il ne faut pas compter sans son hôte, — si ces deux catégories devraient for- mer des publications distinctes comme autant de parties séparées et comme suite à la Bibliographie proprement dite, ou être publiées par fragments dans le corps
(1) « Une autre innovation fort appréciée des travailleurs, au British museum, est l’établissement récent d’un certain nombre d'étagères exclusivement réservées aux bibliographies spéciates. Cette branche de Ia librairie s’est considérable- ment développée depuis quelques années, en français comme en allemand et en anglais. Il est extrêmement commode d’avoir ainsi sous la main, sur un sujet donné, la bibliogra- phie complète de tout ce qui a été imprimé sur la matière, et cette faculté, associée à l'emploi du grand catalogue, per- met de remonter très rapidement aux sources.
° La Bibliophilie. » (Chronique du Journal Général de l'imprimerie et de la librairie, 14e année, 2° série, n° 8, 21 février 1885, p. 35.)
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même de l'ouvrage dans lequel elles seraient comme foudues, tout en faisant l'objet des paragraphes dis- tincts. |
Ici les avis sont bien plus partagés encore, et c’est le cas de rappeler le mot de Leber : « Il n’y a rien d’ab- solu dans les méthodes bibliographiques ».
Nous avons essayé de réduire à trois grandes divi- sions les cinq de Brunet, et de la Bibliothèque natio- nale, et les vingt du Journal général de l'imprimerie et de la librairie, sauf à faire quelques subdivisions plus ou moins importantes. Nous y avons trouvé d’abord plus de facilité pour le premier classement général des matériaux.
Nous croyons aussi que ces trois grandes divisions faciliteront les recherches.
Nous pensons que l’idée dominante du bibliographe vosgien doit être celle-ci : faciliter la recherche rapide des documents sur un sujet donné. Chacun de nous, en effet, a sa manière de classer, bonne ou mauvaise, et nous ne nous préoccupons que d’une chose : trouver rapidement ce dont nous avons besoin. Mais ici il faut tenir constamment les yeux ouverts sur le grand nom- bre d’esprits si variés qui peuvent recourir à ce dic- tionnaire, et on doit s’efforcer de trouver pour tout le monde des points de repère communs.
Nous rattachons à la section des sciences, les sciences économiques et sociales, qui ont pris un si grand déve- loppement depuis un demi-siècle, et qui surtout ont pris corps dans les Vosges sous la forme d'associations ou sociétés de tout genre. La jurisprudence n’est qu’une subdivision de cet embranchement.
Les sciences religieuses ou cultes, dont il n'y a guère
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à attendre que la liturgie, les pèlerinages, jour- naux, etc., se rapprochent plutôt de ce grand groupe que des Belles-Lettres (on sait qu’elles forment sous le nom de Théologie une des cinq grandes divisions de Brunet et de la Bibliothèque nationale). Les sciences sont, dans notre programme, séparées des arts. Elles _ sont trop riches, surtout en histoire naturelle, pour ne pas mériter de former une catégorie. Nous en disons autant des Beaux-Arts. Dans les premiers nous trou- vons aussi quelques branches très fécondes : il nous suffira d'indiquer l’agriculture, l’horticulture et la syl- viculture. On se rappellera que le département des Vosges est un des départements forestiers les plus importants de France.
L'Histoire avec ses annexes a été classée dans la section des Lettres. Peut-être mériterait-elle cependant de former une section à elle seule ? Si en effet les documents sur l’histoire générale de notre circonscrip- tion vosgienne sont vite énumérés, il n’en est pas de même de cette foule innombrable de monographies générales ou partielles des localités, et du nombre presque incalculable de biographies complètes ou par- tielles de gloires nationales, telles que Jeanne d’Arc, Claude Gelée ou même simplement de personnages marquants. C’est peut-être ici également plutôt que sous la rubrique « Enseignement » que l’on pourrait comprendre les sociétés savantes, leurs productions et leurs biographies générales ou fragmentaires.
« Il est fort commode, dit M. Léopold Delisle, de trouver rangés sous le nom d’une localité ou d’un indi- vidu tout ce qui concerne cette localité ou cet individu ». (Lettre du 22 septembre 1884.) Cet ordre alphabétique
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des localités ou des personnages, recommandé par l'éminent administrateur général de la Bibliothèque nationale, est sans doute le seul moyen d'éviter la con- fusion. Peut-être même cette classification, à laquelle on adjoindrait un chapitre pour les généralités ou les sociétés et associations de toute sorte, serait-elle préfé- rable à la division par ordre des matières ?
Les divisions ou subdivisions une fois arrêtées se- raient résumées en un tableau synoptique afin de mieux faire ressortir le plan et l’économie de l'ouvrage. Telle est aussi l’utile recommandation que M. Delisle a bien voulu nous faire très obligeamment.
III. — Table. — Si, pour tout ouvrage, une table est utile, nous croyons qu'elle est indispensable pour une bibliographie ; mais, à notre avis, elle doit être unique et ne pas se dédoubler en table des noms d'auteurs et en table des matières. La rapidité des recherches nous paraît l’exiger.
Elle doit contenir les noms d'auteurs, d’éditeurs ou imprimeurs, de localités, de personnes et de matières. Peut-être peut-on y joindre, sous un même numéro ou article, et en majuscules italiques les recueils géné- raux, périodiques ou non, dont on aurait fait les extraits.
On peut tout réunir en se servant de