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LES CLASSIQUES FRANÇAIS DU MOYEN AGE LS
publiés sous la direction de Mario Roques
RUTEBEUF
LE MIRACLE DE THÉOPHILE
MIRACLE DU XIIIe SIÈCLE ÉDITÉ su
GRACE FRANK
PARIS
LIBRAIRIE ANCIENNE ÉDOUARD CHAMPION, ÉDITEUR LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES ANCIENS TEXTES FRANÇAIS 5, QUAI MALAQUAIS (vi°)
1925
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INTRODUCTION
I. L'AUTEUR. — Tout ce que nous savons de la vie du jon- gleur-trouvère qui s'appelle Rutebeuf vient uniquement de ses œuvres. Les documents contemporains ne font pas men- tion de lui et il n’est pas même certain que le nom par lequel il est connu ne soit pas un nom de fantaisie!. Sa langue est en général le dialecte de l'Ile-de-France et on ne peut pas douter qu’il n'ait été Parisien de résidence sinon de nais- sance?. C'est probablement entre 1254 et 1285 qu'il a écrit les poèmes satiriques et allégoriques, les fabliaux, les chan- sons lyriques et les pièces dramatiques qui lui ont valu d’être considéré de nos jours comme le « représentant le plus com- plet de la littérature au moyen âge » (Clédat, o. c., p. 15). Ses œuvres nous le révèlent besogneux et malheureux, aimant le jeu et la bonne chère, mais croyant, honnête, ayant
1. Jubinal, Œuvres complètes de Rutebeuf (éd. 1874), Introd., p- VI; cf. p. xV1, où l'éditeur signale qu'on trouve dans les manus- crits Rutebuef, Rustebuef, Rusiebues et Rudebues. Pour Kressner (Franco-Gallia, 1893, p. 165), son nom de famille fut Rustebuef. Nous avons gardé la forme consacrée par l'usage, bien que pro- bablement elle ne soit pas celle qu’ait employée le plus souvent l'auteur. Sur la vie de Rutebeuf, voyez aussi Clédat, Rufebeuf, Paris, 1891 (2° éd., 1909), et A. Burchardt, Beiträge zur Kenniniss der fran. Gesellschajt, Coburg, 1910.
2. Kressner, o. c., p. 167, croit qu'il naquit en Bourgogne et qu'il vint très jeune dans l'Ile-de-France. Il base son opinion sur l'em- ploi de rimes telles que veir : beneir, enterriens : riens, -iée : -ïe, desesperance : remembrance : tranche, ce qui n’a rien de décisif. Cf. aussi Ludwig Jordan, Metrik und Sprache Rutebeufs, 1888 (éd. Franco-Gallia, 1888, p. 343).
IV AUTEUR
des sentiments assez élevés et doué d’un esprit hardi. Il s’in- téressait activement aux grands événements de l’époque et fut en même temps le pieux avocat des croisades, l’adver- saire audacieux, quelquefois acharné, des ordres religieux et le courageux défenseur de l'Université et de Guillaume de Saint-Amour.
Son style est aussi varié que ses intérêts sont divers : il a abordé presque tous les genres et il a su adapter habilement la mesure et la forme de ses vers aux effets qu'il a voulu pro- duire. Aussi, dans le Miracle de Théophile, nous trouvons une langue souple et une grande variété de rythmes qui se plient admirablement au jeu des caractères et des situations. On n’a qu’à comparer le petit drame de Rutebeuf avec les autres versions françaises de la légende pour voir corhbien il y a ajouté de verve, quelle fraîcheur et quelle vie nouvelle il a su donner à l’ancienne histoire. Il est vrai qu'on rencontre dans sa pièce, bien qu’en petit nombre (cf. v. 405-19), de ces allitérations fâcheuses qui étaient à la mode de son temps ; Rutebeuf, comme Gautier de Coincy, a aimé ce clinquant. De plus, quelques scènes sont un peu naïves, mal préparées ou mal liées les unes aux autres. Mais le miracle nous offre parfois des traits d’une remarquable énergie, des dialogues bien conçus, naturels, vivants, des saillies assez plaisantes. Et surtout le tour en est aisé, la langue excellente et les rythmes originaux et souvent fort heureux.
II. LA LÉGENDE. — Selon la légende, Théophile (mort vers 538) était économe (ou vidame) d’une église de Cilicie. Son évêque étant mort, il avait refusé de lui succéder, bien qu’on voulût l’élire. Un autre fut nommé et ce nouvel élu priva le pauvre Théophile de ses fonctions. C’est à ce moment que*commence l’action de notre pièce. Tombé en disgrâce, réduit au désespoir, abandonné de tous, Théophile, autrefois si pieux et si vertueux, consent, par l’entremise d’un Juif, à faire un pacte avec le diable : il promet de renier Dieu et de devenir l’homme de Satan, à condition que celui-ci lui fera
LÉGENDE — SOURCES |
rendre ses honneurs. Le pacte signé, Théophile retrouve sa situation. Bientôt, selon la légende — après sept ans, selon Rutebeuf — les remords viennent le torturer, il se repent, s'adresse à la Sainte Vierge et, par ses prières et par ses plaintes, il l’'émeut à tel point qu’elle lui rend le pacte qu’il avait signé.
III. Sources ET Rapports. — L'histoire de Théophile a été écrite d’abord en grec. Dans un des deux manuscrits grecs de la légende qui nous restent!, l’auteur se nomme Eutychianos, prétend appartenir à la maison de Théophile et être clerc dans son église, et il se donne pour témoin ocu- laire de ce qu'il raconte. Ce manuscrit, qui se trouve à Vienne, contient la version de la légende que plus tard Siméon Méta- phraste — ou celui qui a continué son œuvre — a intercalée dans son recueil de vies de saints. Elle fut traduite en latin, du grec de Siméon Métaphraste, par Gentianus Hervetus au xvie siècle?. L'autre manuscrit, Coislin 283 de la Biblio- thèque nationale, moins ancien que celui de Vienne (il ne date que du x1r® siècle), nous offre une version plus courte et assez fautive.
Mais plus importante pour notre étude que les manuscrits grecs est la traduction latine faite au 1x° siècle par Paul Diacre de Naples. Cette traduction, qui semble provenir d’une rédaction réunissant des traits des deux manuscrits grecs que nous connaissons, constitue la source, directe ou
1. Tous deux ont été publiés par Jubinal dans sa première éd. de Rutebeuf faite en 1839 (t. II, p. 332). Sur le ms. de Vienne (Palat. hist. gr. 3), cf. Lambeck (éd. Kollar), Comm. de Bibl. Caes. Vind., VIIL 156, et Nessel, Cat. codd. gr., V, 6, qui l’appellent pervetustus. Sur Coislin 283, cf. Omont, Inventaire sommaire des mss. grecs, t. III, p. 170.
2. Cette traduction se trouve dans Lippomanus, Vitae ss. pris- corum patrum, V (éd. Venise, 1556, fol. 509 v°}, et dans Surius, De probatis sanctorum historiis, t. I, 4 février. Cf. E. Külbing, Bei- träge zur vergleiçchenden Geschichte der romantischen Poesie und Prosa des Mittelalters, Breslau, 1876, p. 2. Hervetus dit que l’his- toire est « ex Metaphraste, sed auctore Eutychiano ».
VI SOURCES
indirecte, de la plupart des versions plus récentes, soit en latin, soit en des langues modernes.
Le nombre de ces versions plus récentes atteste la grande popularité de la légende de Théophile*. Presque toutes les grandes collections dés miracles de la Vierge, en latin et en langue vulgaire, la reproduisent. En latin, nous connaissons plus de vingt-cinq rédactions diverses en prose et en vers”. En français, on a signalé quatre poèmes narratifs, plusieurs versions en prose, deux soi-disant Prières de Théophile en vers, et le miracle de Rutebeufi. En anglais, il y a une grande
1. La traduction de Paul Diacre se trouve dans les Acta Sancto- rum (Bollandus), t. I, pour février, p. 489. Selon Ludorff, Anglia, VII, 1884, p. 66, les deux tiers environ des versions plus modernes descendent de cette version.
2. Comme l’a démontré É. Mâle, L'Art religieux du XIII® siècle, 4° éd., p. 306 et suiv., « la légende ne fut si populaire que parce que l’Église la choisit entre beaucoup d’autres et l’adopta ». Dès le x1e siècle, on chantait à l'office de la Vierge : Tu maler es mise- ricordiae | De lacu faecis et miseriae | Theophilum reformans gra- hae. Au xie et au xIie siècle, la légende était devenue un exemple et figurait dans les sermons (Mâle, o. c., et Lecoy de la Marche, La Chaire française au moyen âge, éd. 1886, p. 189).
3. Cf. Gordon Gerould, The North-English Homily Collection, 1902 (Oxford diss.), p. 76 (quelques-uns des mss. mentionnés par cet auteur contiennent la même version et sa liste ne prétend pas à être complète); A. Mussafña, Sitzungsberichte der k. Akhad. der Wiss., Wien, Ph.-Hist. Cl., t. CXIII, CXV, CXIX, CXXIII, CXXXIX ; Ward, Catalogue of Romances in the Brit. Mus., t. II, P: 595 ; T. F. Crane, Romanic Review, t. II, 1911, p. 275.
4. Les poèmes narratifs sont celui de Gautier de Coincy (éd. Maillet, Rennes, 1838 ; Jubinal, Ruteleuf (1874), III, 246 ; Poquet, 29), celui d’Adgar dans le ms. Brit. Mus. Edgerton 612 (éd. Weber, Zeitsch. f. rom. Phil., 1, 1877, p. 531; Neuhaus, Altfr. Bibl., IX, 79), celui qui a été édité par Bartsch et Horning d’après les mss. Bibl. nat., fr. 423 et 818, dans Langue et littérature françaises, enfin le poème contenu dans le ms. Brit. Mus. roy. 20 B xIv, qui a été édité par Kôlbing dans Englische Studien, 1, 21. Pour les versions en prose, cf. Dasent, Theophilus, London, 1845, p. 31, et les col- lections des Miracles de la Vierge dans les mss. de la Bibl. nat., fonds fr. 410, 1805, 1806, 1881, etc. Les deux Prières de Théo- bhile ont été éditées par Jubinal, III, 314 (cf. Romania, IX, 1880,
RAPPORTS VII
quantité de poèmes narratifs renfermant au moins quatre versions diverses de la légende! ; en allemand, nous connais- sons trois poèmes narratifs et trois drames? ; en italien, un drame et diverses versions en prose*; en espagnol, au moins quatre versions, deux en vers, deux en prose“ ; en hollandais, un poème et au moins une version en prose” ; en anglo-saxon, une version en prose ; en islandais, trois rédactions en prose];
p. 162), et Scheler, Zeiisch. f. rom. Phil., I, 1877, p. 247. Cette der- nière est plutôt Une proiere Nostre Dame (cf. Romania, VI, 1877, p. 627). Plusieurs auteurs, sans raconter la légende en détail, la citent dans leurs œuvres, entre autres Rutebeuf lui-même dans son Ave Maria et Villon dans son Testament (v. 866). L'histoire de Théophile a souvent inspiré les sculpteurs et verriers du moyen âge, notamment à Notre-Dame de Paris et dans les vitraux de Chartres, Laon, Beauvais et Le Mans (cf. Mâle, o. c., et L'Art reli- gieux de la fin du moyen âge, 2° éd., p. 201).
1. Cf. Gordon Gerould, o. c., et Mod. Lang. Notes, 1903, p. 145; Ludorff, Anglia, VII, 66; Heuser, Englische Studien, XXXII (1903), 1 ; Carleton Brown, Register of Middle Eng. Verse, IX, Bibl. Soc. Oxford (1920), 12, 1172, 2080.
2. Cf. Pfeiffer, Marienlegenden, XXIII; Petsch, Theophilus, Mittelniederdeuisches Drama, German. Bibl., Abt. II, t. II (1908) ; Chr. Sarauw, Das niederdeuische Spiel von Theophilus, Kgl. Danske Viedenskabernes Selskab., Hist.-fil. Medd., VIII, 3 (1923) ; Crei- zenach, Geschichie der neueren Dramas, I, 233 (éd. 1893).
3. Cf. D’Ancona, Sacre rappresentazione, II, 445 ; Miracoli della Madonna, cap. 36; E. Levi, Il libro dei cinquanta miracoli della Vergine (Coll. di opere inedite o rare), 1917, P. LIX, LXXII, LXXVINI. Le Teofilo, commedia spirituale di Benvenuto (non Benedetto) Fiori, Siena, 1625, mentionné par D’Ancona dans ses À ggiunle au t. II, n’a aucun rapport avec la légende.
4. Celles en vers de Berceo, n° 24 des Milagros de Nuestra Sen-. nora (éd. Sanchez, Coleccion de poesias castellanas), et d’Alfonso el Sakio, Cantigas de Santa Maria (Madrid, 1889, t. I, cant. 111; cf. aussi t. I, Extractos, p. LIx), et celles en prose du roi Sancho dans ses Castigos, n° LX XXII, et du Libro de los Enxemplos, n° CXCII (toutes deux éditées par Gayangos, Escritores en prosa, p.215, 493).
5. Cf. J. Verdam, Theophilius, middelnederlandsch gedicht der XIVe euw, Amsterdam, 1882.
6. Aelfric, Sermones Catholici, éd. Thorpe, 1, 448, et Dasent, Theophilus in Icelandic, Low German and Other Tongues, London, 1845, p. 30.
7. Gering, Islendzk Aeventyri, II, 138 ; Dasent, o. c.
VIII RAPPORTS
en suédois, au moins une version en prose! ; et cette liste est sans doute bien incomplète.
Il y a des ressemblances entre ces différentes versions qui ne s'expliquent pas par un emprunt direct à la rédaction de Paul Diacre, et il semble possible, d’une part qu'il ait existé des sources latines intermédiaires, inconnues aujourd’hui, d'autre part que la légende se soit accrue lentement, s’enri- chissant à l’occasion de traits nouveaux qui passaient d’un écrivain à l’autre?. Cependant, un rapport plus étroit semble avoir existé entre quelques-unes de ces versions : Kôülbing a fait voir que le Théophile en vers français du Musée britan- nique, Roy. 20 B xiv, vient d’un texte latin en prose qui se trouve dans un manuscrit, Cotton Cleop. C. x, de la même bibliothèque, et Neuhaus constate que la source d’Adgar a dû, pour ce miracle, être très semblable à la rédaction latine du manuscrit Harley 3020". En plus, il y a, au moins au com- mencement de ces poèmes, des ressemblances verbales entre le Théophile du ms. Roy. 20 B xiv et le Théophile d’ Adgar, et entre celui-ci et la version de Gautier de Coincyÿ.
1. Dasent, o. c., p. 29 ; Ett Forn-Svenskht Legendarium, éd. G. Ste- phens, I, 28.
2. Cf. Ludorff, Anglia, VII, p. 73, qui soutient cette hypothèse contre les explications proposées par Sommer, De Theophili cum Diabolo foedere, Kôlbing, o. c., Verdam, o. c., et W. Meyer, Sit- zungsberichte d. ph.-phil. u. hist. CI. der Bayr. Acad., I, 1873. Meyer (p. 50, 57, 59) veut qu’une vie de saint Basile de Césarée par Amphilochius, une histoire d’'Anthemios et la légende du Milita- rius aient influencé la légende de Théophile. Contre cette opinion, suivie en partie par H. Strohmayer, Romania, XXIII, 1894, p. 601, voyez Gordon Gerould, The North-English Homily Collection, p. 76.
3. Englische Siudien, 1, 21. Cf. Mussañfia, o. c., t. CXXIII (1891), p. 85. Sur les sources latines du ms. fr. 818 et de Gautier de Coincy, voyez Mussañfia, o. c., t. CXXXIX (1898), p. 10,et Ueber die von Gautier de Coincy benutzten Quellen (Denkschriften), Vienne, 1894, p. 6.
4. Alitfranz. Bibliothek, t. IX, p. XXI.
5. Külbing, Englische Siudien, 1, 28, et Beiträge, p. 8 et suiv. Selon nous, il se peut que ces ressemblances aussi bien que celles que nous avons remarquées entre ces poèmes et le Théophile édité par Bartsch et Horning, o. c., soient fortuites.
RAPPORTS 1X
Quant à Rutebeuf, il est visible qu’il a connu l’œuvre de Gautier de Coincy'!, ainsi qu’une des nombreuses rédactions latines dérivées de Paul Diacre, mais il a ajouté à ses sources plusieurs développements originaux, dont quelques-uns à leur tour devaient lui être empruntés par d’autres poètes ?. Il est possible que Rutebeuf n'ait pas ici inventé de toutes pièces, mais du moins personne avant lui n’avait tiré un tel parti de ces éléments nouveaux. En voici la liste : début de la pièce placé après le choix du nouvel évêque, hésitations de Théophile après l’enfrevue avec Salatin, évocation du diable par Salatin, dialogue entre Pinceguerre et Théophile, querelles de Théophile avec ses compagnons, repentir de Théophile reculé après une période de sept ans, et peut-être lutte de la Vierge avec Satan pour la possession du pacte. La plupart de ces développements étaient implicitement renfer- més dans la légende; Rutebeuf n’a fait que leur donner la forme dramatique. Cependant, comme nous l’avons dit, à côté des versions antérieures qu’il a pu connaître, son œuvre semble assez vivante et originale.
Il est possible que notre pièce, comme les Miracles de
1. Cf. Kôlbing, Beiträge, p. 16 et suiv., et nos notes critiques.
2. Ainsi il me semble que la version anglaise publiée par Heuser (Englische Studien, XX XII, 1903, p. 1) lui doit, peut-être par l’in- termédiaire de quelque version française perdue, plusieurs détails outre ceux que signale l’éditeur. Il est frappant de retrouver com- binés ici des traits comme le début placé après le choix du nouvel évêque, l’évocation du diable par le Juif, la querelle de la Vierge avec Satan, la signature de sang (voyez nos notes critiques au v. 653) et, d'autre part, un ton nettement dramatique. Il n’est pas impossible que le drame italien publié par D’Ancona (voyez p. VII, n. 3) se soit aussi inspiré, bien que très indirectement, de celui de Rutebeuf. Dans ce drame, comme chez Rutebeuf, le Juif porte un nom (Manovello), il conjure les diables, l'évêque envoie son clerc à Théophile et la Vierge entre en discussion avec Satan.
3. Ce trait est peut-être dû aux exigences de la forme drama- tique. Le plus vieux des drames allemands, celui du ms. de Helm- stadt, commence ainsi in medias res. Cf. aussi la n. 2 ci-dessus.
4. Elle se retrouve aussi dans deux des drames allemands, celui du ms. de Helmstadt et celui du ms. de Stockholm. Cf. n. 2.
X MANUSCRITS
Nostre-Dame du manuscrit Cangé (éd. S. A. T. F.), ait été composée pour quelque confrérie, mais nous ne savons rien de certain à cet égard. Qu'on ait goûté la « Repentance » et la « Priere » de Théophile (v. 384-539) à part du reste de la pièce, cela ressort du ms. Bibl. nat. franç. 1635 où ces mor- ceaux lyriques se trouvent isolés. En tout cas, nous connais- sons seulement trois représentations du miracle de Théo- phile en France, celle d’Aunai en 1384, celle de Limoges en 1533, celle du Mans en 1539, et il semble peu probable que le vieux texte de Rutebeuf ait pu servir en aucune de ces occa- sions !.
IV. MANUSCRITS ET ÉDITIONS. — Plusieurs manuscrits contiennent les œuvres de Rutebeuf, mais le Miracle de Théo- bhile ne se trouve en entier que dans un seul d’entre eux, le fameux ms. franç. 837 de la Bibliothèque nationale. Ce ma- nuscrit sur vélin, du x1r1e siècle, nous en offre aux f. 298 v°- 302 v° une copie soigneuse. Écrite en français de l’Ile-de- France, elle doit représenter assez fidèlement la pièce de Rutebeuf. Nous la reproduisons textuellement*. Un autre manuscrit de la même bibliothèque, franç. 1635, également écrit sur vélin, au x111e siècle, renferme aux f. 83 r°-84 v° les vers 384-539. Il nous semble l’œuvre d’un scribe de l’Est, à en juger par quelques formes dialectales (surtout l' parasite, passim, et l'absence des formes caractéristiques d’autres dia- lectes où cet 4 se trouve ; notez aussi lou, 489, lanrre, 499, habertage, 485, et arme pour ame, passim). Bien qu'il présente très peu de variantes non orthographiques, nous le reprodui- sons en entier aux notes critiquesi.
1. Petit de Julleville, Les Mystères, II, 5, 120, 136; M. Sepet, Un drame religieux au moyen âge : le Miracle de Théophile, Paris, 1894 (extrait de la Revue historique et archéologique du Maine). Cf. la note au v. 230.
2. Cependant, nous avons ajouté entre crochets les noms d’in- terlocuteurs qui manquent.
3. Jubinal cite à plusieurs reprises une « copie de l’Arsenal » sans en donner la cote. C’est la copie d’une partie du ms. Bibl. nat. fr. 837 (anc. 7218) faite pour Lacurne de Sainte-Palaye, avec anno-
ÉDITIONS : XI
Le Miracle de Théophile a été édité pour la première fois par Jubinal dans son édition des œuvres complètes de Rute- beuf, 1839, t. II, p. 79 (nouvelle édition revue et corrigée, Paris, 1874, t. II, p. 231). Il se trouve aussi dans Monmerqué et Michel, Théâtre français au moyen âge, Paris, 1839, p. 136; A. H. Klint, Le Miracle de Théophile de Rutebeuf, Upsal, 1869; Adolf Kressner, Rustebuefs Gedichte, Wolfenbüttel, 1885, p. 206; et en partie (v. 540-663) dans K. Bartsch, Chrestomathie (11° éd., 1913, p. 243). M. Jeanroy en a donné une traduction partielle dans son Théâtre religieux en France du XIe au XIIIe siècle, Paris, 1924 ; il y en a des traductions complètes dans Monmerqué et Michel, dans Douhet, Diction- naîre des Mystères, Paris, 1854, col. 933, et dans Klint, o. c. Notre édition est fondée sur une nouvelle lecture des manu- scrits qui nous a permis de rectifier dans les textes de nos pré- décesseurs un certain nombre de leçons erronées. Toutefois, nous n’avons pas cru utile de signaler dans les notes les lapsus des autres éditeurs ou les corrections arbitraires de Kressner !.
V. LANGUE ET VERSIFICATION. — La langue de notre pièce étant celle de l'Ile-de-France, elle n'offre pas de particulari- tés frappantes?. Toutefois, on peut signaler comme indication de la prononciation de l’auteur, ou des licences qu'il s’est
tations deŸsa main. Elle se trouve aujourd’hui à l’Arsenal, mss. 2763-7 ; le Miracle de Théophile est à la page 235 du ms. 2766. Une autre copie moderne se trouve également à l’Arsenal, 3124, p- 37. Kressner s’est trompé en disant que le ms. Arsenal 175 B. F. (aujourd’hui 3142) contient un poème de Rutebeuf, mais il y a d’autres copies modernes des œuvres de Rutebeuf dans les mss. Arsenal 3123 et 3125. L’index du catalogue de l’Arsenal ne cite aucun de ces mss. s. v. RUTEBEUF.
1. Kressner remplace régulièrement veut par vuet; lettres, hom- mage, etc., par letres, homage, etc. ; aidier, fais, etc., par edier, fes, etc. ; richece par richesce ; vous, tout, etc., par vos, tot, etc. ; car, c’on, etc., par quar, qu'on, etc. ; issi par ainsi ; il « corrige » tous les s et z non étymologiques ; aux v. 384-539, il suit tantôt l’un tantôt l’autre des deux mss.
2. Sur la langue de Rutebeuf, on peut consulter Ludwig Jordan, Metrik und Sprache Rutebeufs.
XII LANGUE ET VERSIFICATION
permises!, les rimes où l’r est négligée (estes : prestres 296, estre : celestre 364), celles qui accouplent des voyelles na- sales différentes (at : o1 83, 424 ; ei : ai 426, 434; e : a pas- sim, et cf. l'orthographe dans jame 498, fame 499, same 600), et les rimes # : ui 117, 225, 516, ai : a 190?, -s : -z passim, 1e : 1ee 4125. _
Le système de la déclinaison à deux cas est presque intact ; les seules exceptions que nous ayons remarquées à la rime sont deux nominatifs avec un s analogique (prestres 297, rai- sons 356) et les vocatifs sans s (Salatin 51, 98, 202, Théophile 44; cf. v. 337 où cette forme est attestée par la mesure)‘. Notons aussi qu’au cas-sujet singulier la forme accentuée du pronom personnel de la 1'e personne est gié (121, 359, 557) et que nous trouvons à la rime un exemple de la 2° personne pluriel du futur en -oiz (604)5.
Les rythmes de Rutebeuf sont assez remarquables par leur originalité et par leur variété. Dans le Miracle de Théo- phile, on voit pour la première fois le couplet ou tercet d'octosyllabes suivi du petit vers de quatre syllabes, combi- naison destinée à être très employée plus tardf : aa(a)8b:, bb(b})8c, etc. (101-229, 540-639, 656-663). La prière de
1. Sur les licences poétiques du moyen âge, cf. H. Chatelain, Recherches sur le vers français au XV® siècle, Paris (1908).
2. C’est au scribe que nous devons la forme aidaisse 223.
3. Du moins, il semble que baillie 415 est pour baïlliee. I1 est bien connu que ce trait, dialectal d’origine, a pénétré dans la capitale de bonne heure. Cf. Gertrud Wacker, Ueber das Verhälinis von Dia- deht und Schrifisprache im Alitfranz., Beiträge zur Gesch. der rom. Spr. u. Lit., XI, 1916.
4. Aüïlleurs à la rime la forme nominative sert comme vocatif (Sathanz 147, amis 69, 256, chiers 298) et le copiste l’emploie aussi vingt-six fois sur trente-sept (les exceptions sont Salatin 69, 76; Theophile 256, 208, 353, 371, 380, 567 ; Sathan 404, 573 (deux fois).
5. Mi a été résolu en molt ; le scribe n’emploie que l’abréviation.
6. Notamment dans la Passion du Palatinus (Classiques français du moyen âge) et les Passions de Semur et de Greban. Cf. aussi Chatelain, o. c., 87, 109, 241.
7. Notons quelques irrégularités : aux v. 141, 155, 224, un seul vers de huit syllabes précède le petit vers ; ce petit vers manque
VERSIFICATION XIII
Théophile (432-539) est écrite en douzains de vers de six syl- labes, rimant aabaabbbabba : c'est là une forme strophique qu'on n’a pas retrouvée ailleurs au moyen âge'. Dans les parties les plus solennelles de la pièce, la « Repentance » de Théophile (384-431) et la lecture de la charte (640-55), ce sont les quatrains monorimes en vers de douze syllabes qui apparaissent.
Les rimes sont souvent riches et, suivant la règle dite mné- monique ?, elles s’enchaînent en général de réplique à réplique, se partageant entre deux interlocuteurs.
* * *
Dans la préparation de cette édition, j'ai eu plus d’une fois à recourir aux conseils de M. Mario Roques et de M. Lu- cien Foulet ; j'ai plaisir à leur exprimer ici mes remercie- ments.
après 585 ; le couplet 602-3 ne rime pas avec le petit vers 601 qui, par conséquent, reste isolé. Du reste, on n’attend pas un vers de huit syllabes à la fin de la série comme aux v. 229, 639, 663.
1. Cf. Naetebus, Die nicht-lyrichen Strophenformen des Alitfranz., Leipzig, 1891, XXXV. Sur l’histoire du type, cf. Chatelain, o. &., 113, 118-9, mais Chatelain ne signale aucun exemple en vers de six syllabes. |
2. Cf. P. Meyer, Romania, XXIII (1894), 25.
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CI COMMENCE LE MIRACLE DE THEOPHILE [294 c|
[THEOPHILES]
Ahiï! ahi! Diex, rois de gloire, Tant vous ai eü en memoire,
Tout ai doné et despendu “
Et tout ai aus povres tendu, 4 Ne m'est remez vaillant un sac. | Bien m'a dit li evesque : Eschac! Cehise Et Et m'a rendu maté en l'angle. ngle. Fait mat anz avoir m'a lessié tout sangle. 83.
(Or m restuet il morir de : fain, Fusl Et'ma mesnie que fera ? | Ne sai se Diex les pestera. ‘ . ‘. : 12 Diex ? Oïl! qu’en a il a fere ? En autre lieu les covient trere, +. u il:mé fét l'oreille sorde, il n’a cure de ma falorde. . _ 16 Et je li referai li moe : [d] _Honiz soit qui de lui se loe! N'est riens c’on por avoir ne face ; Ne pris riens Dieu ne sa manace. 20 Trai je me noier ou pendre ? Je ne m'en puis pas a Dieu prendre,
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MIRACLE DE THÉOPHILE
C'on ne puet a lui avenir. Ha! qui or le porroit tenir __ 24 Et bien batre a la retornee, ë Molt avroit fet bone jornee ; Mes il s’est en si haut leu mis Por eschiver ses anemis Re 28 C'on n’i puet trere ne lancier. ; Se or pooie a lui tancier, | Et combatre et escremir, . La char li feroie fremir! 32 ‘ Or est lasus en son solaz ; Laz, chetis! et je sui es laz | De povreté et de soufrete. r est bien ma viele frete, 36 Or dira l’en que je rasote ; De ce sera mes la riote ; e n’oserai nului veoir,
ntre gent ne devrai seoir, : 40 ue l’en m’i mousterroit au doi.
Or ne sai je que fere doi :
Or m'a bien Diex servi de guile.
Ici vient Theophiles a Salatin qui parloit au deable quant il voloit.
[SALATINS]
Qu'est ce ? qu'avez vous, Theophile ? 44 Por le grant Dé, quel mautalent
Vous a fet estre si dolent ?
Vous soliiez si joiant estre !
THEOPHILE PAROLE
C'on m'apeloit seignor et mestre 48 De cest païs, ce sez tu bien ;
V. 23-—75 | 3
Or ne me lesse on nule rien!
S'en sui plus dolenz, Salatin,
Quar en françois ne en latin 52 Ne finai onques de proier
Celui c’or me veut asproier, A6
Et qui me fet lessier si monde 2 Qu'il ne.m'est remez riens el monde. 56 Or n'est nule chose si fiere
Ne de si diverse maniere om =
Que volentiers ne la feiïsse,
Par tel qu’a m’onor revenisse; ‘ 60 Li perdres m'est honte et domages.
ICI PAROLE SALATINS
Biaus sire, vous dites que sages ; [299 a]
Quar qui a apris la richece,
Molt i a dolor et destrece 64 Quant l'en chiet en autrui dangier ,4...:, : Por son boivre et por son mengier : VA
Trop 1 covient gros mos oir.
THEOPHILES
C'est ce qui me fet esbahir. 5: . 68 Salatin, biaus trezdouz amis,
Quant en autrui dangier sui mis
Par pou que li cuers ne m'en crieve.
SALATINS
Je sai or bien que molt vous grieve, 72 Et molt en estes entrepris; « : Comme hom qui est de si grant pris, Molt en estes mas et penssis.
Miracle de Théophile.
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MIRACLE DE THÉOPHILE
THEOPHILES
Salatin frere, or est ensis : Se tu riens pooies savoir Par qoi je peüsse ravoir : M'onor, ma baillie et ma grace, \ Il n’est chose que je n’en face.
|
Le SALATINS
r nos vous Dieu renoier, Celui que tant solez proier, Toz ses sainz et toutes ses saintes, Et si devenissiez, mains jointes, Hom a celui qui ce feroit, Qui vostre honor vous renderoit, Et plus honorez seriiez, S’a lui servir demoriiez, C’onques jor ne peüstes estre ? Creez moi, lessiez vostre mestre.
( Qu'en avez vous entalenté ? _"
Panne ar
THEOPHILES
J'en ai trop bone volenté. Tout ton plesir ferai briefment.
_
SALATINS
Alez vous en seürement ; Maugrez qu'il en puissent avoir, Vous ferai vostre honor ravoir. Revenez demain au matin.
THEOPHILES
Volentiers, frere Salatin.
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V. 76—126
Cil Diex que tu croiz et aeures Te gart, s’en ce propos demeures!
Or se depart Theophiles de Salatin
100
et si pensse que trop a grant chose en Dieu renoier et dist :
Besse — : ...—
[THEOPHILES]
Ha! laz, que porrai devenir ? Bien me doit li cors dessenir Quant il m’estuet a ce venir. Que ferai, las! Se je reni saint Nicholas Et saint Jehan et saint Thomas Et Nostre Dame, Que fera ma chetive d’ame ? Ele sera arse en la flame ° D: enfer le noir! La la covendra remanoir. Ci avra trop hideus manoir, Ce n’est pas fable, En cele flambe pardurable N'i a nule gent amiable; Ainçois sont mal, qu'il sont deable : C’est lor nature ; Et lor mesons rest si obscure C'on n’i verra ja soleil luire : Ainz est uns puis toz plains d’ordure, La irai gié! Bien me seront li dé changié Quant, por ce que j'aurai mengié, M'avra Diex issi estrangié De sa meson, Et ci avra bone reson!
[Co]
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MIRACLE DE THÉOPHILE
| Si esbahiz ne fu mes hom Com je sui, voir. 128 Or dit qu'il me fera ravoir | Et ma richece et mon avoir, Ja nus n'en porra riens savoir : | Je le ferai. 132 Diex m'a grevé, jel greverai ; Ja mes jor ne le servirai, Je li ennui. Riches serai se povres sui ; 136 Se il me het, je harraï lui : Preingne ses erres, Ou il face movoir ses guerres, Tout a en main et ciel et terres, 140 Je li claim cuite, Se Salatins tout ce m'acuite
Qu'il m'a pe)
Ici parole Salatins au Deable et dist :
[SALATINS]
Uns crestiens s’est sor moi mis, 144 Et je m’en sui molt antremis ; Quar tu n'es pas mes anemis. Os tu, Sathanz ? Demain vendra, se tu l’atans ; 148 Je li ai promis quatre tans, Aten le don, Qu'il a esté molt grant preudon ; [c] Por ce si a plus riche don. 152 Met li ta richece a bandon. | Ne m'os tu pas? Je te ferai plus que le pas Venir, je cuit! 156
V. 127—182 7
Et si vendras encore anuit, Quar ta demoree me nuit ; Gi ai beé! Ci conjure Salatins le deable.
Bagahi laca bachahé 160
Lamac cahi achabahé | Karrelyos
Lamac lamec bachalyo
Cabahagi sabalyos } 164 Baryolas j
Lagozatha cabyolas À
Samahac et famyolas
Harrahya. ï 168
+
Or vient li deables qui est conjuré et dist :
[LT DEABLES] Tu as bien dit ce qu’ili a ; Cil qui t’aprist riens n’oublia ; Molt me travailles,
SALATINS
Qu'il n’est pas droiz que tu me failles, 172 Ne que tu encontre moi ailles,
Quant je t’apel. Je te faz bien suer ta pel. Veus tu oïr un geu novel ? 170
Un clerc avons De tel gaaing com nous savons ; Souventes foiz nous en grevons
Por nostre afere. 180 Que loez vous du clerc a fere Qui se voudra ja vers ça trere ?
MIRACLE DE THÉOPHILE
LI DEABLES Comment a non ?
SALATINS
Theophiles par son droit non. 184 Molt a esté de grant renon En ceste terre.
Li DEABLES
J'ai toz jors eü a lui guerre, C'onques jor ne le poi conquerre. 188 Puis qu'il se veut a nous offerre, Viengne en cel val, Sanz compaignie et sanz cheval;
N'i avra gueres de travail, 192 C'est pres de ci. Molt avra bien de lui merci [a] Sathan et li autre nerci; Mes n'apiaut mie : | 196
Jhesu, le fil sainte Marie, Ne li ferions point d’aie. De ci m'en vois. Or soiez vers moi plus cortois ; 200 Ne me traveillier mes des mois, Va, Salatin, Ne en ebrieu ne en latin.
ie t «
Or revient Theophiles a Salatin.
[THEOPHILES]|
Or sui je venuz trop matin ? 204 As tu riens fet ?
V. 183—230 9
SALATINS Je t'ai basti si bien ton plet, Quanques tes sires t’a mesfet T'amendera, 208 Et plus forment t’onorera, Et plus grant seignor te fera C'onques ne fus. Tu n'es or pas si du refus 212 Com tu seras encor du plus. Ne t’esmaier : Va la aval sanz delaier. Ne t’i covient pas Dieu proier 216 Ne reclamer, Se tu veus ta besoingne amer. Tu l’as trop trové a amer, Qu'il t'a failli. 220 Mauvesement as or sailli ; Bien t’eüst ore mal bailli Se ne t’aidaisse, Va t'en, que il t’atendent ; passe 224 Grant aleüre. De Dieu reclamer n’aies cure.
THEOPHILES
Je m'en vois. Diex ne m'i puet nuire Ne riens aidier, 228 Ne je ne puis a lui plaidier.
Ici va Theophiles au deable, si a trop grant paor ; et li deables li dist : [LI DEABLES)
Venez avant, passez grant pas;
10
MIRACLE DE THÉOPHILE
Gardez que ne resamblez pas
Vilain qui va a offerande. :
Que vous veut ne que vous demande Vostre sires? Il est molt fiers!
THEOPHILES
Voire, sire. Il fu chanceliers, Si me cuide chacier pain querre ;
232
236
Or vous vieng proier et requerre [300 a]
Que vous m'aidiez a cest besoing.
LI DEABLES
Requiers m'en tu ?
THEOPHILES Oil. Li DEABLES Or joing Tes mains, et si devien mes hon ; Je t’aiderai outre reson.
THEOPHILES
Vez ci que je vous faz hommage ; Mes que je raie mon domage, Biaus sire, des or en avant.
Li DEABLES
Et je te refaz un couvant, Que te ferai si grant seignor C'on ne te vit onques greignor. Et puis que ainsinques avient, Saches de voir qu'il te covient De toi aie lettres pendanz
240
244
248
V. 231—277 11
Bien dites et bien entendanz ;
Quar maintes genz m’en ont sorpris 252 Por ce que lor lettres n’en pris ;
Por ce les vueil avoir bien dites.
THEOPHILES
Vez les ci ; je les ai escrites.
Or baiïlle Theophiles les lettres au deable, et li deables li commande a ouvrer ainsi :
[LI DEABLES]
Theophile, biaus douz amis, 256 Puis que tu t'es en mes mains mis,
_Je te dirai que tu feras. : Ja mes povre homme n’ameras ; Se povres hom sorpris te proie, 260 Torne l’oreille, va ta voie.
S'aucuns envers toi s’umelie, Respon orgueil et felonie.
“Se povres demande a ta porte, 264 Si garde qu’aumosne n’en porte.
TDoucçor, humilitez, pitiez,
Et charitez et amistiez,
Jeüne fere, penitance, 268
Me metent grant duel en la pance ;
Aumosne fere et Dieu proier,
Ce me repuet trop anoier ;
ieu amer et chastement vivre, 272
! Lors me samble serpent et guivre . Me menjue le cuer el ventre ;
“Quänt l'en en la meson Dieu entre Por regarder aucun malade, 270 Lors ai le cuer si mort et fade
He À
12 MIRACLE DE THÉOPHILE
Qu'il m'est avis que point n’en sente :
Cil qui fet bien si me tormente. [è] Va t'en, tu seras seneschaus. | 280 Lai les biens et si fai les maus ;
Ne jugier ja bien en ta vie,
Que tu feroies grant folie
Et si feroies contre moi. 284
THEOPHILES Je ferai ce que fere doi. Bien est droiz vostre plesir face, : Puis que j’en doi ravoir ma grace. Or envoie l’evesque querre Theophile.
[Lr EVESQUES]|
Or tost! lieve sus, Pinceguerre, 288 Si me va Theophile querre ;
Se li renderai sa baillie.
J'avoie fet molt grant folie,
Quant je tolue li avoie, 292
Que c’est li mieudres que je voie ; Ice puis je bien por voir dire.
OR RESPONT PINCEGUERRE Vous dites voir, biaus tres douz sire. Or parole Pinceguerre a Theophile et Theophiles respont :
[PINCEGUERRE)
Qui est ceenz ?
[THEOPHILES)] Et vous qui estes ? 296
Go gle
V. 278—317
[PINCEGUERRE| Je sui uns clers.
[THEOPHILES] Et je sui prestres.
[PINCEGUERRE|
Theophile, biaus sire chiers,
Or ne soiez vers moi si fiers.
Mes sires un pou vous demande ; Si ravrez ja vostre provande, Vostre baïillie toute entiere. Soiez liez, fetes bele chiere,
Si ferez et sens et savoir.
THEOPHILES
Deable i puissent part avoir !
J'eüsse eüe l’eveschié,
Et je l’i mis, si fis pechié.
Quant il i fu, s’oi a lui guerre,
Si me cuida chacier pain querre.
Tripot lirot por sa haïne
Et por sa tençon qui ne fine!
G'i irai, s’orrai qu'il dira. PINCEGUERRE
Quant il vous verra, si rira
Et dira por vous essaier
Le fist. Or vous reveut paier,
Et serez ami com devant.
THEOPHILES
Or disoient assez souvant
13
308
312
316
MIRACLE DE THÉOPHILE
Li chanoine de moi granz fables. Je les rent a toz les deables!
Or se lieve l’evesque contre Theophile [c] et li rent sa dignité et dist :
[Lr EVESQUES)
Sire, bien puissiez vous venir ! 320
THEOPHILES
Si sui je. Bien me soi tenir : Je ne sui pas cheüs par voie.
LI EVESQUES
Biaus sire, de ce que j'avoie
Vers vous mespris jel vous ament, 324 Et si vous rent molt bonement {°°
Vostre baïllie. Or la prenez,
Quar preudom estes et senez,
Et quanques j'ai si sera vostre. 328
THEOPHILES
Ci a molt bone patrenostre,
Mieudre assez c'onques mes ne dis. « Des or mes vendront dis et dis
Li vilain por moi aorer, 332
Et je les ferai laborer.
Il ne vaut rien, qui l’en ne doute.
Cuident il je n’i voie goute ?
Je lor serai fel et irous. 336
LI EVESQUES
Theophile, ou entendez vous ? Biaus amis, penssez de bien fere.
V. 318—360 15
Vez vous ceenz vostre repere ; V4
Vez ci vostre ostel et le mien. 340 Noz richeces et nostre bien
Si seront des or mes ensamble :
Bon ami serons, ce me samble :
Tout sera vostre et tout ert mien. 344.
>
THEOPHILES
Par foi, sire, je le vueil bien.
Ici va Theophiles a ses compaignons tencier, premierement a un qui avoit non Pierres :
[THEOPHILES]
Pierres, veus tu oïr novele ?
Or est tornee ta rouele,
Or t’est il cheü ambes as; 348 Or te tien a ce que tu as, |
Qu'’a ma baillie as tu failli.
L’evesque m'en a fet bailli :
Si ne t’en sai ne gré ne graces. 352
PIERRES RESPONT
Theophile, sont ce manaces ?
Des ier priai je mon seignor
Que il vous rendist vostre honor,
Et bien estoit droiz et resons.. 356
THEOPHILES Ci avoit dures faoisons Qaant vous m'aviiez forjugié. Maugré vostres, or le rai gié. [d] Oublié aviiez le duel. 360
16
MIRACLE DE THÉOPHILE
PIERRES
Certes, biaus chiers sire, a mon vuel, Fussiez vous evesques eüs
Quant nostre evesques fu feüs ;
Mes vous ne le vousistes estre,
Tant doutitez le Roi celestre.
Or tence Theophiles a un autre : [THEOPHILES|
Thomas! Thomas! or te chiet mal Quant l'en me ra fet seneschal ;
Or leras tu le regiber | Et le combatre et le riber. gives N’avras pior voisin de moi.
THoMaAs Theophile, foi que vous doi, Il samble que vous soiez yvres. THEOPHILES Or en serai demain delivres, Maugrez en ait vostre visages.
THoOMAS
Par Dieu! Vous n’estes pas bien sages :
Je vous aim tant et tant vous pris!
THEOPHILES Thomas! Thomas! ne sui pas pris : Encor porrai nuire et aïdier. THoMAS
Il samble vous volez plaidier ; Theophile, lessiez me en pais.
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v. 361—406 17
THEOPHILES
Thomas! Thomas! je que vous fais ? Encor vous plaindrez bien a tens, Si com je cuit et com je pens.
Ici se repent Theophiles et vient a une chapele de Nostre Dame et dist :
[THEOPHILES]
Hé! laz, chetis, dolenz, que porrai devenir ? 384 Terre, comment me pues porter ne soustenir,
Quant j'ai Dieu renoïé et celui voil tenir
À seignor et a mestre qui toz maus fet venir ?
Or ai Dieu renoïé, ne puet estre teü ; 388 Si ai lessié le basme, pris me sui au seü.
De moi a pris la chartre et le brief receü
Maufez, se li rendrai de m’ame le treü. : . [3o1 a]
Hé! Diex, que feras tu de cest chetif dolent 392 De qui l’ame en ira en enfer le boillant, |
Et li maufez l’iront a leur piez defoulant?
Ahi ! terre, quar oeuvre, si me va engloutant, ? |
Sire Diex, que fera cist dolenz esbahis 396 Qui de Dieu et du monde est hüez et haïs,
Et des maufez d'enfer engingniez et trahis ?
Dont sui je de trestoz chaciez et envaïs? =.
Hé! las, com j'ai esté plains de grant nonsavoir 400 Quant j'ai Dieu renoié por un petit d’avoir!
Les richeces du monde que je voloie avoir
M'ont geté en tel leu dont ne me puis ravoir.
Sathan, plus de sept anz ai tenu ton sentier; 404 Maus chans m'ont fet chanter li vin de mon chantier ; Moit felonesse rente m’en rendront mi rentier,
I8 MIRACLE DE THÉOPHILE
Ma char charpenteront li felon charpentier.
e doit l’en amer ; m’ame n’ert pas amee. 40€ ‘os demander la Dame qu'ele ne soit dampnee. Trop a male semence en semoisons semee De qui l'ame sera en enfer forsemee.
Ha! las, com fol baïlli et com fole baillie! :. 412 Or sui je mal baillis et m'ame mal baillie ! S’or m'osoie baiïllier a la douce baïllie, ;
G'i seroie baïlliez et m'ame ja pe de
Ors sui et ordoiez doit aler en ordure; : [b] Ordement ai ouvré, ce set cil qui or dure Et qui toz jours durra : s’en avrai la mort dure.
| Maufez, com m'avez mors de mauvese morsure !
Or n'ai je remanance ne en ciel ne en terre. 420 Ha! las, ou est li lieus qui me puisse soufferre ? | Enfers ne me plest pas ou je me voil offerre ;
Paradis n’est pas miens, que j'ai au Seignor guerre.
Je n’os Dieu reclamer ne ses saïinz ne ses saintes, 424 Las, que j'ai fet hommage au deable mains jointes.
Li maufez en a lettres de mon anel empraiïntes. Richece, mar te vi : j'en avrai dolors maintes.
Je n’os Dieu ne ses saintes ne ses sainz reclamer, 428 Ne la tresdouce Dame que chascuns doit amer.
Mes por ce qu’en li n’a felonie n’amer,
Se je li cri merci nus ne m'en doit blasmer.
C’est la proiere que Theophiles dist devant Nostre Dame.
Sainte roïne bele, 432 Glorieuse pucele,
Dame de grace plaine,
Par qui toz biens revele,
ù V. 407—467 19 Qu’au besoing vous apele 436 Delivrez est de paine,
Qu'’a vous son cuer amaine
Ou pardurable raine
Avra Joie novele ; 440 Arousable fontaine
Et delitable et saine,
À ton Filz me rapele!
En vostre douz servise | 444 Fu ja m'entente mise, |
Mes trop tost fui temptez.
Par celui qui atise
Le mal, et le bien brise, [c] Sui trop fort enchantez ;
Car me desenchantez,
Que vostre volentez
Est plaine de franchise, 452 Ou de granz orfentez |
Sera mes cors rentez
Devant la fort justice.
Dame sainte Marie, 456 Mon corage varie Ainsi que il te serve, Ou ja mes n’ert tarie Ma dolors, né garie, 460 Ains sera m'ame serve ; Ci avra dure verve S’ainz que la mors n’enerve, En vous ne se marie 464 M'ame qui vous enterve. Souffrez li cors deserve, L’ame ne soit perie. Miracle de Théophile. x
20
MIRACLE DE THÉOPHIÉE
Dame de charité
Qui par humilité Portas nostre salu, Qui toz nous a geté
De duel et de vilté
Et d'enferne palu; ,
Dame, je te salu! hui à
Ton salu m'a valu,
Jel sai de verité ;
Gar qu’avoec Tentalu : En enfer le jalu
Ne praingne m'erité.
En enfer ert offerte Dont la porte est ouverte M’ame par mon outrage : Ci avra dure perte Et grant folie aperte Se la praing herbregage. Dame, or te faz hommage : Torne ton douz visage ; Por ma dure deserte,
El non ton Filz, le sage,
NA Ne souffrir que mi gage - ”
Voisent a tel poverte.
Si comme en la verriere Entre et reva arriere
Li solaus que n’entame, Ainsinc fus virge entiere Quant Diex, qui es ciex iere, Fist de toi mere et dame. Ha! resplendissant jame, Tendre et piteuse fame, .
468
472
476
480
484
" 488
492
49€
- [d
v. 468—530 21
Car entent ma proiere, 500 Que mon vil cors et m'ame
De pardurable flame - Rapelaisses arriere.
Roïne debonaire, 504 Les iex du cuer m'esclaire
Et l’obscurté m'esface ;
Si qu'a toi puisse plaire
Et ta volenté faire, 508 Car m'en done la grace.
Trop ai eü espace
D'estre en obscure trace ;
Encor m'i cuident traire 512 Li serf de pute estrace ;
Dame, ja toi ne place. 7.
Qu'il facent tel contraire! »:
En vilté, en ordure, 516 En vie trop obscure Ai esté lonc termine ; Roïne nete et pure, = Quar me pren en ta cure 520 Et si me medecine. Par ta vertu devine Qu’'adés est enterine, Fai dedenz mon cuer luire 524 La clarté pure et fine, Et les iex m’enlumine, _ Que ne m'en voi conduire. ê A
Li proieres qui proie 528 M'a ja mis en sa proie :
! Pris serai et preez ;
22
MIRACLE DE THÉOPHILE
Trop asprement m’asproie. Dame, ton chier Filz proie
| Que soie despfeez ;
| Dame, car leur veez, ! Qui mes meëfez veez, ‘| Que n’avoie:a leur voie. Î Vous qui lasus seez,
! M'ame leur deveez,
Que nus d’aus ne la voie.
Ici a Dame a Theophile et dist :
[NoSTRE DAME] Qui es tu, va, qui vas par ci?
[THEOPHILES]
Ha, Dame! aiez de moi merci! C’est li chetis
Theophile, li entrepris
Que maufé ont loié et pris. Or vieng proier
À vous, Dame, et merci crier,
Que ne gart l’eure qu’asproier Me viengne cil
Qui m'a mis a si grant escil.
Tu me tenis ja por ton fil, Roïne bele!
NOSTRE DAME PAROLE Je n’ai cure de ta favele. Va t'en, is fors de ma chapele. THEOPHILES PAROLE
Dame, je n'ose. Flors d’aiglentier et lis et rose
532
536
540
552
CAES
V. 531—581
En qui li Filz Dieu se repose, Que ferai gié? Malement me sent engagié Envers le maufé enragié.
Ne sai que fere : Ja mes ne finirai de brere! Virge, pucele debonere,
Dame honoree, Bien sera m’ame devoree, Qu’en enfer sera demoree
Avoec Cahu.
NoOSTRE DAME
Theophile, je t'ai seü
Ça en arriere a moi eü. Saches de voir,
Ta chartre te ferai ravoir
Que tu baïllas par nonsavoir. Je la vois querre.
Ici va Nostre Dame por la chartre Theophile.
[NOSTRE DAME]
Sathan! Sathan! es tu en serre?
S’es or venuz en ceste terre
Por commencier a mon clerc guerre, Mar le penssas.
Rent la chartre que du clerc as,
Quar tu as fet trop vilain cas.
SATHAN PAROLE
Je la vous rande! J'aim miex assez que l’en me pende! Ja li rendi je sa provande,
23 556
560
564
5068
572
576
580
MIRACLE DE THÉOPHILE
Et il me fist de lui offrande Sanz demorance, De cors et d’ame et de sustance. 584
NosTRE DAME Et je te foulerai la pance.
Ici aporte Nostre Dame la chartre a Theophile.
Amis, ta chartre te raport. Arivez fusses a mal port Ou il n’a solaz ne deport ; [b] A moi entent : Va a l’evesque et plus n’atent ; De la chartre li fai present, Et qu'il la lise 592 Devant le pueple en sainte yglise, Que bone gent n’en soit sorprise Par tel barate. Trop aime avoir qui si l’achate ; 596 L’ame en est et honteuse et mate.
THEOPHILE Volentiers, Dame! Bien fusse mors de cors et d’ame ; Sa paine pert qui ainsi same, | 600 Ce voi je bien.
Ici vient Theophiles a l’evesque et li baïlle sa chartre et dist :
[THEOPHILES] Sire, oiez moi, por Dieu merci! Quoi que j'aie fet, or sui ci. Par tens savroiz 604 De qoi j’ai molt esté destroiz ;
Vv. 582—635
Povres et nus, maigres et froiz Fui par defaute. Ânemis, qui les bons assaute, Ot fet a m’ame geter faute Dont mors estoie. La Dame qui les siens avoie M'a desvoié de male voie Ou avoiez Estoie, et si forvoiez Qu'en enfer fusse convoiez Par le deable ; Que Dieu, le pere esperitable, 4 Et toute ouvraingne charitable, Lessier me fist. Ma chartre en ot de quanqu'il dist ; Seelé fu quanqu'il requist. Molt me greva, Par poi li cuers ne me creva. La Virge la me raporta, Qu’a Dieu est mere, La qui bonté est pure et clere ; Si vous vueil proier, com mon pere, Qu'el soit leüe, Qu'autre gent n’en soit deceüe Qui n’ont encore aperceüe Tel tricherie.
Ici list l’evesque la chartre et dist :
[LI EVESQUES]
Oiez, por Dieu le Filz Marie,
Bone gent, si orrez la vie De Theophile
Qui anemis servi de guile.
25
608
612
616
620
632
[ce]
MIRACLE DE THÉOPHILE
Ausi voir comme est Evangile Est ceste chose ;
Si vous doit bien estre desclose.
Or escoutez que vous propose :
« À toz cels qui verront ceste lettre commune Fet Sathan asavoir que ja torna fortune, Que Theophiles ot a l’evesque rancune,
Ne li lessa l’evesque seignorie nesune.
« Il fu desesperez quant l'en li fist l’outrage ;
A Salatin s’en vint qui ot el cors la rage,
Et dist qu’il li feroit molt volentiers hommage, Se rendre li pooit s’onor et son domage.
« Je le guerroiai tant com mena sainte vie, C'onques ne poi avoir desor lui seignorie.
Quant il me vint requerre, j’oi de lui grant envie; Et lors me fist hommage, si rot sa seignorie.
« De l’anel de son doit seela ceste lettre ;
De son sanc les escrist, autre enque n'’i fist metre, Aiïns que je me vousisse de lui point entremetre Ne que je le feïsse en dignité remetre. »
Issi ouvra icil preudom. Delivré l’a tout a bandon La Dieu ancele ; Marie, la virge pucele, Delivré l’a de tel querele. Chantons tuit por ceste novele ; Or, levez sus ; Disons : Te Deum laudamus!
EXPLICIT LE MIRACLE DE THEOPHILE.
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NOTES CRITIQUES!
2-5. Ces vers mettent sous forme dramatique les mots de Paul Diacre (p. 489) : Nam orphanis, nudis, et egenis providen- tius commoda ministrabat, mais ils rappellent aussi d'assez près ceux de Gautier de Coincy (v. 25)! :
Tant estoit douz et tant humains Qu'il ne pooit tenir as mains Tost ne donast a povre gent. N'estoit pas sers a son argent. — 6-7. Cf. C 1.36 : Ha! las! fait il, or sui en l'angle, / Or sui ge maz, or sui ge pris. — 44. Cf. P (p. 490) : Unde festinus perrexit noctu ad praefatum Hebraeum, pulsansque januam. — 48. Cf. C 138 : Hauz clers estoie de grant pris. 60. As. p. — 71. Cf. C 2071 : Por un petit que je ne crief. — fo. Cf. C 230 : Ne roverés faire ne dire Que je molt volentiers ne face Mes aidiez moi, par vostre grace. — 815q. Cf. CS;2: S'il renoie sanz demorance Et son baptesme et sa creance, Dieu et sa mere et sains et saintes, Encor li donrai honors maintes.
Noter que chez Rutebeuf il n'est jamais question de renier la Vierge.
1. Nous désignerons Paul Diacre et Gautier de Coincy respecti- vement par les lettres P et C. Pour P, nous citons l'édition des Acta
Sanctorum, t. I, pour février, p. 489; pour C, celle de Jubinal, Œuvres de Rutebeuf (1874), t. III, p. 246.
28 NOTES CRITIQUES
160-8. Dans ce galimatias, on reconnaît quelques mots for- més à l’orientale, mais le tout n'est qu'une prétendue formule magique dénuée de sens. — 191. Cf. C 241 : Revenez chi sanz compaignie (mais c'est le Juif et non pas le diable qui le dit). -
206 sq. Cf. C 280 :
Je me sui ja tant entremis
Et tant pené de vostre afaire
Que monseignor ferai tot faire
Quant qu'oserez de boche dire. — 214 sq. Cf. C 302 :
N’aies dotance ne freour, (Var. : peour)
Fait li Juïs, pour chose qu'oies,
Ne por merveille que tu voies ;
Ne te seingne por nulle rien.
Ne reclaime Dieu ne sa pere. 308 — 230. Selon P, suivi des autres versions françaises, cette scène se passe medio noctis, ad circum civitatis, au milieu d'un décor d'enfer. Dans notre pièce, cependant, à en juger par les indications des v. 97, 148, 215 et 224, l’entrevue a lieu pendant le jour, et il n'est pas question d’autres diables, ni même de Sa- latin. Serait-ce que Rutebeuf n'avait pas à sa disposition les moyens de mettre en scène les « cent mille anemis », leur « te- molte », leur « bruit », Les « chandelabres », etc., qui, sans doute, figuraient dans les représentations de ce miracle plus tard? À Aunai en 1384, par exemple, « avoit un personnage de un qui devoit getter d’un canon » (Petit de Julleville, Les Mystères, II, 5). — 242. Probablement 1l lui baise les pieds, cf. P (490) : coepit osculari pedes ipsius principis. De même C 406.
252. Cf. C 390 :
Maint crestien m'ont deceü
Quant du mien ont assez eü..
Ja crestien mes ne crerai 401
Se n’en ai lestres ou seel. Rutebeuf a pris ceite idée dans C. Elle ne se trouve pas dans P. Selon Kôülbing, elle est entrée dans la légende avec le Pseudo- Marbode ; selon Meyer, elle dérive de la vie de saint Basile par
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V. 160—384 29
Amphilochius. — 259 sq. Ce développement ne se trouve que chez C et Rutebeuf. Cf. C, éd. Maillet, p. 18 (l'éd. de Jubinal ne donne pas ces vers) :
Ja ne croira mes en sa vie
En Dieu, ne en sainte Marie,
Moustier n’eglise n’amera
Ne bien n’aumosne ne fera. — 282. Ms. jug’. L’abréviation est résolue conformément à l'indication que donne le v. 358. — 288. Cf. C 413 : La nuit meesme que Ç'avint, / A l’evesques tel voloir vint / Que durement se tormenta... Selon P, la promesse du diable s’ac- complit in crastinum. — 298. Ms. ch’s. Cf. note au v. 361.
305. Théophile lui-même reconnaît l’œuvre des diables. Dans P c'est le Juif qui la lui fait remarquer : Vidisti quemadmo- dum beneficium et celer remedium ex me et patrono meo … invenisti? — 320. Selon C 422, la scène se passe « la mati-. née, a moult grant feste ». — 339. Cf. P : Et jam ordinatus coepit disponere et elevari super omnes idem Vice-dominus. — 346-380. Ici, comme au v. 321-2, Rutebeuf veuê montrer les mauvaises conséquences d’un pacte conclu avec Satan. IT a mis en action ce que C a décrit (567) : Devant estoit humble et douz / Or est cointes, fiers et estouz, etc.
361. Ms. ch’s. L’abréviation est résolue conformément à l'in- dication du v. 298 où la rime demande chiers. — 362. « Vous auriez été évêque. » Monmerqué et Michel, suivis par Kressner, corrigent e[sljus. M. Lucien Foulet a bien voulu me faire savoir que la construction fussiez … eüs, pour eüssiez esté, existe dans certains dialectes modernes et qu'il en a trouvé des exemples dans Le Livre d’Artus, ouvrage du XIIIe siècle (t. VII du Lancelot, éd. Sommer). Cf. note aux v. 567-8. — 384. On doit supposer que sept ans se sont écoulés (cf. v. 404). Sommer De Theophili cum diabolo foedere, p. 19, cite des exemples tirés d’autres légendes où un pacte avec le diable dure sept ans. Il est possible que pour Rutebeuf ce fût simplement un nombre « mystique ». Dans P, suivi par les autres versions, 11 n'est question que de parvum tempus. Ici le repentir de Théophile
30 NOTES CRITIQUES
semble sans motif. Plus tard, on l’a motivé par l'apparition de la Vierge à Théophile, par une voix angélique chantant Rever- tere, elc. — 384-539. Voici ces vers selon le ms. Bibl. nat. fr. 1035 :
C1 ENCOUMENCE LA REPENTANCE THEOPHILUS |83 b]
Ha! laz, chetiz, dolanz, que porrai devenir? 384 Terre, coument me puez porteir ne soutenir
Quant j'ai Dieu renoiïé et celui vox tenir
À seigneur et a maitre qui tant mal fait venir?
Or ai Dieu renoié, ne puet estre teü ; 388 Si ai laissié le baume, pris me sui au seü. De moi a pris la chartre et le brief receü Mauffeiz, si li rendrai de m'arme le treü.
Hé! Diex, que feras tu de cest chetif dolant 392 De cui l’arme en ira en enfer le buillant, Et li maufei l’iront a lor piez defolant? ic|
Hai! terre, car huevre, si me vai engoulant.
Sire Diex, que fera ciz dolenz esbahiz "396 Qui de Dieu et dou monde est hueiz et haïz,
Et des maufeiz d'enfer engigniez et traiz?
Dont sui ge de trestouz chaciez et envaïz?
Ha ! las, com j'ai estei plains de grant nonsavoir 400 Quant j'ai Dieu renoïé por un petit d’avoir!
Les richesces dou monde que je voloie avoir
Mont getei en tel leu dont ne me puis ravoir.
Sathan, plus de sept anz ai senti ton sentier ; 404 Mauz chanz m'ont fait chanteir li vin de mon chantier ; Mout felonesse rente m'en rendront mi rentier,
Ma char charpenteront li felon charpentier.
Arme doit hon ameir ; m’arme n'’iert pas amge. 408 N'oz demandeir la Dame qu'’ele ne soit dampnee. Trop a male semance en sa maison semee
De cui l’arme sera [2] en enfer seursemee.
Ha! laz, con fou bailli et com fole baillie! 412 Or sui ge mau bailliz et m'arme mau baillie!
S’or m'ozoie baillier a la douce baillie,
G'i seroie bailliez et m’arme ja baïillie.
V. 384— 539 31
Ors sui et ordeneiz doit aleir en ordure ; 416 Ordement ai ovrei, ce seit cil qui or dure
Et qui toz jors durra : c'en avrai la mort dure. Maufeiz, com m'’aveiz mort de mauvaise morsure!
Or n'ai je remenance ne en ciel ne en terre. 420 Ha! laz, ou est li leuz qui me puisse sofferre ?
Enfers ne me plait pas ou je me volz offerre ;
Paradix n'est pas miens, car j'ai au Seigneur guerre.
Je n’oz Dieu reclameir ne ces sains ne ces saintes, 424 Laz, que j'ai fait homage au deable mains jointes. Li maufeiz en a lettres de mon annel empraintes. Richesce, mar te vi : j'en avrai doleurs maintes.
Je n’oz Dieu ne ces saintes ne ces sainz reclameir, 428 Ne la tres douce Dame que chacuns doit ameir. [84 a] Mais por ce qu'en li n’a felonie n’ameir,
Ce ge li cri merci nuns ne m'en doit blameir.
Explicit C'EST LA PRIERE THEOPHILUS
Sainte Marie bele, 432 Glorieuze pucele,
Dame de grace plainne,
Par cui toz bienz revele,
Qu'’a besoig vos apele 436 Delivres est de painne,
Qu'’'a vos son cuer amainne
En pardurable rainne
Avra joie novele ; 440 Arousable fontainne
Et delitable et sainne,
A ton Fil me rapele!
[En voltre doulz servise 444 (Fu jja m'entente mise,
418. Il y a un trait de trop à la fin du mot mort. — 444-47, 497. Les lettres effacées dans ces vers sont rétablies par nous et mises entre cro:hets.
32 NOTES CRITIQUES
Mais trlop tost fui tenteiz.
Par celui qui atize
Le mal, et le bien brize, 448
Sui trop fort enchanteiz ;
Car me desenchanteiz,
Que votre volenteiz
Est plainne de franchize, 452 Ou de granz orfenteiz
Sera mes cors renteiz
Devant la fort justise.
Dame sainte Marie, 456 Mon corage varie
Ainsi que il te serve
Ou ja mais n'’iert tarie [b] Ma doleurs, ne garie, 460 Ainz sera m'arme serve ;
Ci avra dure verve
S’ainz que la mors m'enerve,
En vos ne ce marie 464 M'arme qui vos enterve.
Soffreiz li cors deserve,
Qu'’ele ne soit perie.
Dame de charitei, 468 Qui par humilitei
Portas notre salu,
Qui toz nos as getei
D'enfer et de vitei 472 Et d’enferne palu ;
Dame, je te salu!
Tes saluz m'a valu,
Jou sai de veritei ; 476 Gart qu'avec Tentalu
En enfer le jalu
Ne preigne m'eritei.
En enfer ert offerte 480 Dont la porte est overte
M'arme par mon outrage :
Ci avra dure perte
ne ee :
v. 384-539 33
Et grant folie aperte 484 Se la prent habertage.
Dame, or te fas homage :
Torne ton dolz visage ;
Por ma dure deserte, 488 Envers ton Fil, lou sage,
Ne soffrir que mi gage
Voisent en tel poverte.
Si come en la verriere 492 Entre et reva arriere
Li solaux que n’entanme, [c] Ausi fus vierge entiere
Quant Diex, qui en cielz iere, 496
Fit de toi mere et dam{e].
Ha! resplandissans jame,
Tanrre et piteuze fame,
Car entent ma proiere, 500 Que mon vil cors et m'ame |
De pardurable flame
Fai retorneir ariere.
Roïne debonaire, 504 Les yex dou cuer m'’esclaire
Et l’ocurtei efface ;
Si qu'a toi puisse plaire
Et ta volentei faire, 508 Car m'en done la grace ;
Trop ai eù espace
D'’estre en ocure trace.
Ancor m'i cuident traire 512 Li serf de pute estrace ;
Dame, ja toi ne place
Qu'il fassent teil contraire!
En viltei, en ordure, 516 En vie trop oscure
Ai estei lonc termine ;
Roïne nete et pure,
497. Cf. note aux v. 444-7.
34 NOTES CRITIQUES
Car me pren en ta cure 520 Et si me medicine.
Par ta vertu devine
Qu'’adés est enterine,
Fai dedens mon cuer luire 524 Ta clartei pure et fine,
Et les iex m'enlumine,
Que ne me voi conduire.
Li proierres qui proie 528 M'a ja pris en sa proie : [d] Pris serai et preeiz ;
Trop asprement m'asproie.
Dame, ton chier fil proie 532 Que soie despreeiz ;
Dame, car lor veeiz,
Qn: mes meffaiz veeiz,
Que n’avoie a lor voi." 536 Vos qui lasus seeiz,
M'arme lor deveetz,
Que nuns d’eulz ne la voie.
Explicit
424. Cf. P : sed qualibus labiïis deprecari praesumam beni- gnitatem ejus ignoro, ef C 847. — 432. Cf. C 899, qui suit P : Theophilus quarrante jors / En abstinances et en plors / Dedans le temple demora.
540. Cf. P (491) : medio noctis apparuit.. Domina nos- tra. dicens ei, Quid sic... permanes temere fastidioseque, postulans ut te adjuvem hominem qui abnegasti filium meum. Chez C aussi la Vierge est fort sévère (921) :
Di, va, fet ele, renoiez! Comment ies tu si forvoiez Que tu le haut Seingnor apeles.…
552. Cf. C 964 : Laisse m'’ester, fet Nostre Dame, / Trop «urement m'as courouciee. — 567-8. « Je t'ai su autrefois à mot. » Avec [être! eü, cf. fussiez eùs 362 et deux exemples dans Matzner, Altfr. Liederbuch, p. 14-5, v. 15 et 27. Ailleurs le pardon de la Vierge est mieux motivé. Cf. P (492) : Ego, prop-
V. 424—653 35
ter baptismum, quod accepisti,.… et propter nimiam com- passionem quam circa vos Christianos habeo... accedo..., et C 1110 : Mes tante lerme en as ploree, / Et m’ymage as tant aoree / Que touz li cuers de toi m’apite. — 586. Selon la légende (P 492), suivie par C (1.433) : Post tres. dies, tamquam in visione exhibuit ei S. Maria chartulam... et de somno surgens invenit chartulam super pectus suum. Rute- beuf a dû accommoder les faits aux besoins de la scène.
602. Cf. P (492) : In crastinum vero... jactavit se subtus pedes sanctissimi Episcopi et subtiliter omnia enarravit. De même C 1384. — 629-30. Pour le verbe tantôt au singulier tantôt au pluriel avec un même sujet collectif, cf. Foulet, Petite Syntaxe, 2€ éd., $ 215. — 632. Cf. P : Unde et clamabat Episcopus, ac dicchat : Venite omnes fdeles….
653. La signature de sang n'est ni dans P ni dans C, mais elle se trouve dans plusieurs des versions plus modernes de la iégende : celle en latin ue Hrolt (éd. Mever, Sitzungsberichte, D. O1), celle en hollandais (ed. Verdam), celle en anglais (éd. Ludorff). Sommer, De Theophili..., p. 14, dit : « Antiquissimus quem novt hic est locus quo homo literas sanguine scriplas d1a- bolo {radidisse fertur », mais par erreur 1l attribue ce trait à lul- bertus. Ludorff (Anglia, VII, p. 57) et Stronmayer (Romania, XXIII, 605) l'attribuent avec vraisemblance à l'influence d'autres légendes.
Miracle de Théophile. 4
INDEX DES NOMS
CaHu 566, probablement nom d'un diable.
DEABLE (DEABLES) 143 bis, 159 bis, 169 bis, etc.
Dieu (DIEX) 1, 12, ec.
EVESQUE (EVESQUES) 6, 287 bis, 294 bis, etc., l'Évêque de Ci- hoie.
JEHAN (saint) 106. JHESU 197.
MARIE (sainte) 197, 456. Voir NoOSTRE DAME.
NicHoLas (saint) 165.
NoOSTRE DAME 107, 431 bis, 539 bis, etc. Voir MARIE.
PIERRE (PIERRES) 345 bis, 346, etc., compagnon de Théophile,
PINCEGUERRE 288, 294 bis, etc., clerc, serviteur de l'Évêque.
SALATIN (SALATINS) 43 bis, 51, 69, 76, 98, etc., un Juif.
SATHAN (SATHANZ) 147, 195, 404, 573, eic., Satan.
TENTALU 477, Tantale.
THEOPHILE (THEOPHILES), pas- sim.
THoMAS (saint) 106.
THoMAS 366, 381, compagnon d: Théophile.
GLOSSAIRE
rm
ucuiter 142, remplir, s'acquitter
adés 523, sans cesse, toujours.
aeures 99, adores.
aïe 198, aide.
ainçois 116, plutôt.
ains que 463, 654, avant que.
uleüre 225, train.
aimbes as 348. « Le coup qui con- sistait à amener deux as au jeu de dés élait un des plus défavorables ; cette locution si- gnifie donc « jouer de malheur » (Jeanroy).
aménder 208, 324, réparer.
amer 218, 259, 408, aimer.
ancele 658, servante.
anel 426, 652, anneau.
angle 7, l'angle de l'échiquier (allusion au jeu d'échecs).
antremis 145, occupé.
anuit 157, aujourd'hui.
aorer 332, prier.
apiaut 196, subj. pr. 3 d'apeler, invoquer.
apris 63, pris l'habitude de.
arousable 441, qui arrose.
- arricre (ça en) 568, auparavant.
asproier 54, 531, 547, trailer âprement, tourmenter.
aval (la) 215, là-bas.
avoier 536, 611, 613, {rouver son chemin, guider, mettre (en che- min).
baï!li 351, 412, smaîlre, bailli.
baillie 79, 290, 302, 350, charge ; 412, manière ; 414, puissance.
baillier 414, 571, donner ; p. ?. 415, recevoir, accepter (cf. In- troduction, p. xII, nole 3).
baillir (mal) 222, 413, mallrai- ter, être mal en point.
bandon (mettre a) 153, livrer; (a tout) 657, en toute liberté.
barate 595, fourberie.
basme 389, baume.
basti 206, arrangé, réglé.
beer 159, attendre.
boivre 66, boire.
brere 561, crier, lamenter.
brief 390, lettre, bref.
cas 578, œuvre, affaire.
ceenz 296, dedans.
chacier 236, 309, chasser.
chans 405, chants. :
cheüs 322, tombé.
chiere 303, figure.
chiet 65, 366, ind. pr. 3 de cheoir, tomber.
claimer (cuite) quitte, libre.
commune (lettre) 640, lettre pu- blique.
conjurer 159 bis, 168 bis, évo- quer.
conquerre 188, conquérir, triom- bher de.
contraire 515, mal.
convoiez 615, conti.
141, déclarer
38 GLOSSAIRE
corage 457, Cœur. couvant 245, promesse. covenir 111, falloir.
cuidier 156, 236, penser, songer.
dangier (en autrui) 65, 70, sous la domination, la coupe d'autrui.
defaute 607, faute, manque.
defoulant. 394, foulant.
delaier 215, différer.
delitable 442, agréable.
delivres 373, libre de tout mal, délivré.
demorance 583, retard.
demoree 565, logée.
deport 588, joie.
desclose 638, expliquée.
deserte 488, récompense.
deservir 466, mériler.
despendu 3, dépensé.
despreer 533, délivrer.
dessenir 102, perdre le sens.
destroiz 605, accablé, en détresse.
. desvoier 612, écarter, tirer.
deveer 538, refuser, dérober.
diverse 58, mauvaise.
domage 243, 647, pertes.
dont 399, donc.
douter 365, craindre.
droiz 172, 286, justice.
duel 269, 472, douleur.
encontre 173, à l'encontre de.
enferne 473, infernal.
engingniez 398, frompé.
ennuier 135, causer de l'ennui à.
enque 653, encre.
entalenté 91, décidé.
entente 445, effort.
enterin 523, entier.
enterver 465, demander, aspirer vers.
entremetre réfl. 654, s'occuper.
entrepris 73, 543, en mauvais point, perdu.
envais 399, assailli.
erité 479, hérilage.
erres 138, dispositions.
ert 344, 408, 459, 480, fut. 5 d'estre, être.
esbahir réf. 68, s'effrayer; f. b. 127, 306, affligé, insensé.
eschac 6, échec.
eschiver 28, éviter, échapper à.
escil 549, tourment.
escremir 31, escrimer.
esmaier réfl. 214, s’effrayer.
estrace 513, extraction.
estrangier 124, repousser, éloi- gner. |
estuet 103, ind. pr. .> d'esto- voir, falloir.
eüs 362 (cf. note critique).
falorde 16, parole vaine.
faoisons (dures) 357, misères (cf. durfeü).
favele 552, récit, bavardage.
fel 336, felon 407, cruel, méshani.
felonesse 406, cruelle.
felonie 263, cruauté.
feùûs 363, défunt (cf. Romania, XLI, 456).
fiere 57, terrible.
forjugier 358, dépouiller, cen- damner.
forment 209, fortement, beau- coup.
fors 553, hors.
forsemee 411, semer dehors? Le ms. 140.35 offre, semble-t-il, une meilleure leçon : seurse- mee.
forvoiez 614, fourvoyé.
franchise 452, générosité.
frete 36, brisée.
gaaing 178, gain.
garder 477, 547, éviler, bprendice garde à, observer.
geter 609, commettre.
CORAGE——PREER 39
gré 352, remerciements.
greignor 247, comparalif de grant.
grever 133, 179, 622, donner de la peine.
guile 43, 635, tromperie.
guivre 273, vipère.
harraiï 137, fut. 1 de hair. herbregage 485, demeure. het 137, ind. pr. 3 de hair.
iere 496, imparf. 5 d'estre, étre. irous 336, farouche. is 553, impérat. d'issir, sortir.
ja 641, maintenant, désormais. jalu 478, jaloux, envieux. jame 498, gemme.
joiant 47, gai.
laborer 333, peiner, souffrir.
lai 281, impérat. de lessier, lais- ser. |
laz 34, piège.
leras 368, fut. : de lessier, lais- ser.
liez 303, joyeux.
loer 181, conseiller.
loié 544, lié.
mar 427, 576, pour son malheur, mal à propos.
mat 75, 597, berdu.
maté (rendu) 7, fait mat (expres- sion du jeu d'échecs).
maufez 391, 394, diable, démon.
maugrez 95, 374, ennui, déplai- sir.
maus 405, acc. pl. de mal, mau- vais.
mautalent 45, chagrin, déplaisir.
mes 201, plus.
mesfaire 207, faire du tort à.
mesfez 535, méfaits.
abattu, vaincu,
mesñie 11, gens de la maison.
mesprendre 324, commellre une faute.
mieudre 293, metlleur.
moe 17, grimace.
monde 55, nu.
mousterroit 41, cond. 5 de mos- trer, montrer.
nerci 195, démon. nonsavoir 400, ignorance. nuire 158, nuire à.
offerre 189, 422, offrir.
oïr 176, 312, 346, 632, 633, en- tendre.
ordement 417, ignoblement.
ordoiez 416, p. p. d'ordoier, souiller.
orfenté 453, misère, malheur.
ors 416, sale, ignoble.
OS 147, 154, 1nd. pr. 2 d'oir.
OU 439, au.
ouvraigne 618, œuvre.
ouvrer 656, agir.
palu 473, marais, fange.
paor 229 bis, peur.
pas (plus que le) 155, (grant) 230, vile.
pendanz (lettres) 250, scellées.
pestera 12, fut. .ÿ de pestre, pat- tre.
petit 401, peu.
pior 370, pire.
place 514, sub}. pr. 5 de plaisir, plaire.
plaidier 229, plaider, discuter ; 379, disputer.
plet 206, cause, affaire.
poi 623, peu.
por 550, pour.
poverte 491, pauvrelé.
pramis 143, promis.
preer 530, enlever.
lettres
40 GLOSSAIRE
pris 377, prisonnier, en prison. proier 528, piller.
proiere 528, pillard, voleur. provande 301, 581, prébende. puis 120, puits.
pute 513, ignoble.
quanques 207, 620, 621, tout ce que.
que 16, 41, etc., car.
querre 236, 289, chercher.
raine 439, royaume.
rasote 37, radote.
ravoir 78, 96, 129, 243, etc., 651, avoir de nouveau; réji. 403, se tirer.
reclamer 217, supplier.
refus (estre de) 212, être rejeté, méprisé.
regiber 368, regimber.
remanance 420, droit de séjour.
remanoir 111, rester.
rentez 454, pourvu, doté.
repere 339, habitation.
repuet 271, ind. pr. 3 de re- pooir, pouvoir aussi.
requerre 237, 239, 650, requérir.
retornee (a la) 25, en retour.
retre 118, étre aussi.
reva arriere 493, sOr.
reveler 435, se révéler.
riber 360, folâtrer, chicaner.
riote 38, discussion, bavardage ennuyeux.
robe 10, vétements.
rouele 347, roue.
saillir 221, sortir.
salu 470, salut.
same 600, ind. pr. 3 de semer. sangle 8, seul, isolé.
semoison 410, semaille.
senez 327, sage.
sens 304, action sensée.
seoir 40, séjourner ; 537, Siéger.
serf de pute estrace 513, c'esl-à- dire « les diables ».
serre (en) 573, enfermé.
seü 389, sureau, symbole de la désespérance, parce que, sui- vant la tradition du moyen âge, c'est à cet arbre que Judas se pendilt.
soi 321, pf. 1! de savoir.
solaus 494, soleil.
solaz 33, 588, bonheur, repos.
soloir 47, 82, avoir coutume.
sor (se mettre) 144, S'en re- meltre à.
sorpris 252, trompé ; 260, en dé- tresse ; 594, séduil.
soufferre 421, supporter.
soufrete 35, privation.
sustance 584, substance.
tancier, ten. a 30, 345 bis, 365 bis, s'adresser à qq. en me- naçant, quereller.
tençon 311, querelle.
tens (a) 382, (par) 604, bientôt.
termine 518, espace de lemps.
trere réfl. 14, 182, aller, se diri- ger ; 29, tirer.
treü 391, tribut.
tripot lirot 310, expression de dérision : je me moque de.
vaillant 5, a valeur de.
valoir 475, avoir de la valeur pour, rendre service.
varier 457, faire changer.
veer 534, défendre.
viele 36, viole.
visages (vostres) 374, c'esl.à- dire « vous ».
voil 386, ind. pr. 1 de vouloir.
vuel (a mon) 361, suivani ma volonté.
TABLE DES MATIÈRES
Pages [XFRODUCTION . . . . . . . . . . . . . . . . NMiI-XIN l,-— L'auteur, 4 5 dia D Has À à [TI II. — La légende. . . . .. . . . . . . . . IV III. — Sources et rapports . . . . . . . . . v
IV. — Manuscrits et éditions. V. — Langue et versification. . . . . . . . X1 LE MIRACLE DE THÉOPHILE. . . . . . . . 1-26 NOTES CRITIQUES. 7 INDEX DES NOMS. . . . . . . . . . . . . . . . 36 CHÉOSSAIRE. 1401 Di D AC 4 Dent e n E % 37
NOGENT-LE-ROTROU, IMPR. DAUPELEY-GOUVERNEUR.
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